CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L'ENLUMINURE CAROLINGIENNE
de modèles byzantins et asiatiques ne font pas doute \ L'art irlandais et anglo-saxon agit sur le premier style tourangeau ; par la suite, l'influence de l'art insulaire s'exerce surtout dans la France du Nord-Ouest, où l'ornementation du livre reste aussi plus attachée qu'ailleurs à l'ancienne tradition.
Dans les manuscrits à peintures de l'âge carolingien on voit renaître l'esprit de composition classique, l'ordre et l'harmonie étrangers aux artistes irlandais. Les grandes initiales sont ramenées à la forme de la capitale romaine. Un style monumental apparaît, dont l'inspiration est puisée manifestement à des sources antiques. Les ornements géométriques traditionnels se combinent avec les motifs de décoration classique. Les formes stylisées, irréelles, d'animaux tombent pour faire place à des figures plus proches de la réalité, dérivant de modèles hellénistiques. Les motifs d'ordre végétal, pour la plupart inspirés de l'antique, envahissent le décor. Surtout, la figure humaine, celle des Évangélistes, des Prophètes, du Christ de Majesté devient vivante. Des artistes exécutent les portraits des souverains. Des compositions artistement ordonnées, avec décor architectural classique, à multiples personnages drapés souvent d'après le costume antique ou portant le costume du temps, représentent des allégories, des scènes d'histoire religieuse ou profane ^. L'effort original de certains groupes d'artistes ^ échappe pour une large part aux formules du passé et produit des œuvres d'un art réaliste et neuf. Dans l'enluminure, comme dans la calligraphie, les ateliers de Francia ont été rénovateurs et créateurs.
Le style ornemental a varié suivant les époques et suivant les régions. Aussi, on a pu déterminer des groupes de manuscrits illustrés et les ranger, non d'ailleurs sans quelques hésitations et discordances, par écoles ^ Un certain nombre d'entre elles, localisées sûrement, ont leur siège dans un seul atelier ou dans un petit nombre de scriptoria, travaillant, de concert ou en concurrence, dans le voisinage l'un de l'autre,
1. p. 3,8 et p. 79-80 ; Bréhier, L'art en France, 176. On a vu (plus haut, p. 314) .gu'un moine de S. Gall a composé au' X*" siècle une sorte de .guide de la peinture
d'après les miniatures de mss. grecs.