ABBAYES BÉNÉFICES DE CLERCS SÉCULIERS
famille. Tel le fils d'Unroh, Alard, abbé de Saint-Bertin et de Saint-Amand, qui avait été en son enfance oblat à Sithiu et qui a embrassé par la suite le genre de vie des canonici 1. Tel aussi Hugues l'abbé, de la puissante famille des Welfs et qui administre aussi bien les comtés que les abbayes 2. Gozlin, fils du comte du Mans Roricon, est évidemment lui aussi un clerc, car il deviendra évêque de Paris ; bien qu'il gouverne des monastères, il est autant que son rival, Hugues l'abbé, un politique et au besoin un soldat 3. Ces clercs abbés sont souvent très loin de remplir les obligations de la règle canoniale. Clercs par la tonsure, ils mènent une vie toute laïque 4. Hincmar dénonce comme un scandale l'abbé et clerc marié Hubert, à qui Charles le Chauve a donné Saint-Martin de Tours 5. Plusieurs princes au IXe siècle sont tonsurés par ordre du roi, leur père, afin sans doute qu'ils ne puissent plus prétendre à la couronne ; ceux-là aussi sont très souvent pourvus d'une ou de plusieurs abbayes 6.
Les évêques qui sont en faveur au palais détiennent aussi, en plus de leur évêché, des abbayes qui constituent pour eux un bénéfice. Tls réclament des rois cette grâce avec les mêmes instances que les clercs du palais, prêts à l'acheter, on l'a vu, par des services de tout ordre, des complaisances, parfois une trahison. Les prétentions et intérêts de leur église, en même temps que le désir de s'assurer personnellement un bénéfice, les invitent à quémander des abbayes.
De préférence, ils recherchent Xabbatia des monastères royaux sis clans leur diocèse. Trois évêques qui se sont succédé sur le siège du Mans, Francon, Aldric, Robert ont tenu, chacun pendant quelques années au moins, l'abbaye de Saint-
p. 92); en 859 à Hugues l'abbé « qui erat canonicus » (II, 36, p. 107), en 866 au canonicus Hilduin (41, p. 112), en 878 au canonicus Foulques (58, p. 126), futur archevêque de Reims.
1. : « abbas efficitur Adalardus in hoc coenobio Sithiu... a pâtre Hunroco oblatus, sed post canonicus sub Fridogiso est effectus » (II, 9, p. 92-93). Il est devenu abbé de Saint-Bertin en 843 ; l'année suivante, il obtient l'abbaye de Saint-Amand [Ann. Blandin., 844, SS, V, 23).
2. En 866, Charles le Chauve lui attribue à la fois comtés et abbayes (Ami. Bertin., 84). Voir plus haut, p. 149, n. 1 et 3, la liste des abbayes que successivement il obtient, perd et regagne.
3. Sur la carrière de Gozlin avant qu'il devienne évêque de Paris en 884, cf. Favre, Eudes, 29-31 ; Parisot, Le roy. de Lorraine, 434 et suiv. Il avait successivement acquis Glanfeuil, Jumièges, Saint-Amand, Saint-Germain-des-Prés et Saint Denis.
4. Hincmar d'ailleurs adversaire de Hugues l'abbé, rend de lui marnais témoignage : « tonsura clerico et ordinatione tantum modo subdiacono, moribus au terri et vita a fideli laïco discrepanti » {Ann. Bertin., 864, p. 71).
5. Ann. Bertin., 862, p. 57. Il détenait aussi Saint-Maurice d'Agaune (864, p. 74) et avait envahi Lobbes (plus haut, p. 127, n. 2).