DIVISIO » DES ÉVÊCHÉS ET MONASTÈRES
rait pas de quoi subsister 1. Jusqu'au jour où Charlemagne lui rendit une part de ses biens, elle resta dépouillée de toutes ressources : son trésor avait été enlevé par des princes chrétiens, ses titres de propriété avaient péri, la pauvreté empêchait d'y célébrer le culte divin 2. Même indigence à Orléans au temps où Charlemagne la prit en pitié 3. Quand Leidrade reçoit de Charlemagne le siège de Lyon, il trouve l'église dévastée et en ruines 4. En 829, les évêques se plaindront près de Louis le Pieux que certains sièges épiscopaux ont perdu leurs biens et sont même entièrement dépouillés 5. Ils estiment que là où un évêque a jouissance des biens de son église, il s'en doit contenter ; il ne lui est permis de percevoir une part des dîmes et oblations des fidèles que si du temporel de son église rien ne reste en ses mains 6.
En général, les évêchés paraissent avoir pâti de la divisio plus que les monastères royaux. Souvent en effet, ces établissements sont attribués eux-mêmes en bénéfice par le roi. Lorsque l'ensemble des biens, Yabbatia tout entière est cédée par lui à un fidèle, le roi n'est plus libre d'en disperser les biens entre plusieurs, au détriment du bénéfice d'un vassal. Sans doute, il confère aussi les évêchés à des fidèles ; mais depuis la tenue des synodes de réforme au temps de Boniface, le souverain a cessé de les attribuer à des laïques. Il se permet plus facilement de retirer à un évêque la jouissance des domaines convoités par ses serviteurs laïques, que de diminuer le bénéfice d'un miles pourvu d'une abbaye.
Dans le patrimoine des monastères, des bénéfices sont d'ailleurs taillés aussi en faveur des fidèles du roi. Au témoi-
2. Dipl. faux de Louis le Pieux, 20 février 840, B M 1003, Gesta Aldrici, 50. Ce faux, qui est l'œuvre d'un contemporain, nous instruit aussi bien qu'un diplôme authentique de Louis, de la tradition de l'églice mancelle vers le milieu du IXe siècle. Suivant le faux dipl. du 22 mars 836, BM 959, on aurait cessé de battre monnaie au Mans, «propter ablationem rerum praedictae sedis aecclesiae sive propter vastationem earum ». Cette pénurie extrême aurait entraîné l'interruption du monnayage « aliquo tempore, licet parvo, nostroque sive in fine genitoris nostri tempore » (p. 116). Ce serait donc vers la fin du règne de Charlemagne, que l'église aurait le plus gravement souffert.