AYLMER
L’histoire d’ Aylmer remonte 6galement au premier quart de ce siecle, 4 l’ouverture du commerce des bois, et & la cloture des travaux du canal Rideau, 1832. Beaucoup d’anciens ouvriers du canal et de Philemon Wright prirent des terres et colonis^rent les cantons fertiles de Hull et d’Eardley. Cette <§poque Soignee fut, relativement, la pdriode'de la grande prosp^ritd d’Aylmer, deTurnpyke comme on l’appelait, (c’est la barrifere de peage.)
II n’y avait point alors de chemins de fer, les voyageurs, arrives & Bytown, prenaient la diligence d’Aylmer, d’ou ils s’embarquaient en steamboat pour les Chats. Aylmer etait done un village important en 1836, et les missionnaires qui les visitdrent resolurent d’y b&tir, non pas une chapelle en bois, comme ils faisaient d’ordinaire, mais une veritable dglise de pierre, ce qui eut lieu, un peu plus tard. On a pretendu n^anmoins, que le Pfere Brunet avait, des lors, fait construire une modeste chapelle en bois. Nous n’en avons point trouvd de traces.
Le premier cur£ rdsidant k Aylmer fut M. Ddsautels, 1840 k 1848. II y 6tablit, en 1841, l’archiconfrdrie du scapulaire, et benit le cimetifere catholique ; l’annde suivante, 1842, il bdnit solennellement une cloche ; mais n’anticipons pas. II est temps de faire le recit des travaux de nos premiers missionnaires.
Ces travaux datent de 1838. Nous avons trouv6 dans les archives de l’archevechd de Montreal, les lettres et les rapports de M. Brady et de M. Bourassa k Mgr. Bourget, coadjuteur de Montreal. Ces rapports, nous les reunions ou nous les repro-
duis.ons textuellement. Ils jettent la lumiere la plus vive sur les origines de notre pays.
Laissons tout d’abord la parole 4 celui qui la merite le mieux, au Rev. M. Brady.
Bonsecours, seigneurie de la Petite-Nation, 9 mars 1838.
“ Monseigneur, — Hier, k huit heures du soir, je suis arrive de ma mission dans les cantons de Templeton, de Hull et d’Eardley. En montant, je suis, selon vos instructions, alle visiter M. Cannon qui dessert tout le pays, aux environs de Bytown. De li, je suis montd k Aylmer ou j’ai reussi k persuader aux gens de batir une chapelle, comme il appert dans une petition qui a et6 adress^e k Monseigneur de Montreal. J’ai ensuite penetre dans les terres jusqu’4 un petite village, sur le bord de la riviere Gatineau, nomm£ Chelsea, k trois lieues environ de Bytown. Je suis demeurd la trois jours, bien occupe, et j’y serais reste plus longtemps, si je n’avais annonce k Templeton une assemble 4 laquelle il fallait que je fusse present. La petite instruction que j’ai faite k Chelsea, le dimanche, a la messe, n’a point ete sterile. Trois protestants se sont presentes k moi, le jour suivant, le premier pour faire son abjuration, le second, pour faire ce qu’il me plairait, le troisieme, pour se confesser et se faire instruire ; jamais confession ne m’a tant edifie que la sienne. Il y a 14 une centaine de families, irlandaises pour la plupart, qui ne parle guere que leur langue. Aussi etaient-ils transport's de joie de rencontrer un pretre capable de les confesser. Nous avons fait des arrangements pour la construction, k Chelsea, d’une chapelle en bois ; et une petition, 4 cet effet, va etre adress^e prochainement 4 Monseigneur.
On pourrait aussi construire une autre belle 6glise aux Chaudieres, vis-4-vis de Bytown. (Hull). Le seigneur du lieu (Wright) offre un emplacement, et de plus, cent louis pour sa part, et cent autres louis de la part de ses ouvriers, $800. Il ne demande que la permission de batir la chapelle. Je n’ai point voulu dormer de rdponse avant de consulter Votre Grandeur, pour la bonne raison
que les ouvriers cle ce monsieur qui formeraient la nouvelle mission, demeurent d peu de distance de Bytown.
De Id, je me suis rendu d mon assemble de Templeton ou j’ai trouve les gens bieti disposes d batir une chapelle. II y a dans un petit coin de ce canton (la Pointe-Gatineau) une douzaine environ de families canadiennes avec un irlandais, le plus riche et le plus respectable habitant de ce canton. Or, dans cet endroit, un beau terrain a dte dejd donne pour la construction d’une eglise et d’une ecole. Ce terrain serait assurement le plus convenable de toutes les facons pour y elever la chapelle. Malheureusement la majority des colons sont disperses par tout le canton et surtout d 1’autre bout, et ceux-ci desirent qu’au lieu de batir d la Pointe, on accepte un terrain offert par un M. Homier, d deux milles environ, en deqa, disant que la distance serait mieux diviseUe et qu’ils auraient encore de cinq d huit milles d faire pour venir a P eglise. Mais les canadiens se sont entetes et n’ont pas voulu se demettre de leurs pretentions. Quant d mon irlandais et d M. Homier, ils pretendent rester neutres dans le litige et ne se prononcer d aucun cote. Lorsque j’ai vu qu’on ne pouvait s’accorder j’ai jete au feu 1’acte et une partie de la liste des souscriptions, qu’ils avaient dresses. . . . J’attends maintenant vos instructions. Les gens qui nous ont empechd de proceder sont de pauvres gens, et les autres pourraient parfaitement se passer d’eux et batir seuls.
Je vous demande maintenant, Monseigneur, la permission de visiter, de temps en temps, ces pays recules et presque abandonnes. Nos catholiques y sont tourmentes par des baptistes et d’autres ministres de la meme espece qui font des ravages parrm eux. Je leur ai promis qu’ils auraient un pretre dds que leurs chapelles seraient baties, et je pense qu’on y ferait beaucoup de bien. Je pense aussi qu’ils seraient capables de faire vivre un pretre, pourvu qu’il ne fut pas difficile d contenter. Quant d M. Cannon, il ne peut pas s’occuper beaucoup de ces gens-ld.
