MORT DE MONSEIGNEUR GUIGUES
ADMINISTRATION DU RfiV. P&RE DANDURAND.
ONSEIGNEUR Guigues mourut le 8 fevrier 1874 k 10.20 heures du soir.* Les fatigues plutot que l’age avaient epuisd sa robuste constitution et depuis un an ddjfi chacun s’apercevait de l’affaiblissemen graduel de ses forces. Le 10 ddcembre 1*873, 11 nomma son fidele vicaire-gdndral, le Pere Dandurand, administrateur du diocfese. II etait depuis longtemps sujet k de frequentes hemorrhagies. Dans ces dernteres semaines, elles se renouveterent avec tant de violence qu’on vit bien qu’elles ddfiraient toutes les ressources de l’art et que l’auguste patient succomberait dans une syncope occasionnee par la faiblesse, ce qui eut lieu.
Sa mort fut pieuse et douce comme sa vie ; le calme et la resignation avec lesquels il regut les derniers sacrements, ddifterent et consoterent tous les membres de sa maison episcopale qui avaient pour lui les sentiments de la plus filiate affection.
La mort de Monseigneur Guigues, k laquelle tout le monde s'attendait, n’en causa pas moins une emotion profonde dans la
* Nous avons puise tous les details de ce chapitre dans la brochure intitutee : Mgr. J.-E.B. Guigues, ier foGque d' Ottawa, qui fut publiee quelques jours apr^s sa mort.
ville et dans le diocese. Pour tous les catholiques, et nous pouvons ajouter sans exaggeration pour un grand nombre de protestants, cet dv&nement fut comme un deuil personnel tant la figure du premier ev£que d’Ottawa etait famili^re k tous et r^v6ree. Une foule immense vint contempler pour la derni6re fois sa d6pouille mortelle exposee dans la chapelle de l’evech^.
Les funerailles, qui eurent lieu le 12 ffivrier, donnerenf occasion k la plus imposante manifestation dont la ville d’Ottawa eut jamais jusqu’alors ete t^moin. Sept dv^ques, une centaine de pretres, les ministres federaux, une toule de s6nateurs et de deputes se firent un devoir d’assister aux obsbques. Le funebre cortege partit de l’evech^, descendit la rue Saint-Patrice et revint par les rues Dalhousie, Rideau et Sussex 4 la cathedrale. On calcule que quinze mille personnes environ assisterent au defil6. L’archeveque de Quebec, Mgr. Taschereau, chanta le service ; Mgr. Fabre, coadjuteur de Montreal, fit en franpais l’filoge funebre du defunt, tandis que Mgr. Wadhams, eveque d’Ogdensburg, se chargea en anglais du meme pieux office.
Le corps fut ensuite inhume dans le soubassement de la cathedrale oil une inscription gravee surle marbre temoigne de la filiale affection de celui qui, apres avoir ^te l’enfant de predilection de Mgr. Guigues, devait etre le digne hbritier de ses dignit^s et de ses oeuvres.
Nous reproduisons ici l’acte de sepulture du premier eveque d’Ottawa, avec les noms des preiats presents k ses funerailles.
“ Le 12 fevrier 1874. — Nous, soussigne archeveque de Quebec, avons inhume dans la voute reserve aux eveques defunts, sous la cathedrale, dans la tour sud, le corps de Sa Grandeur Monseigneur Eugene Bruno Guigues, decede en son palais episcopal, le huit du present mois, dimanche, solennite de la Chandeleur, muni des sacrements de notre mere la sainte Eglise, entoure de son clergd afflige et de nombreux fideies.
“ Sa Grandeur est ne le 28 aout 1808, k Gap, France, du sieur Bruno Guigues, capitaine de cavalerie, sous le premier empereur fran^ais, et de dame . Fait pretre le 26
mai 1828, «eiu 6veque de Bytown le 9 juillet 1847, sacre eveque de
Bytown dans la cathddrale de Bytown, plus tard Ottawa, le 30 juillet 1848, par Sa Grandeur Mgr. Gaulin, dveque de Kingston, assistd de Leurs Grandeurs Messeigneurs J. Bourget, eveque de Montreal et Patrick Phelan, Eveque coadjuteur de Kingston.
“ Etaient tdmoins de la sepulture : Mgr. Chs. Larocque, dveque de Trois-Rivieres, Mgr. Langevin, dveque de Rimouski, Mgr. Fabre, Eveque de Gratianopolis, Mgr. Horan, eveque de Kingston, Mgr. Wadhams, Eveque d’Ogdensburgh. Suivent les signatures parmi lesquelles il faut signaler celles de MM. Conway et Heenan, administrateurs, sede vacante, des dioceses de Toronto et d’ Hamilton.”*
Le Pdre Dandurand, curd de la cathedrale et vicaire-general du diocdse, prdsenta k Mgr. Taschereau, archeveque de Quebec et mdtropolitain de la province ecclesiastique, ses lettres d’administration datdes et signees, le 10 ddcembre 1873, par le ddfunt eveque d’Ottawa. Ces lettres furent approuvdes le 12 fevrier 1874, par l’archeveque, alors present dans la ville 4 l’occasion des funerailles, et k partir de ce jour, par privilege special du Souverain Pontife, la juridiction dpiscopale lui fut devolue dans le diocdse d’Ottawa, durant la vacance du siege.
Cette vacance ne dura pas longtemps, car le ier septembre 1874, M. 1’abbe Joseph-Thomas Duhamel, curd de Saint-Eugene, dtait dlu dveque d’Ottawa.
II convient, en terminant ce troisieme livre de notre ouvrage, de jeter un coup d’oeil sur l’oeuvre accomplie dans le diocese, pendant l’dpiscopat de Mgr. Guigues, c’est-i-dire depuis 1848 k 1874. Cette oeuvre est tellement merveilleuse que nous n’osons point en faire honneur k un homme. Les hommes peuvent etre les instru-
* Mgr. Guigues dtait tertiaire. Voici l’acte de sa prise d'habit.
Congregation’ du Tiers-Ordre de saint Francois d'Assise, Rome.
Pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de son ame, Mgr. Guigues, Eugdne, dvdque d’Ottawa, Haut-Canada, nd le 2S aout 1808, a Gap, Hautes- Alpes, a pris le saint habit de la pdnitence de saint Francois d’Assise, sous le nom de frhre Fran9ois d’Assise, le 9 janvier 1870, au couvent des RR, PP. capucins, k Rome.
En foi de quoi j'ai signd le prdsent avec le frdre recteur et l’ai revdtu du sceau de cette Fraternitd. Le Rdv. Pdre directeur, frdre Adrien de Viterbe, lecteur capucin, le frdre recteur, frdre Camille de Lellis.
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ments de la Providence, mais c’est toujours la Providence qui dirig^e : Soh Deo honor et gloria.
Mgr. Guigues, en arrivant dans son diocese, trouva sept missionnaires oblats et huit pretres s^culiers. II y laissait, en 1874, vingt-six peres de sa congregation et cinquante-quatre pretres seculiers.
En 1848, on ne ccmptait dans le diocese, que trois eglises en pierre et trente chapelles en bois. En 1874, il y avait cinquante-
cinq eglises et trente-trois chapelles, construites ou en construction.
Enfin, la population catholique qui, d’apr£s le recensement de 1851, s’eievait k trente-neuf mille ames, etait dejit monte en 1871, au chiffre dnorme de quatre-vingt-seize mille habitants.