PRÉLATS NON COMBATTANTS
rendait à l'ost ; il n'eût pas reproché au défunt d'avoir pris les armes, si telle avait été la coutume générale. A la fin du IXe siècle, un canon conciliaire stipule que l'oblation et la prière ne seront pas offertes pour les clercs morts à la guerre K La loi qui interdit aux clercs et aux moines de porter les armes et de verser le sang peut être respectée par celui qui obéit à la convocation royale. A Angoulême, en 844, des abbés séculiers sont tombés sur le champ de bataille : des évêques et un abbé régulier ont été faits prisonniers 2. A la différence des premiers, ceux-ci sans doute n'avaient pas combattu. Loup de Ferrières se déclarait incapable de rendre au roi les services d'un militaire. Il n'a pas appris à donner ou parer des coups et à remplir les autres devoirs du service à pied ou à cheval. Mais le roi, observe-t-il, n'a pas besoin seulement de bellatores 3. Quand cet abbé paraissait à l'armée, ce n'était donc pas en soldat. Fardulfus suivait Charlemagne avec des chapelains porteurs de reliques 4, remplissant ainsi les fonctions prévues par le concile germanique au temps de la réforme de saint Boniface 5. Vraisemblablement, quand le ban royal oblige les évêques, les abbés réguliers à partir, ils se contentent d'ordinaire de surveiller et de maintenir dans le devoir les hommes qu'ils amènent avec eux, d'être les compagnons, les conseillers du roi ou du chef de l'armée. Parfois sans doute, ils dirigeaient les opérations et se jetaient dans la mêlée ; mais le plus souvent, ils remplissaient en personne le servitium royal, sans désobéir à la lettre des canons.
Même à la condition de s'abstenir de manier l'épée, le service de l'ost s'accorde mal avec les devoirs des abbés réguliers et des évêques soucieux de leur charge pastorale. Aussi, souhaitent-ils d'être torchés le moins souvent qu'il se peut par la convocation royale. La journée d'Angoulême, où Loup de Ferrières, échappé par miracle à la mort, a été fait prisonnier, les sévices subis pendant sa captivité l'ont à jamais dégoûté du service de l'ost 6. Après avoir exposé combien il est peu propre à remplir l'office d'un militaire, il prie ses amis, si quelque expédition nouvelle est décidée, d'agir en sorte que