Ayez la bontd de &c.
John Brady.”
Conformement 4 ce qui avait 4t6 arrangd avec M. Brady, une petition fut en effet adressde d’Aylmer 4 Mgr. de Montreal, demandant autorisation de bdtir une chapelle. Le R6v. M. Phelan, plus tard cure de Bytown et eveque de Kingston, fut envoyde sur les lieux pour informer. La petition etait signee par quatre syndics d’eglise : James Smith, Peter Aylen, Agapit Lesperance et Joseph Belle. Elle porte la date du 5 mars 1838.
M. Phelan arriva sur les lieux au commencement de juillet de la meme annde et visita successivement Aylmer, Chelsea et Templeton. II fixa officiellement la place des chapelles 4 batir. Nous citons en entier ces actes 4 cause de leur anciennete.
“ Le 5 juillet 1838, 4 une assemble de la congregation catholique d’Eardley et d’Aylmer, dans le canton de Hull, diocese de Montreal, convoquee selon l’usage par une notice donnee par messire Brady, desservant de la elite congregation, je, pretre soussignd, en vertu d’une commission speciale de Mgr. J. J. Lartigue, Eveque de Montreal, en date du 6 mai dernier, ayant pris toutes les informations necessaires sur le lieu destine pour une eglise et sur les sentiments des habitants 4 ce sujet, ai marque la place, du consentement unanime de l’assemblee, sur un terrain de deux ai pents de superficie, situe dans le village d’Aylmer, sur le bord du lac Chaudiere, donne par Charles Syms, ecuyer, en don gratuit 4 messire Brady et aux syndics dej4 dument elus pour acquerir et posseder au nom de la dite congregation d’Aylmer et d’Eardley huit arpents de terrain, en vertu du statut provincial de la onzi4me annee du regne du roi George quatre, chap. 58, et accepte par eux par acte 16gal devant notaire public. La dite eglise doit avoir 46 pieds de long sur 36 de large et 18 de hauteur environ, en ma^onne. DerrAre l’autel, on devra batir un presbytere de 30 pieds carres, 4 deux etages, dont une partie du bas servira de saciistie. Cet ddifice sera bati par souscriptions volontaires.
P. Phelan, Pretre.
Montreal, le 5 octobre 1838.
Le 7 juillet 1838, 4 une assemblee de la congregation catholique de Chelsea, canton de Hull....(le reste ut supra). Je, P. Phelan ai marqud la place de l’eglise dans’ un terrain de
deux arpents en superficie, dans le village de Chelsea, donn6 en don gratuit par M. Bringham k Messire Brady, desservant de la dite congregation, h John Carrigan, Richard Daily et Daniel Mullin, syndics dument elus. . . . (le reste ut suprci). Cette dglise aura 40 pieds de long sur 28 de large et 15 pieds de haut, environ, toute en bois, ainsi que la sacristie. II faut ajouter ici que M. Bringham m’a promis h moi, que, outre les deux arpents ci-dessus, II donnera un autre arpent de terre, pour en faire un cimetiere, k l’nsage de la dite congregation.
P. Phelan, Pretre.
Montreal, le 6 octobre 1838.
Le 10 juillet 1838, k une assemble de la congregation catholique de Templeton, en l’absence du dit Messife Brady, moi present, presidant en vertu d’une commission speciale ai nomme syndics pour acquerir et possdder, au profit et nom de la dite congregation de Templeton, 8 arpents de terre, en vertu . MM. John Brady, pretre desservant la susdite congregation, J. McGoey, Homier, Cullin et Laurent, dont les successeurs es dites qualites seront toujours le pretre desservant et quatre des habitants du lieu, qui seront nommes par la majorite des syndics eux-memes, k mesure qu’il y aura vacance dans la place de 1 un d’entre eux, sans qu’il soit besoin, pour leur election, d une nouvelle assemblee de la congregation ; et cela jusqu’h ce que la dite congregation dtant civilement reconnue comme paroisse legale ; les huit arpents de terre sus mentionne, tombent sous l’administration du cure et des marguillers de la dite paroise.
P. Phelan, Pretre.
Fait k Templeton, chez M. Homier, le jour et Pan que dessus.
“ Ce meme jour, apres avoir pris connaissance de l’endroit le plus avantageux et surtout le plus central, en vertu d’une commission speciale, j’ai ddsigne un terrain sur la pointe de la riviere Gatineau qui m’a etd dit avoir dte promis par M. Wright, propridtaire du dit terrain, k la congregation catholique de Templeton ; en meme temps, j’ai depute M. Laurent pour aller
demander 4 M. Wright qu’il donne par dcrit une assurance qu’il accordera le dit terrain pour l’usage de la dite congregation afin d’y b4tir une eglise aussitot que possible.
P. Phelan, Pretxe.
Donn4 k Montreal, le 6 octobre 1838.
Quelques jours plus tard, M. Brady envoyait k l’eveque de Montreal un rapport remarquable sur les divers cantons de 1’ Ottawa superieur ; le voici 4 peu prbs textuellement :
“ Petite-Nation, 4 novembre 1838.
“ Monseigneur, — Selon votre demande je vous envoie le compte-rendu de mes missions le long de la riviere Ottawa, pendant l’annee 1838. Dans les trois premiers mois de l’annee, comme j’gnorais l’etat d’extreme detresse spirituelle dans lequel se trouvaient les fidbles au-dessus du canton de Buckingham, j’ai consacr^ tous mes soins, de concert avec M. Brunet, 4 la desserte des missions de Buckingham, de la Petite-Nation et de Grenville, ce qui etait une tache suffisante, puisque chacune de ces missions est bien capable d’occuper exclusivement un missionnaire.
