‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 4)Chapitre 617 sur 1203 · EXÉCUTION, DÉCORATION DE MANUSCRITS · texte numérisé non relu

EXÉCUTION, DÉCORATION DE MANUSCRITS

Au scriptorium sont également composés les polyptyques,, de l'établissement. Les roûdi et schedae où sont consignés les brefs décrivant une villa ou un groupe de biens fonds appartenant à l'église ont été dressés évidemment sur place et ces rôles sont sans doute conservés souvent tels quels dans les archives de l'église. Mais l'inventaire des biens sis au siège même de l'établissement est nécessairement rédigé au scriptorium. Toute la série des brefs rapportés par les enquêteurs y est rassemblée en vue d'une rédaction définitive. Mis en ordre et recopiés, ils formeront un polyptyque complet ou partiel décrivant l'ensemble ou des portions du temporel de l'établissement ^ Les scribes rédigeront semblablement les censiers et cartulaires en colligeant les notices de cens, les chartes et diplômes.

Ils sont occupés aussi, soit dans le scriptorium, soit là où ils ont été mandés par leurs chefs, à prendre à la dictée, ou à mettre au net les catalogues et inventaires du trésor et de la bibhothèque, les notices, règlements relatifs à l'administration et distribution des biens ou à l'observance de la discipline 2.

Mais le travail qui occupe le plus grand nombre des scribes et qui dans les scriptoria les plus actifs tient la plus gi-ande place, celui que fait du scriptorium d'un certain nombre d'églises un atelier permanent et de grand rendement, c'est le travail de confection des livres.

Si toutes les églises épiscopales et tous les monastères ont disposé d'un scrinium, il n'est pas sûr que dans toutes ait été équipé un scriptorium capable de produire des livres. On a vu pourtant qu'un nombre considérable de scriptoria ecclésiastiques et monastiques ont laissé des témoins, si peu nombreux soient-ils, du rendement en livres qu'ils ont pu fournir. Les grandes églises étaient certainement toutes en état de faire exécuter des livres par leurs scribes et en ont produit souvent un nombre important.

Plus restreint est le nombre des scriptoria capables, non seulement d'écrire, mais de décorer les livres. L'activité artistique est réservée à des ateliers particulièrement bien équipés ; mais ceux qui l'étaient, Saint-Martin de Tours, Saint- Denis, les églises Rémoises, Saint-Bertin, Saint-Maximin de

1. Voir le tome précédent. L'inventaire de la propriàé. p. 2, 29, 41.

2. On peut signaler à titre d'exemple, les Statuts d'Adalhard à Corbie, les nombreux Statuta promulgués en synode par des évoques du IX^ siècle, la Constitution d'Hilduin réglant la part des biens affectés aux besoins de la communauté de S. Denis, etc.

ROLE TECHNIQUE DE l'ATELIER 425<

Trêves, Echtemach, Reichenau, Saint-Galletc, ont à certaines époques exécuté un nombre important de livres de luxe.

Gomme la tradition artistique, l'activité intellectuelle n'est propre qu'à un nombre réduit de monastères et d'églises. Ceux qui produisent des ouvrages de science sacrée ou profane ne sont pas toujours ceux qui ont tenu une place importante dans l'art de l'enluminure. Le scriptormm de Saint-Martin de Tours a produit des œuvres calligraphiques et ornementales de premier ordre, mais on ne voit pas que aes ouvrages de doctrine en soient sortis après le temps d'Alcuin. A cet égard, le rôle du scriptorium est purement d'ordre technique ; il fournit seulement une main d'œuvre. Le prélat ou des membres de la communauté qui composent des ouvrages, pourront appeler un notaire de l'atelier pour noter sur ses tablettes le texte qu'ils composent, ou bien l'auteur exécutera de sa main le brouillon de son travail. L'équipe des scribes aura à mettre au net le texte pris à la dictée ou à transcrire l'autographe de l'auteur, de la même manière qu'il copie des anciens ouvrages dont des manuscrits modèles fournissent le texte.

§ 2. — Ouvrages reproduits et provenance des exemplaires transcrits

Point n'est besoin de rechercher à cette place quels ouvrages les scribes reçoivent mandat de reproduire. La nature du rendement des scriptoria en livres est déterminée exactement par celle du contenu des bibliothèques. Les Saints Livres et les livres liturgiques tiennent évidemment la première place dans la production, comme dans le catalogue des livres d'une église. Le choix des ouvrages des Pères et autres écrivains ecclésiastiques, des collections juridiques, des vies de saints, des « artes « que fait le scriptorium en vue des copies à exécuter «st naturellement en concordance avec le souci qu'ont les bibliothécaires de garnir leur armarium des livres les plus appréciés. En examinant plus loin comment sont composées les collections, nous saurons quels livres sont de préférence reproduits par les scriptoria.

Comment les chefs des ateliers outillés pour la transcription des manuscrits se procurent-ils les textes à reproduire ? Ils les cherchent et ils les trouvent soit près de l'église même, soit ailleurs et quelquefois très loin.

Les manuscrits copiés dans le scriptorium d'une église lui sont souvent communiqués par une autre. Un établissement

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