II. — Évêchés, abbayes, propriété du roi
L'église épiscopale et le monastère d'une part, d'autre part Yepiscopatus et Yabbatia sont deux aspects d'un même objet 2. La charge que désignent ces expressions d'évêché, d'abbaye, comporte le gouvernement de l'église et la jouissance de ses biens. Entendus au sens concret, l'évêché, l'abbaye, c'est l'établissement ecclésiastique ou monastique en tant qu'il est aux mains du prélat. Le roi dispose bien de l'église, du monastère quand il en attribue à un fidèle ou garde en ses mains Yepiscopatus, Yabbatia. Aussi les termes de monastère et d'abbaye, d'église épiscopale et d'évêché ont été dès le IXe siècle employés souvent l'un pour l'autre 3. On néglige les nuances et distinctions qu'ils impliquent parce qu'ils désignent en fait un objet identique. Le droit royal s'étend ainsi semblablement sur l'église épiscopale et l'évêché, sur le monastère et l'abbaye.
Évêchés et abbayes sont tenus par conséquent, comme l'église épiscopale et le monastère royal, pour une propriété du roi. Ce sont ses évêchés, ses abbayes. Ils appartiennent {pertinent) au roi, comme les comtés et les bénéfices attribués par lui à ses fidèles. Au rapport d'Hincmar, Hubert a été attaqué et tué par les fidèles de Louis II, parce que, contre le gré de celui-ci, il tenait Saint-Maurice et d'autres honneurs appartenant à l'empereur4. L'abbaye de Saint-Maurice est donc
i. Op. cit., 135, 138 et suiv., 200 et suiv.
2. Sur l'identité de Yepiscopium et de la rcs ecelesiae, du inonasterium et de Yabbatia dans la langue et dans les idées du IXe sièrle, cf. notre article : Évêché et abbaye. Les origines du bénéfice ecclés., dans la R. d'Hist. Église de France, 1914, 26 et 37-8.
3. Hincmar, De eccl. et cap. : « de episcopatibus seu de monasteriis quae bénéficia régis sunt » (éd. Gundlach, 107). Au lieu de monasteriis, Hincmar devrait écrire abbaliis, ou substituer ecclesiis episcopalibus à episcopatibus. Cf. ar . cité, p. 38.
4. Ann. Berlin. 864 : « Hugbertus... qui sancti Mauricii abbatiam et alios honores HludowiH imperatoris Italiae, contra voluntatem ipsius tenebat ab hominibus jus occiditur » (p. 74).