‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 2)Chapitre 3 sur 189 · CHAMPLAIN ET L’OTTAWA, DE 1603 A · texte numérisé non relu

CHAMPLAIN ET L’OTTAWA, DE 1603 A

vallbe de l’Ottawa, au commencement du dixsepti^me siibcle, c’est-4-dire, k Pepoque ou Champlain jeta les fondements de la colonie, 6tait presque deserte et toute couverte de forets. Nous allons indiquer brievement la situation et l’dtat des principales tribus sauvages dont nous aurons k parler dans la suite de ce rbcit.

Au sud du Saint-Laurent, depuis le lac Champlain jusqu’au lac Erid, s’dtendait le groupe important des cinq nations iroquoises. Dans la province actuelle d’Ontario, plusieurs tribus dtaient etablies. C’6taient la nation Neutre, sur la rive nord de

1’Erie ; la nation du Petun, au sud-est du lac Huron ; la nation des Hurons, autour de la baie Georgienne et du lac Simcoe toutes de langue huronne-iroquoise. La nation des Outaouais, dans le comte de Bruce, les lies de la baie Georgienne, et la grande tie Manitoualin ; la nation des Nipissiriniens, sur les bords du lac Nipissing ; enfin les Algonquins dans la valine de l’Ottawa dtaient

de langue algonquine.

Le nom gendrique d’Algonquins s’appliquait k un grand nombre de tribus dispersees sur la rive nord du Saint-Laurent, de l’Ottawa et des Grands Lacs. Trois d’entre elles habitaient notre vall6e : la grande nation des Algonquins ou les sauvages de Pile, qui occupaient Pile des Allumettes et les environs, et qui levaient un tribut sur les navigateurs de la riviere ; la Petite Nation, 6tabhe sur les deux rivieres de ce nom qui ddbouchent non loin de Papineauville ; la nation de PI roquet, en bas de l’Ottawa, dans les com-

t4s de Soulanges, de Vaudreuil, de Stormont, de Glengarry et de Prescott.

Audeli des montagnes du nord et sur le versant de la baie d’Hudson vivaient d’autres peuplades dont il est inutile de parler, du moins pour le moment.

Les Algonquins de l’Ottawa ne comptaient, parait-il, en tout que six mille ames. C’etait bien peu de monde pour un si vaste territoire, et Ton peut dire que le pays 6tait desert. Ils etaient grands chasseurs, et dependaient des Hurons pour une partie de leur subsistance, lorsque le gibier manquait. Courageux k la guerre, mais indisciplines, ils devaient fatalement succomber devant un ennemi plus nombreu'x et plus ruse.

Les Hurons etaient un peuple agricole et sedentaire. Leur territoire, de peu d’etendue, etait deboise et relativement bien cultive. Ils habitaient de grands villages, chassaient peu, et entretenaient avec les autres nations un commerce actif. En echange du tabac, du sirop durable, des os de poisson dont ils faisaient des armes et des outils, et des fourrures qu’on leur apportait du nord et de Test, ils donnaient de la farine, du ble d’Inde, des melons, des citrouilles, de l’ecorce de bouleau. Plus tard, lorsque l’arriv6e des Franpais accrut en de grandes proportions le commerce, ils se firent les courtiers des autres peuples et s’enrichirent 4 leurs depens. Ils Etaient au nombre d’une trentaine de mille et se croyaient bien sup^rieurs & tous leurs voisins. “ Les Hurons, dit le Recollet Sagard, sont, eux avec les autres peuples sedentaires, comme la noblesse du pays. Les nations algonquines composent la bourgeoisie ; les villageois et les pauvres sont representes par les Montagnais, ceux-ci vers le Saguenay.”

Ce qui perdit les Hurons fut leur incapacity k la guerre. Pleins de suffisance et d’une sotte confiance en leur sup6riorite, ils manquaient aux regies les plus 61ementaires de la tactique, ne savaient ni se concerter, ni pr^voE, ni profiter des plus dures lepons.