Au commencement, je trouvais bien penible de monter, une tois pai mois, 4 Buckingham, k dix ou douze lieues de ma lesiaence, par des chemins k travers bois, completement negliges. Cependant, je vis ces pauvres gens si bien disposes k profiter des moyens de salut qu’on Ieur offrait, que bientot les difficulty, qui d abord m’avaient semble insurmontables, commencerent k me paiaitie moins grandes, surtout quand je me fus rendu compte de la fidelite des fidfeles 4 se rassembler dans leur petite eglise et 4 s avertir mutuellement de mon arrivee, quand j’eus vu des pauvres femmes apporter dans leurs bras leurs petits enfants pour les faire baptiser, 4 des distances aussi grandes que celles que je franchissais moi-meme. En effet, la plupart des habitants, 4 Buckingham, sont etablis de cinq 4 douze milles de l’dglise. Enfin, le respect et l’attachement qu’ils me temoignent a tellement touclffi mon cceur, que je me suis attache 4 eux tout de bon, et que je m’estimerais heureux aujourd’hui de leur pouvoir consacrer le reste de
mes jours. L’eglise de Buckingham dtait d6j;'i construite et platr6 avant mon arrivee ; mais par l’effet de la duret6 des temps, dans ces dernieres ann6es, ils n’avaient point et6 capables de pousser les derniers travaux. Je suis parvenu, depuis le d6part de M. Brunet, & faire poser les chassis aux fenetres et d faire construire un autel, lequel n’est point encore garni, k l’heure qu’il est. J’ai eu la consolation d’une conversion.
“ La mission de Grenville, moins eloign4e que celle de Buckingham, est aussi moins laborieuse. Les catholiques de ces cantons sont tres disperses, et plusieurs d’entre eux ne peuvent venir que tres rarement h ITglise ; quelques-uns, meme, une fois, k peine, chaque annde. Ces derniers out dt£ travailles par des ministres methodistes, qui leur ont distribute des tracts et des pamphlets. Ayant appris ces mauvaises nouvelles, je fis, au commencement du printemps dernier, un tour parmi ces gens et je leur prechai de mon mieux une mission. Mais, quoique j’eusse eu soin d’emporter ma chapelle avec moi, je ne pus trouver nul part une maison assez d6cente pour y celebrer la messe. J’ai cherch£ partout les mauvais livres et je me suis empare de tous ceux que j’ai pu rencontrer. J’en ai conserve quelques-uns k notre residence, Ensuite, je leur parlai de construire une petite chapelle oil je viendrais faire mission, deux ou trois fois chaque ann6e, ce que je jugeais necessaire, k cause de l’impression facheuse que ces mauvais livres avaient faite dans l’esprit de quelques-uns. Cet 6te, j’ai fait une nouvelle tournee dans ces montagnes et j’ai trouve tout dans l’ordre. Ils sont moins sollicites, parait-il, depuis ma visite, quoique les partisans du predicant eussent jure de me bruler vif si jamais je revenais dans 1’ Augmentation.*
“ Dans les cantons.de Templeton, i\ y a k pen pres une centaine de families catholiques, dont la moitie environ, demeure le long de la Grande-Riviere et de la Gatineau, et les autres sont disperses dans les bois du canton. Dans le canton de Hull on compte environ le meme nombre de catholiques, mais bien plus de protestants de toutes confessions, lesquels possedent chacun leur
* Augmentation de Grenville, au-dessus de la Pointe-au-Chene, et canton de Harrington.
dglise et leur ministre. Quoique Votre Grandeur put aisement se persuader que ces catholiques sont bien desservis de Bytown, ils affirment qu’il n’en est point ainsi et ils font tous leurs efforts pour se preparer d avoir un pretre resident. J’ai fait chez eux quatre ou cinq visites dans le cours de cette annee et j’ai baptisd bon nombre d’enfants ages, pour la plupart, de trois k neuf mois. Nous avons eu sept conversions .
“ Le 3 octobre, je suis parti pour la mission du Fort Coulonge et je n’en suis revenu que le io novembre. Plusieurs fois dans cette mission il m’est arrivd d’etre retenu k confesser jusqu’d dix heures du soir. Chaque fois que nous allons par Id nous nous imaginons en avoir fini avec tous les desordres qui regnent, et ndanmoins, plus nous y retournons et plus nous penetrons dans ces cantons reculds, plus nous decouvrons de nouvelles miseres. Un nomme Joseph Parry avec sa femme sont venus me trouver au Grand Calumet, et m’apporter leur enfant k baptiser. Les ayant interroges j’ai decouvert que la mere, elle-meme, n’etait point baptisee. Elle a six enfants, tous sans bapteme, II m’a fallu rehabiliter tout cela. Ils ne sont pas les seuls qui vivent dans cet 6tat ; on m’a nomme une autre famille que je n’ai pu visiter k cause de l’dtat des chemins d cette saison.
“ J ai fait mission dans tous les postes ordinaires des missionnaires ; j’ai trouve tout le monde, d part une seule exception, bien dispose d profiter de ma visite ; il y a eu vingt-qruatre baptemes, quatre mariages, deux abjurations, une sepulture et une cinquantaine de communions.
Quoique Votre Grandeur soit suffisamment convaincue de 1’importance de ces missions et de la grande necessite qu’il y a de les faire frequemment, neanmoins comme elle n’a point encore parcouru ce pays et que, par consequent, il y a des details importants qu’elle peut ignorer, je ferai des remarques qui prouvent, encoie d avantage, combien il est urgent d’envoyer souvent des missionnaires ld-haut. La premiere de ces remarques c’est que les deux rives de la Grande-Riviere, sur toute leur dtendue, sont dejd occupies, soit par des catholiques, soit par des protestants de toutes sectes. Ces derniers, surtout les mdthodistes et les
baptistes, qui sont les plus fanatiques, ont des ministres et des temples. I Is sont en relation quotidienne avec nos catholiques ; et comme ceux-ci n’ont ni pretres ni dglises et ne veulent pas aller prier avec eux, ils leur font honte et leur reprochent d’etre des ath^es. Aussi arrive-t-il que parfois, malheureusement, quelquesuns des notres pretent l’oreille 4 leurs insinuations et se joignent ci eux ; c’est pourquoi nous rencontrons, dans ce pays, des individus qui devraient etre des catholiques et qui, h^las ! ne le sont plus.
