‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 218 sur 1164 · AGISSEMENTS DES ROIS USURPATEURS · texte numérisé non relu

AGISSEMENTS DES ROIS USURPATEURS

Les souverains de ce temps ont probablement infligé aux églises bien des pertes dont mention n'est pas faite dans les documents. Les spoliations qu'elles subissent ne nous sont connues, en effet, que par les plaintes du clergé qui, crainte de perdre son seul recours, s'abstient en général d'incriminer le roi, ou par les diplômes de restitution qui déguisent d'ordinaire sous des formules vagues et attribuent à de lointains ancêtres les injustices que répare le prince régnant 1. Dans la deuxième moitié du IXe siècle, comme au temps de l'abbé Wala, on estimait dans les palais carolingiens, que les biens d'église sont à la disposition des souverains pour l'entretien de leur milice : « Des courtisans vous répètent, écrit Hincmar à Louis III, que les biens des évêchés sont en votre pouvoir et que vous êtes libres de les donner à qui vous plaît 2. »

Les pratiques des Carolingiens à l'égard du patrimoine ecclésiastique ont été naturellement adoptées par tous ceux qui, au IXe siècle, usurpent la couronne. En 850, l'épiscopat du royaume de Charles se plaint que Salomon enlève à Dieu les biens des églises 3. Ce prince et roi des Bretons avait probablement saisi les biens qu'il restitua l'année suivante au monastère de Priim et qui étaient placés sous sa potestas et dans son royaume 4. Les rois étrangers à la famille caro-

qui a soustrait ces biens à l'église ; puisqu'en 855, elle en est privée depuis longtemps, la sécularisation est sans doute imputable aux prédécesseurs de Charles, mais c'est lui qui a cédé à Réginold ces propriétés tenues pour fiscales.

1. Le 17 juin 859, Lothaire II rend à l'église de Langres une villa, attendu que « inde esset injuste subtracta atque ad publicos usus inrationabiliter detineretur » (HF, vin, 407). Il se peut très bien que Lothaire II soit l'auteur de la sécularisation qu'il déclare ici injuste et déraisonnable. Adalgarius, évêque d'Autun, a représenté à Charles le Chauve « qualiter ejusdem episcopatus res a diversis regibus detractae et abstractae sint » (Cart. égl. d'Autun, 7, I, 11).

2. Ep. 19 : « Sunt qui dicunt, ut audivi, quia res ecclesiasticae episcopiorum in vestra sint potestate, ut cuicumque volueritis eas donetis » (Migne, cxxvi, 112). Hincmar oppose le capitulaire qui interdit toute divisio des biens d'église à l'opinion qui règne au palais de Louis III. Le faussaire qui, au XIe siècle, fabrique les faux diplômes de Charlemagne (8 juin 800, BM 355) et de Louis le Pieux (7 mars 820, BM 713) pour Cormery, prête le même sentiment à ces empereurs: «Nam si divina parentibus nostris nobisque pietas potestatem contulit totius monasterii rerumque illius facultatem dandi cui voluissemus, quanto magis nobis potestas tribuendi ad Dei servitium perpetualiter praedictum locum » (DD Karol., 259,

3. Au concile de Savonnières, l'épiscopat de Francia invite les évêques bretons à avertir leur souverain « ut facultates ecclesiasticas nec ipse Deo auferat nec aliis auferre permittat » (Mansi, xv, 533).

4. Charte de Salomon aux et princeps Brittonum du 4 oct. 860 : « Ansbaldus... petiit ut res memorati Domini Salvatoris quae in nostra potestate et regno videntur esse, in ejus potestatem et dominationem redderemus » (Beyer, UB mitlelrh. Territ., 95, P. 99).

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