MODÉRATION DES DOLÉANCES
déchéance à l'adresse de ceux qui ne se rendraient pas utiles à la chose publique. Mais on a élagué le texte qui promet au roi, de la part de tout homme d'église, la prompte et bénévole assistance réclamée par les besoins de l'État. Sans doute, il a paru aux évêques du royaume de Charles que cette offre empressée dépassait la mesure. Ils demandent non pas que le roi les affranchisse de tout service, mais qu'il leur laisse pour remplir leur ministère sacré, en particulier pendant le Carême et l'Avent, une plus grande liberté qu'ils n'ont eue jusque-là à cause de diverses perturbations 1. On ne dénie pas au souverain la faculté de réclamer des évêques l'aide due à la république ; il est admis implicitement que l'évêque l'apportera en personne ; si quelque évêque en est empêché par ses infirmités, il désignera, avec le consentement de son métropolitain, parmi les hommes qui lui sont soumis et parmi ses ministres, ceux qui rempliront pour lui ses devoirs 2.
Par là apparaît déjà le caractère mesuré du programme de réformes élaboré à Meaux et à Paris. Les évêques ont souci des charges du gouvernement royal et reconnaissent que le prince ne peut obtenir des services qu'il ne saurait rémunérer. La subsistance de ses serviteurs laïques doit être assurée sans que l'Église en supporte illicitement les frais 3. L'épiscopat croit que, par une sage économie du bien fiscal, le roi sera mis en état de satisfaire à toutes les exigences. L'assemblée de Meaux fait preuve surtout de modération en ne prenant pas à son compte les réclamations que Loup de Ferrières avait rédigées à Ver. Elle fait le silence sur ces canons, qui n'ont pas trouvé place dans la collection. Sans doute, les évêques en colorent l'exclusion sous le prétexte que ces canons n'ont pas été publiés et acceptés ; mais on n'est pas fâché, peut-être, d'éluder une démarche jugée intempestive. Les vœux formulés à Ver ne reparaissent pas sous une autre forme ; il n'est question cette fois ni de restitution intégrale de tous les biens
i. 28 : « Ut regia magnificentia liberiorem libertatem episcopis ad suum peragendum in eorum parrochiis ministerium, quam hactenus propter diversas perturbationes habuissent » (p. 405). Dans une partie des Gesta Aldrici qui est probablement du même temps, le biographe de l'évêque du Mans rapporte qu'il se plaignait du peu de temps que lui laissait, pour son ministère sacré, le palais où on le retenait parfois près d'un an (44, p. 126).
2. 47 : « Obsequium vero ad rempublicam pertinens qualiter exsequatur, per taies ex subditis et ecclesiasticis ministris, cum consensu archiepiscopi... episcopus ordinaA, quos succedendi in episcopatu appetitus indebitus non elevet » p. 410). Il devra prendre soin de ne pas désigner des clercs qui aient l'ambition de lui succéder dans la charge épiscopale et qui, sans doute, profiteraient de cette délégation pour s'insinuer dans les bonnes grâces du rot et de ses fonctionnaires.
3. 9 • « sed ut hi, quibus ea habere non licet, licita habeant » (p. 400).
l'épiscopat se prête a des transactions 231
qui appartiennent à Dieu, ni de séparation absolue entre les honneurs ecclésiastiques et séculiers. Il suffit qu'on rende les biens cédés en bénéfice depuis l'avènement du prince, au cours des cinq dernières années où le fléau, arrêté par Louis le Pieux, a sévi de nouveau *. Quant aux domaines cédés antérieurement en bénéfice, le pouvoir royal continuera d'en disposer aux conditions jadis réglées. Le concile admet expressément que des biens d'église seront retenus 2. Il fait siens les règlements des capitulaires au sujet de la double dîme et de l'entretien des édifices. Les occupants de biens ecclésiastiques sont pressés de s'acquitter exactement de ces charges 3. Les évêques réclament le renouvellement des précaires à chaque période quinquennale 4. Ils passent donc l'éponge sur le lointain passé, demandent réparation des plus récents dommages et surtout proscrivent les habitudes qui chargent l'avenir de nouvelles menaces.
Au reste, et c'est encore une marque de l'esprit de pondération qui préside à Meaux et à Paris, l'épiscopat ose à peine espérer qu'un tel programme puisse être accepté et appliqué immédiatement, en toutes ses parties, par le roi et ses fidèles : « Si vous pouvez l'accomplir pleinement et en tous ses articles, grâces en soient rendues à Dieu ; si telle est votre intention et que néanmoins vous ne pouvez encore la remplir, notre satisfaction sera d'autant plus grande que vous approcherez le plus d'une parfaite exécution 5 ». Que du moins le roi et les siens"' [retiennent fermement les capitula décrétés déjà par eux d'un commun accord et revêtus de leur souscription 6. Ainsi l'épiscopat accepte d'avance qu'entière satisfaction ne lui soit pas accordée ; il s'attend que certains articles soulèvent pour l'instant une trop vive opposition pour être appliqués aussitôt ; il se prêtera à des tractations, attendra patiemment le redressement des moindres abus, pourvu que les plus graves disparaissent sans tarder.
i. Cf. plus haut p. 228. Il en est autrement des biens cédés en alleu, par erreur, comme appartenant au fisc. Les évêques, on l'a vu, demandent que l'erreur soit réparée, qu'elle se soit produite sous le règne du présent roi ou sous son prédécesseur.
*• 53 '■ " Qui res de eadem ecclesia in beneficiis retinent » (p. 411).