Les Iroquois, nombreux et puissants, l’emportaient sur tous les autres peuples par ce qu’on appelle le sens politique. Ils savaient garder le secret, combiner un plan et le poursuivre, pendant des annees, avec une inalterable perseverance. Nous aliens les

voir, rnalgre le desavantage qu’ils eurent, d&s l’origittc de l’hostilite des Franqais, parvenir, k force de bravoure, de prudence et meme, disons-le, de perfidie, ^ aneantir successivement leurs ennerriis, d faire trembler les blancs, et k s’imposer pendant quelques annees, comme arbitres entre deux gran des nations europeennes. Ce ne fut qu’en 1700 que leur puissance s bcroula pour toujours.

L’Ottawa a portb divers noms. D abord celui de la Grande Riviere, sous lequel il est encore connu ; puis celui de rivibre des Prairies, d’un jeune marchand de Saint-Malo qui se perdit dans les lies de son embouchure. Le nom en est reste la brancbe nord qui enveloppe File de Montreal. Champlain 1 appelait ordinairement la nvibre des Algonquins, k cause des sauvages qui peuplaient ses bords. Enfin, k partir de 1654, elle fut appelee rivRre des Outaouais (en anglais Ottawa) ce qui signifie chemin des Outaouais, comme nous verrons.

C’est en 1603 que Champlain fait, pour la premiere fois, mention de notre rivRre. A cette date, en effet, il rencontrait, parirq les sauvages descendus ^ la traite de Tadoussac, un chef algonquin, du nom de Tessouat, dont latribu habitait bien loin k l’ouest, dans l’ile des Allumettes. Quelques semaines plus tard, ayant remonte jusqu ’k l’ile de Montreal pour recueillir des renseignements sur les sources du Saint-Laurent, il tait une courie allusion k l’Ottawa : “ Il y a, dit-il, une rivibre qui mfene au pays des Algonquins qui resident k environ soixante lieues du Samt-Laurent. ”

Cinq ans plus tard, en 1608, Champlain rencontra d Qubbec un jeune Algonquin fils du chef Iroquet qui commandait sur l’Ottawa inferieur. A la demande de ce chef, Champlain dut consentir, peu aprfes, d prendre part i une expedition centre l’ennemi commun, les Iroquois. Cette expedition qui eut lieu Fannie suivante, 1609, et qui se termina par une victoire, au lac Champlain, mit notre heros en contact avec les Hurons, allibs de FIroquet, qui etaient venus des plages lointaines de la baie Georgienne, k son aide, en descendant en canots le cours de FOttawa.

L’an 1610, Champlain, k la tete de ses sauvages allies, dbfit de nouveau les Iroquois. Le commerce, cet dt6, fut tr6s important avec les nations de l’interieur et du haut de FOttawa. On en pro-

fita pour faire partir avec les sauvages quelques jeunes gens intelligents, charges d’explorer le pays et d’apprendre les langues, pour servir ensuite d interpr^tes. Le plus connu de ces jeunes gens est Etienne Brule dont les prouesses devinrent fameuses. Cette annde et la suivante, il en partit trois, au moins. Chaque printemps ils revenaient avec les Indiens pour la traite, et rendaient toute sorte de services, comme on peut le penser.

L un d eux, Nicolas du Vignau, s’illustra par ses mensonges. II avait passd l’hiver k Pile des Allumettes, chez le chef Tessouat, et avait recueilli, on ne sait comment, quelques renseignements, assez exacts, du reste, sur la baie d’Hudson, encore inconnue des Franpais. Quoiqu il en soit, k son retour en France, il se vanta d avoir visitd la mer bordale et d’y avoir meme apercu des navires anglais. Enflammd par ces rdcits et brulant d’atteindre cet ocdan occidental qui devait, pensait-on, le conduire en Chine, Champlain repartit pour le Canada, avec son guide, de bonne heure, au printemps de 1613.