“ La seconde remarque est celle-ci. Comme Votre Grandeur ne le sait que trop, la plupart des canadiens dtablis Ik haut sont des gens qui, tout jeunes, ont quittd leurs paroisses pour monter dans les bois, oil ils ont vecu, non comme un saint Paul l’Hermite ou un saint Antoine, mais comme des hommes de chantiers ! ! ! Ils ont perdu, par consequent, sinon tout, du moins presque tout sentiment de religion. Telles sont ces brebis 6gar£es, et leur nombre s’accroit de jour en jour. D’ores et d6j4, il y a 14 de quoi occuper en permanence deux ou trois missionnaires.
“ Autrefois une ou deux missions par an suffisaient. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi, car des jeunes gens grandissent 14 haut qui ne savent rien. Ils se marient ensuite et sont incapables d’instruire leurs enfants. Tous, jeunes et vieux, vivent dans la derniere ignorance ; il est done urgent de les instruire ; et pour cela il faut les visiter souvent, ou, du moins, demeurer avec eux plus longtemps qu’on a coutume de le faire.
“ Ils sont exposes aux fatales communications avec ces methodistes et ces baptistes qui ne negligent aucune occasion de faire des proselytes. Ces heritiques ont leurs 6coles, leurs temples et leurs ministres ; nous, nous n’avons rien de tout cela. Il n’y a pas dans tout le vaste territoire que nous desservons, une seule 6cole catholique, sauf 4 Buckingham o4 nous en avons une. J’ai fait tous mes efforts pour en 6tablir d’autres, les moyens m’ont fait d^faut.
“ Tel est, Monseigneur, l’4tat pitoyable de cette portion de votre dioefese. Les enfants de la maison, les premiers n£s de la foi y sont, je ne dirai pas negligbs, car je sais combien Votre
Grandeur compatit aux douleurs de ses pauvres missionnaires, je ne dirai pas non plus oubli^s, car je sais que Votre Grandeur fait tout ce qu’elle peut pour leur distributer le pain de vie ; mais plut k Dieu que les chretiens du Canada Assent ici pour leurs proches, leurs voisins, leurs amis, leurs fr&res, ce que les autres peuples font pour des barbares ; plut k Dieu que ceux qui nagent l&-bas dans 1 abondance fournissent, de leur superflu, de quoi envoyer ici quelques ecoles, oil nous puissions instruire les enfants et les mettre ainsi en garde contre les dangers de toutes sortes qui les entourent, au grand risque de leur foi et de leur salut 6ternel.
“ Je n’ai point parie des missions du canton de Hull, c’est-adire d’Aylmer et de Chelsea. Les fideles y sont tous preoccupes de la pensde d’avoir un p ret re residant, qu’ils ne songent pas k autre chose qu’h avancer leurs petites chapelles. A Chelsea, on les prendrait pour une ruche d’abeilles. Tout le monde se reunit chaque jour, chacun apportant sa part, mettant pierre sur pierre, comme s’ils n’avaient qu’un coeur et qu’une ame.
A Aylmer, 1 ^glise etant en maconne, il a fallu suspendre l’ouvrage de la bitisse aux premieres g-elees. Mais les travaux n’en avancent pas moins. On fait chantier dans la foret, et on aura, dfes le printemps, le bois tout pret, pour achever au plus vite. Votre Grandeur recevra bientot une petition des habitants de ces cantons la suppliant de tout leur coeur, de toute leur ame et de toutes leurs forces de leur donner un pretre. Voila, Monseigneur, comment vont les choses, le long de l’Ottawa.
John Brady, Pretre.
Un point de cette lettre si remarquable est particulierement h noter, la p4nurie des dcoles. Elies faisaieut complement defaut. D6j4 le 9 aout de cette meme annee, M. Brady avait £crit i Mgr. de Montreal, la lettre suivante :
Petite-Nation, g aout 1838.
“ Monseigneur,— En reponse k la circulaire de Votre Grandeur, relativement aux 6coles, je suis oblige de vous dire que, dans la paroisse de la Petite-Nation, il n’y a pas dTcole catholique pour le moment. Nous avons bien trois maisons d’ecole dans la
paroisse, mais depuis que le gouvernement a retir6 les secours qu’il avait coutume de fournir, elles sont vides. Les habitants ont bien fait, 4 differentes fois, des efforts pour les rouvrir, mais il leur' a etd impossible de payer les m ait res et ils ont du les abandonner.”
Le rapport de l’annee 1S39 fut 6crit par M. Bourassa, compagnon de M. Brady. Le void :
Petite-Nation, mars 1839.
