ABBAYES BÉNÉFICES PERSONNELS DES COMTES
abbaye au même comté 1 ou dans les comtés voisins 2. Souvent même, toutes les abbayes d'un comté sont cédées au comte. Louis le Pieux attribue à son fils Pépin le comté d'Angers avec les abbayes du même pagus 3. Au IXe siècle, les abbayes angevines de Saint-Serge, de Saint-Aubin, de Saint- Jean et Lézin ont ordinairement pour abbés les comtes d'Angers. Saint-Aubin ne cessera plus dès lors d'être en leurs mains et devint ainsi une abbaye comtale de la maison angevine 4. De la même manière, l'abbaye de Saint- Julien de Brioude, après avoir été tenue du roi par Guillaume le Pieux, puis par Guillaume le Jeune, deviendra la propriété de la maison des comtes d'Auvergne 6. Les grandes abbayes de Touraine,
i . Matf roi, comte d'Orléans, détient au début du règne de Louis lePieux le monastère de Meung (cf. Simson, I, 288). En 890, Aleaume est comte de Troyes et abbé de Saint-Loup ( Cart. Saint-Loup, 10, Lalore, 1,2). Son oncle, Robert, l'avait été avant lui (plus haut, p. 1 59, n. 6) . Conrad, comte d' Auxerre est abbé de Saint-Germain (HéricMir.s. Germ., 11, i,A.S., juill., VII, 284). Lothaire II donne Moyenmoutier en bénéfice au duc du pays (Liber de s. Hildufi sucess., 5, SS, IV, 89). Rodolfe, comte de la province maritime, est abbé de Saint- Riquier (Hariulf, III, 9, éd. F. Lot, 113) et de Jumièges (Dipl. de Charles le Chauve, 23 févr.84 9, H F, VIII, 499). Cf. Bourgeois, Hugues l'abbé, 66. A Cambrai, vers le milieu du Xe siècle, le comte Isaac tenait l'abbaye de Saint-Géry en bénéfice du roi Otton,qui d'ailleurs la lui retira pour l'attribuer à l'évêque (Gesta episc. Camer., I, 71, SS, VIII, 426).
2. Le comte Hugues, à qui Louis le Pieux a donné en bénéfice Saint- Julien d'Auxerre (821, Cart. de l'Yonne, 15, I, 30), dont Simson (Ludwig der Fr., I, 168) fait un comte de Tours, paraît avoir été comte de Sens (cf. Poupardin, Le roy. de Provence, n), mais avait reçu peut-être aussi celui d'Auxerre. Glanfeuil, dont les biens ont été spoliés par les comtes d'Angers, est attribué par Louis le Pieux, avec les quelques villae qui restent.au comte du Mans, Rorgon (Mirac. s. Mauri, 2, SS, XV, 465).
3. Mirac. s. Mauri, 3 : « Andegavensemcomitatumcumabbatiiset fiscisineodem pago sitis » (SS, XV, 467).
4. Le comte Gérard, qui a sous son regimcnV abbatia de Saint-Serge (Dipl. de Charles le Chauve, H F, VIII, 486), est certainement comte d'Angers (cf. F. Lot, Lerègne de Charles le Chauve, 183, n. 1). Lambert de Nantes, son successeur au comté d'Anjou, est en possession de l'abbaye de Saint- Aubin (Dipl. de Charles le Chauve, 25 juin 849 et charte de Lambert, 846, A. Giry, Étude de quelques documents angevins, 4, dans les Mém.Acad.des Inscript., XXXVI, 2e P., 219). Eudes, comte d'Anjou après Lambert, est lui aussi abbé de Saint- Aubin 1 Dipl. de Charles le Chauve, 16 août 851, Cart. S. A ubin, 16, I, 28). Suivant M. F. Lot (op. cit., 189, n. 3), le comte Thibaut, abbé de Saint-Jean et Saint-Lézin à la date du 1 mars 848, suivant un diplôme inédit de Charles le Chauve (Arch. Maine-et-Loire, G 689, n° 675), a été lui aussi comte d'Anjou. Vraisemblablement, l'abbaye de Saint- Aubin passa avec le comté d'Angers aux mains de Robert le Fort, d'Hugues l'abbé et d'Eudes (cf. L. Halphen, Le comté d'Anjou au XIe s., n. 2 de p. 81), puis aux mains des vicomtes et comtes qui remplacent en Anjou le dux Francorum. En 929, Foulques I, comte d'Anjou, est abbé de Saint-Aubin et de Saint-Lézin (Cart. S. Aubin, 177, I, 203). Entre 966 et 973, Guy, frère de Geoffroi Grisegonelle, tient l'abbaye de Saint-Aubin (38, p. 62), qui est dès lors un monastère comtal (cf. Halphen, loc. cit.).
5. Guillaume le Pieux, dans une charte de 898 (cf. Brucl, Essai sur la chronol. du car lui. de Brioude, dans la Bibl. Ec chartes, 1866, n° 77) déclare y remplir la fonction abbatiale « regiodono » (Doniol, Liber de honor., 309, p. 368). Dans les chartes postérieures à la mort de ce comte (Doniol, 324, 121, 318, 66 ; Bruel 126-9), Guillaume, abbé et comte, est évidemment Guillaume le jeune. Le monastère a par la suite des abbés placés sous la suzeraineté du comte d'Auvergne.