La traite terminee, notre hdros s’embarqua avec Du Vignau et trois Frangais seulement, guide par un sauvage, et commenga ce premier voyage sur l’Ottawa dont il nous a laisse un si attachant rdcit. Lui et sa faible escorte, montes en deux canots d tcorce, quittdrent 1 ile de Sainte-Helbne le 27 mai, 1613. Le 31, ils avaient atteint le lac des deux Montagnes, appele de ce nom h cause de deux pics, hauts de quatre h cinq cents pieds, qui le dominent au nord. Le grand portage du Long Saut, k la tete du lao, codta beaucoup de fatigue k notre heros et a ses compagnons. Le 2 ju*n) parvenu sur le lac de l’Orignal, h une pointe couverte de chenes (la pointe aux Chenes) Champlain rencontra une tribu indienne, les Kinouchepirini, qui demeuraient au sud de Pile des Allumettes et qui lui fournirent un nouveau guide. Un peu plus haut, il decouvrit la bouche d’une rividre qui baigne le territoire des Algonquins de la Petite Nation. Plus loin, il atteignit une autre riviere torte et rapide, la Gatineau, par ou, parfois, les sauvages remontaient jusqu’aux sources du Saint-Maurice pour descendre de 1 k dans le grand fleuve. En face de la Gatineau, il admira les merveilleuses chutes du Rideau si puissantes alors que la contree n dtait pas d<£boisde, que les Sauvages aimaient 4 se pro-

mener sous la voute 6cumante que l’eau formait en tombant. II n’avait plus qu’un detour 4 faire pour se trouver devant la cataracte des Chaudi&res. C’etait un portage cdlbbre, et les sauvages qui passaient par 14 ne manquaient pas d’offrir un sacrifice 4 la divinity du lieu. C’etait aussi un passage dangereux, plein de terreurs et d’embuscades, ou se cachait souvent 1’ennemi pret 4 fondre sur l’imprudent voyageur qui s’aventurait sur le fleuve sans une escorte respectable. Mais dcoutons le rdcit de Champlain luim6me : “ Nous passames un saut qui est large de demi lieue et descend de six 4 sept brasses de haut. II y a quantity de petites lies qui ne sont que rochers apres et difficiles, couverts de mdchants petits bois. L’eau tombe 4 un endroit de telle impdtuositd sur un rocher, qu’il s’y est cave, par succession de. temps, un large et profond bassin ; si bien que l’eau courant 14 dedans circulairement, et au milieu y faisant de gros bouillons, a fait que les sauvages l’appellent “ Asticou,” qui veut dire chaudidre. Cette chute d’eau mene un tel bruit dans ce bassin que l’on l’entend de plus de deux

lieues.”

Laissons maintenant Champlain nous decrire ce que c’est que faire le portage. “Nous eumes beaucoup de peine 4 monter contre un grand courant, 4 force de rames pour parvenir au pied du dit saut, ou les Sauvages prirent les canots, et nos Franpais et moi nos armes, vivres et autres commodites, pour passer par 1’aprete des rochers, environ un quart de lieue que contient le saut ; et aussitot nous fallut embarquer, puis de rechet mettre pied 4teire pour passer par des taillis environ trois cents pas , et apics, se mettre 4 l’eau pour faire passer nos canots par-dessus les rochers aigus avec autant de peine que l’on saurait imaginer. '

C’est ainsi que nos voyageurs arriv4rent, dans l’apres-midi, au lac des Chenes, long de cinq lieues, sur deux de large. Le lendemain ils atteignirent la chute des Chats, et se virent contraints d’abandonner leurs vivres devenus trop lourds. Ils decouvrirent la bouche d’une rividre habitee par la tribu des Mataouesca, desquels elle tire son nom. Arrives aux rapides du Portage du Fort, le 6 juin, ils se sentirent 4 bout de forces. Epuis6s, sans autres

* Champlain. Voyages, ann(k 1613.

vivres que le peu de poisson qu’ils pouvaient prendre, ils eurent beaueoup de peine 4 franchir ce passage difficile.

L4, on quitta la riviere pour prendre un raccourci, par le lac du Rat Musqiffi, sur les bords duquel il trouvbrent un campement de sauvages et quelques champs cultiv^s en bffi d'Inde. Les voyageurs furent bien accueillis, et dans le conseil qui fut alors tenu, Champlain offrit aux sauvages la protection du roi de trance et son alliance dans leurs luttes contre les Iroquois. Cette offre fit eclater chez eux des transports de joie. Nibachis, chef de ces Indiens, voulut conduire lui-m6me son nouvel allid 4 l’ile des Allumettes qui n’6tait pas loin.