“Monseigneur, — Comme je vous l’avais marque, je suis parti pour les missions, le 6 janvier, apr4s vepres. Ce soir-14 je me rends chez M. D. B. Papineau (4 Plaisance) oil je fais trois ou quatre baptemes. Le 7, par un tr4s mauvais temps, j’arrive 4 Buckingham chez un M. Burke. On a pour moi tous les soins possibles ; j’en avais grand besoin, car j’dtais tout trempe de la pluie. Je ne fais rien dans cette misson, (il ignorait l’anglais) vu que ce sont presque tous des Irlandais, les Canadiens etant occupes aux chantiers. Je dis la messe le matin dans une chapelle assez grande et bien propre, et j’y cdlfebre de mon mieux un mariage irlandais. Le village est assez considerable, bati dans une jolie situation,- des deux cotes de la rivifere aux Litres qui forme, en cet endroit, une belle chute. Apr4s ma messe, je me rends k Templeton, chez M. McGoey, ou se retire M. Brady, qui etait parti de la Petite-Nation le 22 d^cembre pour ces missions-ci. Je suis tdmoin de tout le fruit que le zde de ce monsieur a produit en cette place, amsi que dans toutes les autres ou il avait ete, et de la haute estime qu’il s’est attir^e, 4 juste titre, de la part des Franpais et des Irlandais. Je le trouve dans l’exercice de son ministere et je lui aide un peu en faisant le catechism3 aux petits enfants. A Templeton, les gens ont prepare une maison bien ddcente pour l’office divin. Le jour de 1 Epiphanie M. Brady leur a chante une grand’messe ou il a repu l’abjuration de Mme McGoey. Tout s’est fait avec beaucoup de solennitd : Veni Creator, Te Deum, et si bien que je n’ai jamais vu de monde si satisfait. Le lendemain, 9, nous avons beaucoup de confessions qui retardent notre depart jusqu’4 l’apr<bs-midi. On ne saurait croire l’empressement
de ces braves gens k nous rendre toutes sortes de civilitds et d’honneurs. Plusieurs des principaux nous accompagnent jusqu’fi Aylmer et ne nous laissent qu’fi la nuit, nous priant de les faire avertir lorsque nous descendrons, afin qu’ils puissent venir au devant de nous. Nous ne faisons pas de mission k Aylmer, notre plan dtant de commencer par le point le plus eloignd, afin que tout le monde soit prdvenu. Nous partons le io, aprfes nos messes, et nous nous rendons aux Chats le soir, k environ trente milles d’Aylmer, dans le Haut-Canada. II y a 14 un bon village desservi par M. Terence Smith, de Richmond. Nous logeons chez M. MacDonnell qui est rempli de politesse. Nous n’avons rien k faire dans ce lieu, M. Smith le desservant r^gulierement. Nous quittons ce village le n, et nous allons loger chez un autre MacDonnell, vieillard fort respectable, au Portage-du-Fort, sur le Bas-Canada. Enfin, le 12, nous arrivons k la Passe. Les habitants de la Passe se trouvent presque tous sur le Haut-Canada. Nous trouvons chez M. F. LecRre, Bas-Canada, un bon logement. Les missionnaires vous ont deji fait connaitre la Passe ; c’est le plus triste lieu qu’on puisse voir. Les gens y sont des plus negligents pour leur salut et pour ce qui regarde le culte. Leur chapelle fait peine & voir ; elle est pire qu’une grange. Nous envoyons annoncer notre arriv^e. A l’ordinaire on ne se presse point. Cependant nous avons quelques confessions et nous chantons une grand messe, la premiere qui se soit jamais chantee dans ces parages. Nous faisons aux fideles les plus durs reproches. Nous leur montrons toutes les peines et les fatigues qu’ont endurees pour eux les missionnaires qui sont dejfi venus les visiter et le peu de fruit qu ils en ont retird ; leur indifference, leur endurcissement. Us paraissent sensibles k ce que nous leur disons. Nous restons dans cette place jusqu’au mardi, 14. Assez de confessions et de communions. La famille Lecl&re est tres nombreuse et bien exacte a ses devoirs. Nous quittons la Passe le mardi, pour monter jusqu’aux Allumettes, avertissant que nous serons de retour le mardi suivant et que nous chanterons une grand’messe k une intention particuli^re et pour leur plus grand bien. Nous nous rendons aux Allumettes le soir, et nous allons loger dans Pile, ou se trouve la majority des habitants, chez un irlandais du
nom de Reynard. Je ne vis jamais un hnmme plus heureux ; il saute de joie. II nous donne sa maison et tout ce qu’il y a dedans. M. Brady a beaucoup d’occupation parce que, de ce cotd de Pile, ce sOnt presque tous des irlandais. Pour moi, voyant que je n’ai presque rien k faire ici, je vais de 1’ autre cot6 avertir les canadiens qui y demeurent en grand nombre. Le dimanche, 19, beaucoup de confessions, grand concours, grand’messe, instructions en anglais et en franqais. Apres la messe, assemble pour delib^rer sur la construction d’une chapelle. Grand empressement. II est cldcidd qu’elle sera batie dans Pile, ou se trouve le plus grand nombre d’habitants. On commence une souscription. Vingt-huit personnes s’inscrivent, k elles seules pour cent trente-quatre louis. Comme il se fait tard, les autres promettent de donner leur souscription aux syndics. Point de vepres. Aprfes l’assemblee, je vais b£nir une croix de l’autre cote de Pile, premier signe de religion en ces lieux. Un bon nombre de personnes assistent k la fete. Je fais une instruction sur le signe sacre de notre redemption, et l’assistance se montre tres recueillie. Le soir, au meme lieu, j’entends beaucoup de confessions. Je ne puis rejoindre qu’ii onze heures M. Brady, bien content de ma journee. Le lendemain, 20, comme c’est le jour de notre depart, encore un grand concours, beaucoup de travail, si bien que nous ne pouvons partir qu’i deux heures apres-midi. De 1&, nous traversons chez un nomme Poupore, homme riche, canadien marie k une protestante. Le meme soil nous arrivons k la Passe.
Le lendemain, du monde et des confessions en foule, avant et apres la messe, si bien que nous ne pouvons paitir que le soir. Nous quittons cette mission en la recommandant au bon Dieu qui venait de ramener quelques-unes de nos pauvres brebis. Nous r^petons avec reconnaissance ces belles paroles de l’apotre : Ego plantavi , Apolle rigavit, Dens autem incrementum dedit.
“ Nous arrivons k la nuit, au Grand-Calumet. Nous logeons chez Brizard, asile ordinaire des missionnaires. Les gens de cette lie se rendent avec empressement k la mission. Nous y restons jusqu’au samedi, 27 ; nous faisons la priere tous les jours avec instructions ; instructions aussi k la messe, comme les autres missions. Les irlandais, chose surprenante, montrent moins de
z&le que les canadiens. Le dimanche grand messe, pain benit prdsent^ par les jeunes gens, beaucoup de monde malgr6 le mauvais temps. M. Brady reqoit, ainsi qu’4 la Passe, une abjuration. Apr&s vepres, nous aliens visiter quelques personnes infirmes et trop 61oign6es pour avoir pu venir, II y en a cinq k baptiser, de l’autre cotd de 1’ile, que le mauvais temps nous a empechd d’aller voir. Le lendemain, encore beaucoup de confessions qui retardent notre depart jusqu’fi l’apres-midi. Dans ces missions, comme partout ailleurs, on trouve du bon et du mauvais; beaucoup de respect, de docility, une grande attention k la parole de Dieu et aux offices divins, Ce qu’il y a d’dtonnant, e’est que le rebut de nos paroisses qui monte ici y parait tout autre. Presque tous y vivent largement. Les vices dominants sont l’ivrognerie, (on ne le croirait pas) l’impudicite, les parties de plaisirs, les inimities, surtout aux Allumettes entre les deux nations, les fraudes, tous fruits de l’ignorance. J’ai rencontre de pauvres jeunes gens qui arrives k l’age de vingt-cinq ans, n’ont encore fait leur premiere communion. II est facheux qu’il n’y ait point de magistrat dans ces contrees ; il s’y commet les plus grandes injustices ; la seule loi est la loi du plus fort. Qu’un pretre rfisidant dans ces missions y ferait du bien, quelle autorite il aurait sur les esprits pour les ramener 4 la vertu ! M. Brady, voyant leurs bonnes dispositions, me dit souvent avec son zele ordinaire qu’il resterait bien avec eux. Les fideles du Grand- Calumet, eux aussi, se disposent & batir une chapelle.
