VALEUR SPIRITUELLE DES LIVRES
veau Testament qui renferment la Parole divine : que vaut auprès d'elle la parure matérielle dont elle peut être enveloppée ? En dédicace d'une de ses Bibles, Théodulfe écrit : « Ce livre resplendit au dehors par l'enveloppe d'or, d'ivoire et de perles, mais combien plus splendide est l'honneur dont il brille au dedans » ^.
D'autres livres contiennent les leçons, oraisons, préfaces, canon de la Messe, hymnes, psaumes, antiennes, qui concourent à la célébration de l'office divin ; ces livres participent au respect reHgieux qui entoure les saints mystères.
En dehors de ces livres dont l'objet est sacré, l'immense majorité des autres ont pour objet la doctrine. Le rédacteur de l'inventaire de Saint-Riquier les appelle : « libri de divinitate ». De ces livres qui traitent du divin, comment évaluer le prix ? avec quelle zèle ils seront recherchés par une pieuse communauté ! Rédigeant, vers le milieu du IX^ siècle, le catalogue des livres que son monastère possède, un moine de Murbach, après avoir fait mention de quelques ouvrages de Prosper d'Aquitaine, ajoute : « nous recherchons avec un soin qui dépasse tous les autres, ses autres livres si pleins de suc » ^. Au xh siècle, le moine de Saint- Vaast d'Arras, Rodolphe se réjouit d'avoir pu copier le Commentaire de saint Jérôme sur les Psaumes, car ce livre, écrit-il, est plein des enseignements du Ciel ^.
Dans les éghses des Gaules renaît, au IX« siècle, la spéculation théologique. Elle prend surtout la forme d'une interprétation et d'une compilation des textes des Canons et Décrétales, des écrits des Pères, et des divers livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les ouvrages théologiques et canoniques du IX^ siècle, ceux d'Hincmar, de Florus, d'Agobard, de Jonas, de Raban Maur, voire mêm.e ceux du pseudo Isidore etc, ne sont guère qu'un tissu d'extraits des Saintes Écritures des saints Canons et des Pères. C'est en alléguant des textes qui font autorité, en multiphant les citations scripturaires, patristiques et canoniques, que les écrivains de ce temps et les évêques assemblés en synodes établissent la doctrine et le droit ecclésiastique. De quel prix
.1. « Splendidiore tamen intus honore micat « (Theod. carm., 41, Poetae lut., I, 539 ; cf. plus haut, p. 9, n. 3).
2. « ceteros ejusdem luculentos libres summo studio querimus » (Bloch, Ein karoling. B. Katal. ans Murbach, dans Strassburger Festschrift deufscher Philulogen, p. 268).
3. B. Arras, ms. 530 : « Conscripsi librum caelesti dogmate plénum ». {Calai. B. Dépis, in-40, t. IV, p. 210).