La grande lies des Allumettes, chateau fort des Algonquins, est comme la clef de l'Ottawa, dont le cours rapide la protege contre les surprises de l’ennemi. Le chef Tessouat, le meme que Champlain avait connu jadis 4 Tadoussac, requt son noble visiteur avec de grandes marques de distinction. Mais lorsque celui-ci manifesta le dLsir de pousser plus loin son voyage, il lui suscita mille obstacles. Il commenga d’abord par convaincre Du Vignau de mensonge, et lui fit avouer qu’il n’avait jamais depasse les limites de Pile ; puis il ddpeignit les Nipissiriniens, ses voisins, comme de grands empoisonneurs ; enfin, comme Champlain insistait toujours, il se refusa positivement 4 lui fournir des canots. La vraie cause de cette resistance etait la crainte qu’^prouvait Tessouat, qui prelevait une taxe sur les canots passant devant son lie pour la traite, de voir les Franqais porter plus haut cette traite et le priver ainsi d’un gros revenu.

Champlain dut done, bien malgr^ lui, se rdsigner 4 partir. Mais, en redescendant, il ne fit pas portage au lac du Rat Musque, il suivit, au contraire, le lit de la riviere, et cotoya 1’ile du Calumet. Parti des Allumettes, le io du mois de juin, il etait de retour, le 17, 4 Pile de Montreal. A son retour, en passant par le saut de la Chaudi&re, le grand voyageur fut temoin d’une cer£monie qu’il d6crit dans fes termes suivants :

“ Apnbs avoir port£ leur canots en bas du Saut, les sauvages s’assemblent en un lieu, ou un d’entre eux, avec un plat de bois, va faire la quete, et chacun d’eux met dans ce plat un morceau de

petun (tabac) ; la quete faite, le plat est mis au milieu de la troupe, et tous dansent k l’entour, en chantant a leur mode ; puis un des capitaines fait une harangue, remontrant que des longtemps ils ont accoutumd de faire telle offrande, et que par ce moyen ils sont garantis de leurs ennemis, qu’autrement il leur arriverait du malheur ; ainsi que leur persuade le diable, et vivent en cette superstition, cotnme en plusieurs autres,, comme nous avons dit en d’autres lieux. Cela fait, le harangueur prend le plat et va jeter le petun au milieu de la chaudfare, et font un grand cri tous ensemble. Ces pauvres gens sont si superstitieux qu’ils ne croiraient pas faire bon voyage, s’ils n’avaient fait cette cerfanonie en ce lieu, d’autant que leurs ennemis les attendent 4 ce passage, n’osant pas aller plus avant k cause des mauvais chemins, et les surprennent fa : ce qu’il ont quelque tois tait.

Ce premier voyage de Champlain fut suivi d’un autre, plus important encore, en 1615. II avait promis aux sauvages de se mettre h leur tete dans une grande expedition contre les Iroquois. Cette amfae fa, il amena avec lui de France quatre Recollets, les premiers missionnaires du Canada: les Pferes Denis Jamay, Jean d’Olbeau, Joseph le Caron, et le Frfae Pacifique du Plessis. Le pere Joseph le Caron fut cfasigne pour accompagner Champlain. La traite une fois finie, comme celui-ci, empechd par des affaires, retardait un peu son depart, le Pfae Joseph, brhlant d un saint enthousiasme, prit les devants et suivit les sauvages qui ne voulaient plus attendre. Une douzaine de Franqais l’accompagnfaent. C’dtaient des commis et des traitants d’une morahte fort douteuse, qui firent aupres des Indiens la plus deplorable impression et qui paralysfaent longtemps l’action des missionnaires. Champlain partit k son tour, le 9 juillet 1615, escorfa de dix sauvages et de deux Frangais.

Cette fois, le voyage s’effectua sans encombre jusqu a la riviere Mattawa. L’ expedition remonta la Mattawa et arriva au lac Nipissing ou elle fut bien accueillie par les Nipissiriniens qu on avait faits si redoutables. Du lac Nipissing elle descendit, par la riviere des Frangais, jusqufa la mer Douce ou lac Huron. Sur les bords du lac elle trouva des sauvages venus fa pour 1a cueillette

des bluets. I Is portaient les cheveux relev^s sur la tete, ce qui leur fit donner le nom de Cheveux Releves ; on les connait mieux sous le nom d’Outaouacs qui signifie “ hommes des bois ” — 0?idatahouat — par opposition aux peuplades huronnes qui vivaient dans la plaine. Champlain, cotoya alors la mer Douce dans la direction du sud-est, jusqu’4 ce qu’il edt atteint le pays des Hurons et rencontrd le Pere Joseph qui le re^ut avec des transports de joie.