Nous laissons cette derni^re place le 28, et nous passons Clarendon. En montant, nous avions traverse Litchfield ; nous devions y faire mission ainsi que sur la riviere Bonne-Chere, en face, dans le Haut-Canada, mais nous trouvames les chemins cassis. Il y a peu de monde k Litchfield ; un peu plus dans Clarendon, mais en grande partie des m£thodistes. Le soir nous logeons chez un nomme McDoll de cette secte, vieillard respectable qui retire chez lui le ministre du lieu, lequel passait pour un grand sire. M. Brady a une discussion avec lui, et fait voir aisement k la famille les niaiseries et l’ignorance du pauvre 6tourdi, si bien que, le lendemain, le maitre de la maison, en presence de son ministre, nous demande des livres pour s’instruire. Il nous con-
gedie en nous faisant mille politesses et mille invitations, et nous laissons notre pauvre ministre occup6 k se gratter les ongles dans un angle de la fenetre.
Le soir, nous allons coucher chez un M. McDonell, k Sand- Point, Haut-Canada, dans l’espoir d’y donner la mission ; mais le mauvais temps a tout gate, en sorte que, depuis le Calumet, jusqu’d Aylmer, nous n’avons pu rien faire, les habitations dtant eloignees les unes des autres, et point de chemin pour y aller. II peut y avoir de trente k quarante families catholiques dans toute cette distance sur le Bas-Canada. En Haut-Canada elles sont bien plus nombreuses et sont desservies en grande partie par le bon Pere Terrence Smith. Enfin, le 30, nous quittons Sand-Point, k 18 lieues d’ Aylmer, et nous arrivons le meme jour dans ce dernier village, k onze heures du soir, bien contents de nous retrouver au port sans accident. Comme j’esperais que Votre Grandeur aurait pitie des pauvres gens d’Aylmer, de Chelsea, de Templeton et de Buckingham, et leur donnerait sous peu un pretre, je ne m y suis point arrete, pour commencer des confessions. J’y ai laissd M. Brady, et, le 31, je me suis rendu k la Petite-Nation, mais j’espere que M. Brady vous donnera des details sur ces demises missions. II y a bien encore quelques families entre Buckingham et la Petite-Nation, mais je n’en connais pas le nombre. Deo
gratias .”
Ce rapport serait incomplet, s’il n’etait suivi de la lettre suivante :
Notre-Dame de Bonsecours de la Petite-Nation, 23 mars 1839.
Monseigneur, -“La mission que j’ai faite chez M. Papineau sera, je l’espdre, assez utile, aux pauvres gens de ce cote . (Plaisance, North Nation Mills et Papineauville.) J’ai &te oblige d’y rester une journee de plus que le temps fix£, k cause du grand nombre des confessions. J’ai dte bien surpris de rencontrer tant
de monde dans ce petit coin. . (
] ’arrive de Grenville; je n’ai pas encore fait de missioned 1’on se soit port6 avec tant d’empressement. Presque tous les canadiens sont venus k confesse, Ces pauvres gens font pitie. Je.
n’ai pas encore vu verser tant de larmes 4 la confession et aux instructions que j’ai pu leur faire. J’btais accable de confessions, depuis le matin jusqu’4 8 k to heures du soir. Je ne sais pas d’ou est sorti tout le monde que j’ai confess^. II en est venu un bon nombre de Chatham (Saint-Philippe.) Cette derniere place peut aller avec Grenville, et je crois qu’elle ne lui cede en rien. J’ai fait faire la premibre communion 4 dix grands enfants. II y en a dans Chatham de dix-neuf k vingt ans qui ne Pont pas encore faite. Ils doivent se presenter k la prochaine mission. A 1’bgard done de Chatham je vous prierais de m’accorder la permission de leur faire faire leurs Paques, si vous voulez qu’ils les fasseut une fois dans leur vie ; j’entends ceux qui se trouve dans ce bout-ci du canton.
Je suis des plus mortifies, Monseigneur, de ne savoir pas l’anglais. J’ai toujours craint de vous parler de cela de peur que vous ne pensiez que ce ne fut dans le desir de changer ma destination. Mais, 4 present que vous connaissez mes intentions, vous me permettrez de vous communiquer les remarques que j’ai pu faire et qui pourraient servir pour l’avenir. . . .
II y a beaucoup d’animosite entre les canadiens et les irlandais, et cette animositb subsistera tant qu’ils ne seront pas desservis par deux missionnaires de nation differente. C’est un fait que vous connaissez mieux que moi, que tous les pretres irlandais ont une preference marquee pour les irlandais, et vous pouvez croire de quel oeil nos canadiens regardent cette preference. Aussi, lorsque le missionnaire canadient vient, nos bons canadiens font leurs plaintes 4 leurs Pere ; et vice versa. Et ces bons Peres qui ont encore quelque chose de la fragilite humaine, ne savent trop que dire ; ils se laissent attendrir sur le sort de leurs enfants. De la quelques preventions, meme entre les missionnaires. L’un desapi ouve, ce que l’autre a fait. Et comrne conclusion, l’un des deux partis restera en arribre quand il s’agira d’ceuvres publiques. . . Ce sont de petites misbres, d’ofi, par malheur, surgissent de grands inconvbnients .
