Cf. Morey, p. 36, 49, 79- t
8. Voir les miniatures des Évangélistes dans les Évangiles d'Ebtcn (Eomet, PL 68-9), de Saint-Thierry (PI. 77 A), de Clèves (PI. 70) ; voir aussi les amrnaux qui bondissent de chaque côté du fronton des canons des Évangiles ^^^•/'"^'^f (PI. 75 A, B, D), les chasseurs et ouvriers des canors des Évangiles d Ebtcn {n. 66 et 67).
400 STYLE ECLECTIQUE
VHP OU au début du IX^ siècle à Corbie ont reçu une maigre ornementation picturale, dont les motifs sont empruntés soit à l'art insulaire, soit à la tradition classique dégénérée, ou propres à cet atelier, en particulier le poisson corbéien stylisé 1. A la vérité, cet art rudimentaire paraît plutôt orienté par l'influence insulaire vers l'art franco-saxon, que vers un style éclectique.
Parmi les manuscrits certainement exécutés à Corbie, dans la seconde moitié du IX^ siècle, il en est un, le Sacramentaire de Rodrade qui présente certains traits de ce style ^. Toutefois le livre liturgique composé par Rodrade, sur l'ordre de l'évêque d'Amiens, Hilmerade, ne revêt pas aussi nettement que d'autres les caractères du style éclectique ; il présente plutôt l'apparence d'un manuscrit franco-saxon influencé par ce style, auquel on ne laisse parfois le nom de Corbie que faute d'en trouver un plus sûr ^. 11 ne peut suffire à lui seul à désigner ce monastère comme siège de l'atelier qui fut le créateur de l'école éclectique *.
Suivant une conjecture ingénieuse, il aurait fonctionné non pas à Corbie, mais à Saint-Denis ^ et autour de la personne de Charles le Chauve. Le scriptorium dionysien où était précédemment en honneur le style franco-saxon ^, aurait changé assez brusquement sa manière après 867, date à partir de laquelle Charles le Chauve garde en ses mains Vahhatia du monastère, y célèbre Pâques chaque année et où il aurait
1. Cf. Zimmermann, Vorkarol. Miniat., 63 et suiv. ; Dobiash, Hist. atelier ie Corbie, 97-100.
2. Janitschek attribue à Corbie une importante série de mss. en prenant pour base le Sacramentaire de Rodrade.
3. M. Friend qui, onle verra plus loin, tient que Saint-Denis est le foyer de l'École, observe que le Sacram. de Rodrade se distingue par certains traits des autres mss. groupés sous le nom soit d'École de Corbie, soit d'École de S. Denis ; qu'il présente plutôt l'apparence d'un ms. du style franco-saxon, mais influencé par la dite École. Cf. Morey, p. 65.
4. On a vu plus haut p. 222 que l'attribution du « codex aureus » de Saint-Emmeran à l'atelier de Corbie n'est pas fondée et que ce ms. sort très probablement de l'atelier dionysien.
5. A. M. Friend, Carologian art in the abbey of S. Denis, Art studies, p. 67-75 ; Two mss. of the school of S. Denis, Spéculum, I, 1926, p. 59. M. Schramm (N. Archiv., XLVII, p. 579)a critiqué cette attribution. Il reconnaît d'ailleurs (p. 580) que la conjecture de l'origine dionysienne supprime beaucoup de difficultés ; mais estime qu'elle manque jusqu'à présent de bases solides.
6. Cf. plus haut (p. 210 et 397). La Bible de style franco-saxon est, on l'a vu, certainement postérieure à 866, date de la mort de Charles d'Aquitaine ; mais il semble aussi qu'elle fasse allusion au pardon accordé en octobre 870 à Carloman et il faudrait reculer jusqu'à cette date tardive la rupture avec le style pratiqué jusqu'alors dans l'atelier dionysien. On pourrait d'ailleurs admettre que l'artiste qui a exécuté la seconde Bible de Charles le Chauve, ait persévéré en 870 dans une manière qu'abandonnaient déjà des artistes plus jeunes (plus haut, p. 210, n. 5).
mis en dépôt la collection de livres qu'il avait formée i. On s'expliquerait ainsi qiie des artistes de Saint-Denis aient pu emprunter des motifs aux manuscrits enluminés qui avaient été offerts à Charles et former, dans la 2^ moitié du siècle, une école d'art où se reflétaient tous les autres styles. Ils auraient constitué en faveur du souverain, une nouvelle collection liturgique de luxe. Son Psautier personnel nous est certainement conservé dans le manuscrit écrit et décoré par Liuthard pour le roi et la reine Irmentrude, avant 869, date, où celle-ci mourut -, manuscrit dont le décor appartient à ce style éclectique. Le livre d'heures de Charles le Chauve nous est conservé dans le manuscrit de Munich ^. Sa Bible nouveau style, — car il disposait déjà de la première Bible, dite de Vivien, sortie de l'école de Tours et de la seconde Bible de style francosaxon — se retrouve dans la Bible de Saint-Paul de Rome *, si toutefois, comme il semble ^, le Charles que signalent les vers de la dédicace est bien Charles le Chauve. Son Évangile n'est autre que le « Codex aureus » de Saint-Emmeran, exécuté sur son ordre en 870 par les deux frères, Liuthard et Bérenger ®. A la même école appartient une portion de Sacramentaire ", où est figuré avec deux ecclésiastiques nimbés à ses côtés, un prince, lui aussi nimbé, sur la tête duquel la main de Dieu pose une couronne. Ce manuscrit aurait été e.^écuté à Saint-Denis pour commémorer le couronnement de Charles à Metz comme roi de Lorraine, en 869 ^.
En dehors des manuscrits qui se rattacheraient ainsi à la personne du souverain, le même style éclectique apparaît dans le Sacramentaire de Nonantola, dans les Evangiles de Noailles, ceux de Sainte-Aure et ceux de Colbert dont la décoration rappelle à la fois les motifs des écoles de Tours et de Reims ^.
En conclusion, il est vraisemblable, mais non certain, que c'est à Saint-Denis qu'a été pratiqué surtout l'art éclectique.
1. Telle est l'hypothèse de Friend dans son article des Art Slitdùs, I, p. 67 ; cf. Morey, 66; voir plus haut, p. 210-1.