Ce missionnaire avait dej& cdldbrd un premiere messe dans le village d’Otouacha. La seconde, celle dont nous parle Champlain, fut dite k Carhagouha, le 12 aout, 1615. Une croix fut erigde et une hutte fut batie en dehors du village. Telle fut la premiere chapelle de la province d’Ontario. Remplacde en 1623, elle fut reconstruite de nouveau par les Jesuites en 1635.*

On sait le reste. Une grande expedition contre les Iroquois dchoua par la faute des sauvages, et Champlain fut blesse. II dut passer l’hiver chez les Hurons et profita de ce repos force pour aller visiter, avec le P£re Joseph, la nation du Petun. Ce ne fut que l’annee suivante qu’il put reprendre avec ses compagnons le chemin de l’Ottawa, 20 mai 1616.

Cette premiere mission fit connaitre le pays. Le fruit en fut un pr6cieux m^moire envoye k la cour, dans lequel Champlain et les religieux donnaient de sages informations sur les indigenes “ dont il fallait faire des hommes avant de songer en faire des chrdtiens, et desquels il fallait dloigner soigneusement les chretiens dont la conduite scandaleuse pourrait leur faire prendre notre sainte religion en mdpris.”

A partir de ce temps le commerce entre les sauvages et les Fran^ais, d6j4 6tabli depuis plusieurs annees, devint plus reg-ulier et plus actif. Des Indiens de toutes les nations, mais surtout des Hurons, descendaient, k la tonte des glaces, aux postes franc^ais et troquaient leurs riches fourrures contre une foule d’objets dont ils avaient besoin ; et leurs besoins allaient croissant k mesure qu’ils trouvaient moyen de les satisfaire. Les Fran<jais, de leur cot6, les suivaient au retour, apprenaient leur langue et parta-

*Faillon : Histoire de la colonie frangaise.

geaient leur vie sauvage. Telle est l’origine de ces coureurs de bois, dont l’existence aventureuse exeri^a plus tard une si puissante fascination sur l’esprit de la jeunesse, qu’elle quittait en masse les habitations, et que Ton fut obligd de faire des ordonnances draconniennes pour la retenir dans ses foyers.

Parmi les premiers voyag'eurs, nous avons cit^ Etienne Briild. Un autre interpr^te, Jean Nicolet (1618 k 1642) l’emporta bientot sur lui par la grandeur de son caractfere. II joua un role immense dans le Haut-Canada, et il fit aimer la France par les sauvages sur lesquels il exerqait un veritable prestige. II devint comme un grand chef, et contrebalanqa, mainte fois, les influences de nos ennemis.

Avant l’arrivee des Franqais, le commerce se faisait prudemment sur les rives de l’Ottawa. C’dtait aux bouches des rivieres du Moine, Coulonge, Gatineau et du Li&vre que les T&tes de Boule et les sauvages du nord allaient rencontrer les Hurons. L’arrivee des europ^ens deplaqa les marches ; mais la crainte des Iroquois hantait toujours les tribus qui ne s’aventuraient qu’en tremblant sur le Saint-Laurent. Aussi voyons-nous le commerce remonter progressivement le grand fleuve. De Tadoussac il se porte 4 Quebec ; de Quebec aux Trois-Riviferes et au lac Saint- Pierre ; du lac Saint-Pierre au lac Saint-Louis et k Montreal. Si le march£ des Trois-Rivisbres s’est longtemps soutenu il faut l’attribuer au Saint-Maurice, dont le cours servit souvent de route detournde, 011 I’on pouvait trafiquer hors des atteintes des Iroquois. (1)

Quant au Saint-Laurent lui-meme, infest^ d’ennemis, sillonn^ de violents rapides, avec ses lacs au^si agites que la mer, il ne fut jamais considdre comme une route praticable pour les fragiles canots d’6corce.

Nous trouvons dans les voyages de Champlain, k la date de 1623, la curieuse note suivante : “ Le 2 juillet, arriva un canot ou etait Etienne Brul6, truchement, avec Desmarests, qui repartit aussitot chercher les sauvages.... Le 23 du dit mois nous fumes

(1) Suite : Le pays, des Grands Lacs au X 'Vile Siecle.

