‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 166 sur 1164 · DOLÉANCES DE BENOÎT D'ANIANE · texte numérisé non relu

DOLÉANCES DE BENOÎT D'ANIANE

Charlemagne ; l'abbaye eut alors pour la première fois un abbé séculier en la personne d'Héric qui l'obtint par le bienfait du nouvel empereur ; désormais elle est tenue en des mains séculières l. Le laïque Einhart a résigné, en 823, l'abbaye de Saint-Wandrille qu'il avait tenue 7 ans ; c'est donc en 816 qu'il avait été pourvu par Louis de ce bénéfice 2.

Chargé par l'empereur de restaurer en Francia, comme il l'avait fait en Aquitaine, la stricte discipline monastique, Benoît d'Aniane se trouvait autorisé à réclamer de la part du pouvoir royal l'abandon des pratiques qui y font obstacle. Les plaintes des grands aquitains témoignent sans doute qu'avec l'appui de Louis il avait délivré, au moins partiellement, de l'oppression séculière les monastères de stricte observance. Benoît entreprit semblablement en Francia de secouer le joug qui pesait sur les réguliers. Au cours du plaid qui se tint en janvier 819 ou peu de temps avant la convocation de cette assemblée 3, Benoît a fait entendre au nouvel empereur les doléances des religieux voués à la stricte observance. Le réformateur constate que de toutes parts on se rue à l'assaut des habitations des moines ; on ne se contente pas d'adresser au roi des prières ; pour obtenir un monastère les compétiteurs rivalisent en offrant des présents. Quand ils ont saisi la proie convoitée, ils détournent à leurs usages les subsistances des moines. Par là, maints établissements ont été détruits ; dans d'autres, les moines ont été expulsés et des clercs séculiers ont pris leur place. Benoît supplie l'empereur d'arrêter de tels empiétements de la part des clercs, de mettre les moines à l'abri d'un si grand péril 4

1. Angilbert n'a survécu -que 20 jours à Charlemagne (Hariulf, Chron. Centul., II, 12, éd. F. L<d, 77). Suivant les Miracula sancti Richarii (I, i,SS, XV, 916), l'abbé Hérie. obtint le regimen du monastère par le bienfait de Louis le Pieux (beneficio ipsius principis). Ces expressions semblent bien marquer que l'abbaye tombe en la condition d'un bénéfice (Voir plus loin, fasc.2, chap.VII,L'a66a/fa d'un bénéiieier,

§ 1). La cession faite par cet abbé à l'un de ses vassalli d'une villa monastique (Mirac, loc. cit.) montre qu'il se comporte en abbé séculier. Après lui, le chancelier Hélisachar, abbé de plusieurs monastères, est sans doute aussi un séculier. Le successeur de celui-ci, Ricbodon, créé aussi sous Louis le Pieux (Hariulf, III, 5, p. 100), tombe

es armes à la main en 844 (Ann. Bertin., p. 31V, à cette date, l'abbaye était détenue par Nithard qui périt à ses côtés et qui était certainement un laïque.

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