CHAPITRE XXX
Les bibliothèques des églises de la Loire moyenne
§ I. — Bibliothèques orléanaises
Les œuvres de Théodulfe et de Jonas, qui se sont succédé sur le siège d'Orléans pendant la première moitié du IX^ siècle, permettent peut-être de reconnaître quelques-uns des livres dont ils disposaient. A la vérité, les livres qu'ils utilisent ont pu appartenir à une collection personnelle formée par eux ; mais même en ce cas, il y a lieu de penser que la bibliothèque de leur église ou celle des monastères de leur évêché, les a recueillis après eux. Les deux évêques ont pu d'ailleurs aussi les trouver ou les faire entrer dans la bibliothèque de Sainte- Croix.
Théodulfe dans son recueil d'extraits des Pères relatifs au Saint-Esprit ^ rassemble des textes tirés du « De Trinitate » attribué à saint Athanase, du traité de la Trinité de saint Hilaire, de r« Ad Gratianum » d'Ambroise, du « Liber Didymi » traduit par saint Jérôme, de plusieurs ouvrages de saint Augustin et de saint Fulgence, des Homélies et des « Moralia » de saint Grégoire, des Étymologies, des Différences et des Sentences d'Isidore, de la « Vita Contemplativa » de Prosper (Pomère), du Commentaire de Cassiodore sur les Psaumes, etc. Dans ses poèmes, ^ Théodulfe s'inspire des Origines et Étymologies d'Isidore ; peut-être del'» AdDeme-
1. Dans ses Capitula, à propos de l'admission aux écoles, Théodulfe met sur le mêxns pied l'église cathédrale Sainte-Croix et les monastères S. Aignan, S. Benoît de Fleuiy, S. Lifard « aut in ceteris dé his cœnobiis qui nobisad regendum concessa sunt » (19, Migne, CV, 196).
2. En tête de rou\Tage (Migne, CV, 241) figure 1'» indiculus auctorum qui citantur ». Chacun des extraits est précédé de l'indication du traité d'oii il est tiré.
3. Poelae lat., I, 445 et suiv. L'éditeur a signalé chacun des emprunts, citations, réminiscences.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉOI ISE d'ORLÉANS 549
trianum » de saint Cyprien. Il a des réminiscences fréquentes de Sedulius, Prudence \ Fortunat et aussi d'Ovide, Virgile, Lucain, plus rarement d'Horace, Perse, Martial. Ces emprunts peuvent être faits de mémoire par ce Goth cultivé. Mais il n'est nullement invraisemblable qu'il ait eu sous les yeux le texte des poèmes dont il s'inspire.
Jonas d'Orléans cite parmi les poètes païens Virgile, Ovide, Varron et même Plaute, parmi les chrétiens, Fortunat, Sedulius, Paulin de Noie. Lui aussi connaît le « Ad Demetrianum » de saint Cyprien, son « De opère et eleemosynis » et le pseudo Cyprien. Il cite aussi Origène, saint Jean Chrysostome, le « De fide » et le « De veritate praedestinationis » de Fulgence, de nombreux traités d'Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire le Grand, Bède, Isidore de Séville, les Institutions de Lactance, les Homélies de saint Césaire, Alcuin, l'Histoire Tripartite, l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe traduite par Rufin. Il utilise l'Hispana et la Collection de Denys ^.
Ces indices peu sûrs de la présence à Sainte-Croix d'Orléans' d'une importante collection de livres ne sont confirmés ni par des Catalogues ni par des manuscrits conservés. Dans un manuscrit du IX^ siècle, qui renferme le livre de Censorinus et divers morceaux théologiques ou littéraires, ont été insérées des notes du XI^ siècle relatives à des propriétés ecclésiastiques ou monastiques de l'Orléanais. On en peut conclure seulement que le manuscrit appartenait au XI ^ siècle, soit à l'église d'Orléans, soit à un monastère voisin ^. Un manuscrit de textes législatifs qui aurait été exécuté avant 814 par plusieurs scribes, provient d'Orléans *, probablement de la cathédrale. Sainte-Croix a certainement possédé un manuscrit qui subsiste et a été exécuté dans la 2^ moitié du IX^ siècle '".
Saint-Benoît de Fleury-sur-Loire a été sans doute l'un des plus richement fournis en livres parmi tous les monastères de l'ancienne Gaule du VIII^ à la fin du XP siècle. La collection dont il disposait à cette époque peut être en grande partie restituée grâce aux Catalogues, mais surtout aux manuscrits contemporains qui sont conservés.
1. Des; vers de Prudence figurent aussi à la fin du recueil d'extraits relatifs au Saiiit-Esprit (Migne, CV, 276).
2. Toutes ces citations ont été relevées par M. Reviron, Jonas d'Orléans, p. 61-5. * 3. B. 1«J. nouv. acq. lat. 1632 ; cf. Wilmart, L'admon. de Jonas, dansi?. Bénéd.,
4. B. Vatican 4929 ; cf. L. Delisle, Notes sur vingt mss. du Vatican, V, dans B.
F.c. chartes, 1876, p. 488.