Quant aux catholiques qui habitent les montagnes, j’ai btb en visiter quelques-uns, mais j’ai eu peu de chose 4 faire avec eux,
parce que ce sont des irlandais. J’ai fait commencer l’ouvrage de la chapelle et jesp^re qu’il avancera maintenant. Je suis assez bien. loge. J’ai comment k acheter un petit mdnage, mais les moyens me manquent. J’ai trouvd des gens pour rester dans notre maison et la garder. Pour les ornements de la chapelle, on s’en sert parce qu’il n’y en a pas d’autres. II n’y a qu’un calice.
P. Bourassa.”
Un peu plus tard, M. Bourassa envoie la statistique suivante :
“ Grenville, 7 juillet 1839.
“ Monseigneur, — II est tres difficile de connaitre tout le monde ici, a cause des distances et du manque de chemins : voici les chiffres que j’ai recueillis par informations ; ils ne sont qu’approximatifs :
Communiants. Non communiants.
Families canadiennes...
Families irlandaises ....
Totaux .
Dans la Petite-Nation, il
y a, je
crois, aix families
irlandaises.
environ trente communiants et autant de non communiants. Je n’ai pas encore pu connaitre le nombre des habitants de Lochaber et du Gore ; j’ai prie le docteur Leman, qui connait tres bien ces localites de m’en envoyer la liste, au plus tot. Quant aux autres cantons, je ne sais rien d’eux. Je suis bien content de la Petite- Nation ; pour Grenville, la jeunesse y est gdneralement licen-
cieuse.”
On voit avec quel soin les 6v6ques de Montreal s’informaient de l’6tat des parties meme les plus reculds de leur diocese, et 1 on admire en meme temps le ddvouement et la sagacity de ces jeunes missionnaires qu’ils envoyaient faire leur stage ou vicariat dans ces regions. De quoi y vivaient-ils ? D’un maigre casuel et de ce que les fideles, gendreux sans doute, mais pauvres encore, comme tous les colons qui commencent, pouvaient leur donner. Parfois ils poussent des cris de duresse. Dans une lettre du 20 juillet 1839, M. Bourassa constatait qu’il n’avait pas un sou de provisions
et qu’il ne vivait, depuis quelque temps, que du poisson qu’il pouvait prendre. Quand nous comparons notre vie facile avec celle de ces v^tdrans du minist&re, nous nous sentons bien petits, et nous devenons forcement modestes.
D6s cette annde, Mgr. Bourget avait formd l’intention de faire une visite pastorale dans la valine de l’Ottawa, afin de connaitre, de visit, le besoin de ces missions naissantes qui lui tenaient tant k cceur. Cette visite qu’avaient sollicitee indirectement les missionnaires et qui comblait leurs voeux, les inquieta ndanmoins. I Is ne se sentaient pas prets k recevoir l’eveque. Dans une lettre du 20 mai 1839, M. Brady manifeste nettement sa pensee ; il le prie d attendre encore une annee pour lui donner le temps de faire ses derniers preparatifs. A Buckingham, l’eglise est propre, il faudra descendre chez M. Burke ou chez des protestants, qui d ailleurs, seront flattes de recevoir l’eveque. A Chelsea, il n y a pas une seule maison convenable, mais en revanche l’eglise sera prete la fin du mois. A Templeton on leve actuellement 1 ^glise qui sera decente ; il n’y a maintenant qu’une toute petite chapelle. A Aylmer les travaux sont arretes, il est k craindre que 1 on ne soit oblige de plaider avec l’entrepreneur. Dans ces deux dernnbres localites, on trouve plus de dix maisons ou l’eveque peut se retirer.
De son cote, M. Bourassa qui s’appretait k partir pour le vicariat de Chambly, veillait la construction d’un grand canot d ecorce du prix de quarante piastres, commande un sauvage, et qui devait servir au voyage de monseigneur et plus tard, k celui des missionnaires du lac Temiscamin£rue.
Le voyage fut done remis k l’annee suivante. En attendant, le 30 novembre de cette meme annee 1839, le Rev. M. Brady, au nom des syndics Joseph Poupore, John Reynard et Alexander MacDonnell, interpr^tes des soixante-six families qui formaient la congregation de file des Allumettes et des environs, demanda k monseigneur la permission de bdtir l’eglise des Allumettes au lieu appelt^ Paquet’s Rapids, qui est le bout inferieur de file, petition qui lui fut accord^e.
Au commencement de 1840, M. Brady vint s’installer en face de Bytown. Sa presence, loin de calmer les ddsirs des missions
d’alentour, qui se disputaient la presence du missionnaire, ne fit qu’aviver les rivalitds et exciter les jalousies. Elies en vinrent jusqu’fi se plaindre k monseigneur Bourget, et M. Brady dut se justifier :
Hull, 8 avril 1840.
“ II n’y a, ecrivit-il, ni Chelsea, ni Buckingham, ni k Templeton, line maison ou je puisse me retirer. Les gens de Chelsea, voyant que j’etais A Templeton, ont pris le parti de pousser leur eglise et de laisser le presbyt£re de cotb. Ceux de Buckingham sont occupes construire des bancs et k preparer une cloche pour la reception de Votre Grandeur cet 6te. Ils ont cependant le bois tire sur la place, pour le presbytbre, mais ils sont pauvres. Je me suis done installe aux Chaudieres, et 14 je me trouve au centre de mes missions. Tout le monde est satisfait de ce changement. Les gens de Templeton eux-memes ne peuvent rien dire, puisque je serais reste chez eux, s’ils m’eussent donne une maison, voire une cabane. J’espere que mon depart les forcera k pousser les travaux, quoique les canadiens de la Gatineau soient bien pauvres.
“ C’est ici, aux Chaudieres, que devrait etre construite Leglise des deux cantons de Hull et de Templeton, si l’on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais pa ete impossible dans le temps.”
