ORDRE ROYAL ÉCRIT
Quand le roi tenait en sa main un évêché vacant, une abbaye, il distribuait des bénéfices, comme l'eut fait un prélat. Ces concessions étaient régulières, aussi longtemps qu'elles étaient révocables et ne contrevenaient pas au droit qui appartient à tout prélat de reprendre un bien cédé en bénéfice par un précédent administrateur. Mais, quand le roi avait disposé du bien d'un évêché, d'une abbaye tenus en son indominicatum, souvent en outre il confirmait par diplôme royal le bénéfice qu'il avait accordé et le soustrayait par là au contrôle des prélats qui prendront après lui le gouvernement de l'église. Au temps où Charles le Chauve tient le monastère de Saint-Martin de Tours, il concède à nouveau et confirme par diplôme royal au chanoine Wichard la cella qu'il vient de lui attribuer en bénéfice 1. Les concessions qu'avait faites le détenteur occasionnel de l'honor ecclésiastique, il interdisait en tant que roi qu'on les abrogeât. C'est peut-être ainsi qu'a procédé Charles le Chauve au temps où il retenait en ses mains l'évêché de Reims et c'est pour cette raison qu'Hincmar l'aurait prié de casser tous ses préceptes illicites. Tous les biens que le roi avait soustraits à l'église en confirmant des précaires, il fallait qu'il les lui restituât, pour que le nouvel évêque pût en disposer régulièrement.
Lorsque l'épiscopat dénonce les préceptes royaux illicites, il n'a sans doute pas seulement en vue les diplômes qui confirment des précaires ecclésiastiques. A Yùtz, à Beauvais, à Meaux, les évêques s'en prennent à tout précepte royal qui porte atteinte aux droits des églises.
Peut-être même sous cette formule générale de préceptes illicites, faut-il aussi ranger l'ordre écrit qui oblige les prélats à céder un bien en précaire aux hommes royaux. Le verbum régis, qui est parfois intimé oralement au chef de l'église, peut aussi lui parvenir sous forme épistolaire 2. C'est en effet conformément à un praeceptum du roi, qu'en 853, l'abbé de Saint- Denis, Louis, a invité ses moines à céder Leberau en bénéfice à Conrad 3. Un mdiculus semblable à celui qu'Éloi présentait
firme la soi-disant concession en précaire faite par les représentants de l'église au comte.
1. Le chanoine l'a prié « ut cellam... a nobis sibi... beneficiario jure concessam omnibus vitae suae diebus habendam illi domo concedere regaliterque confirmare dignaremur » (6 nov. 851, HF, VIII, 518). Cf. plus haut, p. 175, n. 4. Il y a eu concession bénéficiaire faite par le détenteur de l'abbaye, puis confirmation par le roi du précaire ecclésiastique dont il est l'auteur.
2. Lettre du synode de Vermerie à Conrad : « Hludowicus ex praecepto'gloriosi régi... eos (les moines) consuluisset ac consensum eorum quaesisset, quatenus praescriptum monasterium vobis in precariam... concessisset » {Cap., II, 423).