ABBAYES PRIX DE LA FIDÉLITÉ
temps que les comtés et les villae royales 1. Louis le Bègue, à la nouvelle de la mort de son père, s'efforce de se concilier tout le monde en accordant des abbayes avec les comtés et les fiscs royaux, selon les demandes de chacun 2. En 879, Boson aurait décidé les évêques à le couronner roi, soit en les menaçant, soit en excitant leurs convoitises, en leur promettant des abbayes et des domaines qu'il leur cède en effet parlasuite3. Une abbaye est quelquefois le prix d'une trahison. On accusait Ebbon de Reims de s'être vendu à Lothaire moyennant la concession qui lui fut faite de l'abbaye de Saint- Vaast 4. Le don de Sainte-Colombe de Sens a décidé l'archevêque Ganelon à passer du côté de Louis le Germanique 5. En 875, Hincmar ne juge pas superflu d'exhorter les évêques de sa province à rester fidèles à la cause de Charles ; il les adj ure de ne pas se vendre pour des abbaye? ou des biens temporels 6. Adalgaire, évêque d'Autun, se laissera gagner au parti de Charles le Simple au prix de l'abbaye de Flavigny 7. Hugues est accouru, en 881, au devant du conquérant, Louis II de Germanie ; l'envahisseur lui donne abbayes et comtés afin qu'il lui conserve sa foi 8. A Hilduin qui vient d'abandonner le senior atus de Lothaire II pour accepter le sien, Charles le Chauve attribue Yabbatia de Saint-Bertin 9.
1. Ann. Bertin., 858 : « distribuens invitatoribus suis comitatus, monasteria villas regias atque proprietates » (p. 51). .
2. 877 : « quos potuit conciliavit sibi, dans eis abbatias et comitatus ac villas secundum uniuscujusque postulationem » (p. 137).
3. 879 : « pro abbatiis et villis eis promissis et postea datis » (p. 150).
4. Flodoard, Hist., II, 20 : « Ebo... accepta a Lothario pro patris proditione abbatia sancti Vedasti » {SS, XIII, 471). L'historien résume ici une lettre perdue qui fut envoyée par les évêques de Gaule, ceux en particulier de la province Belgique à Nicolas I.
5. Lib. proclam., 10: «De abbatia sanctae Columbae... apud Hludowicum meum praeceptum obtinuit et litteras ad missos qui eandem abbatiam revocarent... impetravit » (Cap., II, 452). Peut-être Ganelon a-t-il reçu Sainte-Colombe en bénéfice, comme Aldric a tenu Saint-Calais à titre bénéficiaire. Toutefois le fait qu'un précepte royal a été obtenu semble indiquer que l'archevêque s'est fait délivrer un diplôme reconnaissant sur Sainte-Colombe les droits auxquels prétendent les archevêques de Sens. Louis le Pieux les avait déboutés le 2 août 836, en déclarant que le monastère alors assujetti à l'église l'était injustement « per surreptionem quorumdam » (cf plus haut, p. 54, n. 2). Les clercs manceaux représentaient comme une restitution à leur église la cession qui avait été faite à Aldric du monastère à titre purement bénéficiaire et ont forgé à cet effet plusieurs pièces, qui montrent précisément les missi impériaux investissant l'évêque (Gcsta Aldrici, éd. Charles, 143 et 160).
6. De fide Karolo servanda, 32 : « née pro abbatiis velhonoribustemporalibus atque rébus vel facultatibus nos venumdemus » (Migne, CXXV, 979).