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devant la rivibre des Iroquois (le Richelieu) ou nous trouvames Deschenes qui dit avoir la nouvelle qu’il devait arriver quelques trois cent Hurons, ou Etienne Brfilb les avait rencontres au saut de la Chaudibre, soixante-quinze lieues de la dite riviere des Iroquois . . .

“Le 27 du dit mois, arriverent des sauvages qui firent une assemblbe entre eux, ou ils form brent quelques plaintes des uns et des autres, touchant les passages qui n’etaient pas libres aux Hurons, que les Algonquins les traitaient mal, leur faisant contribuer de leurs marchandises ; et ne se contentant pas de cela, les derobaient, qui leur donnait encore un grand sujet de mbcontentement. On les accorda sur toutes ces plaintes. Ils firent des presents de quelques castors qui leur furent payes plus qu’ils ne valaient.”

Quoique le nom de Tessouat ne soit point bcrit, il est & croire que le chef de l’lle etait l’exacteur dont les Hurons avaient k se plaindre.

Mais si les hardis traitants se lanqaient ainsi, k la suite de sauvages, sur les eaux de l’Ottawa, les missionnaires ne restaient point en arribre. Nous voyons, en 1622, le P. Guillaume Poulin capturb, au lac Saint-Louis, par les Iroquois. Dejb il etait attach b au bucher et endurait les premieres atteintes des flammes lorsqu’il fut dblib et bchangb contre des sauvages prisonniers. A peine gubri de ses blessures, l’intrbpide missionnaire partit, avec quatre canots marchands, et monta jusqu’au paj^s des Nipissiriniens. Attaques par les Iroquois pendant le voyage, plusieurs de ses compagnons furent blessbs, et requrent, avant de mourir, le bapteme, de ses mains. On lui fit partout sur son passage un favorable accueil.

L’annbe suivante les PP. Joseph le Caron et Nicolas Viel accompagnbs du F. Gabriel Sagard, qui publia, depuis, la relation de ses voyages, montbrent au pays des Hurons. Le P. Viel demeura deux ans chez les sauvages. Au printemps, il descendit avec eux k la traite. Dbjb ils avaient atteint la rivibre des Prairies, lorsque, en passant prbs d’un rapide, ses perfides conducteurs le prbcipitbrent, lui et un jeune Huron qu’il avait converti, dans le courant oil ils pbrirent : juin 1625. Le rapide porte encore aujourd’hui le nom de Saut au Recollet.

Les Ricollets, se sentant trop faibles et trop pauvres pour continuer seuls ces missions, appelirent ;'i leur aide les J^suites, et les repurent, malgre l’opposition de la compagnie des marchands, avec line sainte charite. Les premiers Jesuites qui abordferent au Canada furent les P.P. Charles Lalemant, Jean de Brdbeuf, Ennemond Masse et les frferes Franpois Charton et Gilbert Buret : 19 juin 162c;. D’autres les suivirent bientot. 1 1 s r^sid^rent, pendant deux ans et demi, au couvent des R^collets, jusqu’i ce qu’ils se fussent construit une demeure.

Les temps dtaient mauvais ; pendant que les Iroquois nous faisaient la guerre, nos perfides allies assassinaient plusieurs des notres et tentaient meme de massacrer toute la colonie. Les missionnaires ne perdirent point courage. En 1626, deux Jesuites les P.P. de Br^beuf et de la Noue, et un Rdcollet, le P. de la Roche d’Aillon, mont^rent au pays des Hurons. Le P. de la Roche poussa meme plus loin, et s’avanpa, le 18 octobre, jusqu h. la nation Neutre a laquelle il offrit l’alliance de la France. Mais les Hurons jaloux firent k ces sauvages un portrait si affreux des Franpais et des missionnaires que le Pere courut risque d’etre assassin^ ci coups de hache, et qu’effectivement le bruit de sa mort se r^pandit. Les Franpais alarmds vinrent le chercher l’ann^e suivante. Le P. de la Noue rentra, k son tour. Quant au P. de Brebeuf, il ne redescendit k Quebec que le 17 juin 1629, apres avoir appris parfaitement la langue des Hurons.

Tels furent les premiers essais des missions. L invasion des Anglais et la prise de Quebec, 20 juillet 1629, par David Kertk coup&rent court k toutes ces entreprises.

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