GRAND NOMBRE OU PÉNURIE DE SCRIBES
Vers la fin du IX® siècle, en raison surtout des dévastations des Normands et des Hongrois, l'activité s'est visiblement ralentie dans un certain nombre d'établissements et a parfois complètement cessé, là où le monastère est anéanti et la communauté en fuite et dispersée. Elle reprend au cours du X.^ et surtout du XI® siècle. A Echternach, Volkerus, Ruotpertus et Thierry travaillent à exécuter des livres sur l'ordre de l'abbé Regimbertus (1051-81) 1. A Saint-Martin de Tournai on pouvait voir à la même époque une troupe de douze jeunes moines assis sur des sièges devant des tables soigneusement et ingénieusement disposées et qui écrivaient en silence ^. A Saint- Vaast d'Arras dans le même temps neuf moines apportent tour à tour leur collaboration à un même travail ^. Mais il est de règle de déplorer le petit nombre de scribes. Au XI<^ siècle, Anselme de Cantorbéry s'excuse d'avoir tardé à envoyer à un correspondant le « Contra hereses » de saint Augustin, en raison de la pénurie de scribes (partim inopia scriptorum) *.
Vraisemblablement, du IX® au XI® siècle, un bon nombre, peut-être à certaines époques et dans certains monastères, la plupart des religieux d'une même communauté, participaient au travail du scriptorium, ceux au moins qui n'étaient pas retenus par la charge de quelque office ou autre obédience, soit intérieure, soit extérieure. C'est sous cette forme qu'est pratiquée peut-être parfois, par le plus grand nombre, l'obligation du travail des mains, prescrite par la règle de saint Benoît ^. Comme l'écrit un scribe au X® siècle, moine à Flavigny, il est mieux, quand on habite le cloître, d'écrire des livres que de croupir dans l'oisiveté *'.
C'est en vertu d'un commandement reçu, que les religieux vont par obéissance travailler dans le scriptoriiim. L'ordre formel du prélat, qui les oblige, les contraint à écrire, ou du
1. Volkerus, ms. lat. 8912 et 8960; Rudpertus, lat. 956S ; Thierry, lat. 8912, cf. Delisle? Cab. des mss., II, 361.