Apr£s cette justification, M. Brady ajoute : “ Le proprie-
taire du terrain de l’eglise des Allumettes est incapable de nous donner aucun titre de propridte, n’en ayant pas lui-meme. II a promis de 4 k 8 arpents de terre. La chapelle, dont les dimensions sont de 30 pieds sur 40 et de 14 pieds de haut, est bien batie.
“ Quant k l’eglise et au presbyt^re d’Aylmer, ils ont dejh coute deux cents louis et ils ne sont quA douze pieds au-dessus du sol ; il faudrait encore cinq cents louis pour pouvoir dire la messe dans l’bglise. Le presbytere est trap petit ; il n’est fait que pour servir de sacristie.
“La chapelle de Chelsea n’a presque rien coutb, ayant 6t6 batie par les habitants eux-memes, sauf trente-cinq louis payes k des
ouvriers et douze pour des planches et des bardeaux. Sur cette somme, dix louis ont ete fournies par la Propagation de la Foi. Tout ce que les habitants pouvaient faire dtaient de trouver le reste. On a donnd hier le contrat du sanctuaire pour dix louis, et l’on se demande ou les trouver.
“L’eglise de Templeton est couverte. File a coute cent quatrevingt louis. Je ne vois pas que les gens soient capables de faire davantage.
“Depuis que je travaille dans ces missions, les gens d’ Aylmer m’ont donne dix-huit louis ; ceux de Chelsea quinze ; ceux de Templeton cinq ; ceux de Buckingham quinze ; soit cinquantetrois louis en tout. Je paye ici une rente annuelle de quinze louis.”
Enfin, par une lettre du 25 juin 1840, 4 M. Truteau secretaire de l’bveche, M. Brady avait la satisfaction de pouvoir fixer une date definitive pour la reception de monseigneur. Nous citons cette lettre k cause du curieux itineraire qu’elle contient :
“ Votre lettre du 20 courant vient de m’arriver, et en reponse, j’ai l’honneur de vous informer qu’au premier septembre prochain j’esptbre avoir mes quatre chapelles, ainsi que les enfants, prets pour la reception de Sa Grandeur. Mais si monseigneur veut 6tendre les bienfaits de sa visite au-dessus d’Aylmer, il fera bien d’envoyer des pretres au Grand-Calumet, 4 la Passe et aux Allumettes pour tout preparer. . . .
“Void l’itineraire que devra suivre Sa Grandeur : De la Petite-Nation 4 Buckingham en steamboat ; une t'ois debarque 4 Buckingham, il y a cinq milles 4 faire en charette pour gagner le village. De Buckingham 4 Templeton (la Gatineau) six lieues en steamboat, ou, si le temps le permet, en canot. L’eglise est sur le bord de la riviere. De Templeton on va en caleche tant 4 Chelsea qu’4 Aylmer. D’Alymer on monte en steamboat jusqu’aux Chats ; et 14 il y a sept milles par terre que les missionnaires font generalement 4 pied pour atteindre le lac des Chats, ou 1’on embarque de nouveau dans un steamboat qui va jusqu’au Portage-du-Fort. A partir de ce point, il n’y a plus d’autres moyens de voyager qu’en canot. Mais, je suis persuade que les gens du Grand-Calumet se feraient un devoir et un plaisir d’aller
chercher Sa Grandeur, et que ceux des Allumettes feraient de meme.
• “Je pense que la meilleure maniere de voyager, serait de partir en canot d’en has, en apportant toutes les choses nbcessaires. Antrement nous serons obliges d’exercer le ministbre dans les auberges.”
Cette grande visite pastorale fut preparbe de longue main. Monseigneur Bourget, comme jadis Notre-Seigneur, en Judee, envoya devant lui des apotres qui lui ouvrirent les voies. C’etaient MM. Prince et Desautels, Amyot et Truteau, Girouard et Charland. *
Munis des pouvoirs les plus etendus, ces pretres partirent au mois d’aout et evangeliserent successivement toutes les missions dont nous avons parlb, k partir de Grenville ; ils remonterent meme 4 vingt lieues sur la Gatineau, jusqu’au lac Sainte-Marie oil ils trouvbrent une dizaine de families perdues au fonds des bois. Void la part qui echut & chacun de ces zeles missionnaires. MM. Girouard et Charland precherent 4 Grenville,et k la Petite-Nation; MM. Prince et Dbsautels k Buckingham, sur la Gatineau, & Chelsea et d Aylmer ; enfin MM. Amyot et Truteau au Portage,
* Mgr. Jean-Charles Prince venait d’etre nommb chanoine de Montreal. Ne a Saint-Grbgoire, diocbse des Trois-Rivibres le 13 fbvrier 1804, il fut ordonnb le 26 septembre 1826, et demeura attachb k l’bglise Saint-Jacques de Montreal, c'est-i-dire k l’bveche. En 1831 il devint directeur du college de Saint-Hyacinthe. Rentrb k l’archevechb en 1840, il fut prbconisb en 1844, eveque de Martyropolis et coadjuteur de Montreal. Le 8 juin 1852 il fut nomme premier bveque de Saint-Hyacinthe. C’est 14 qu il mourut, le 5 mai i860.
Joseph Desautels naquit k Chambly, le 20 octobre 1814, fut ordonne a Montreal en 1838, fut missionnaire k Aylmer de 1840 4 1848 ; fut nomme cambrier secret de SS. Pie IX, en 1862, curb de Varennes en 1868, et mourut le 4 aout 1881.
Noel-Laurent Amyot, nb k Qubbec en 1795, ordonnb en 1828, btait alors curb de Saint-Cyprien. Il mourut k Vienne, Autriche, 1845, au retour d’un pblbrinage en Terre-Sainte.
Alexis-Frbderic Truteau, nb k Montrbal en 1808, ordonnb en 1830, passa toute sa vie k l’bveche ; secrbtaire en 1831, vicaire-gbnbral en 1840, dbcbdb k Montrbal en 1872.
Henri-Liboire Girouard, nb en 1798 ; btait en 1840 curb de Sainte-Marie de Monnoir. Il mourut en 1871, curb de Saint-Simon de Bagot. (Rbp. gbn. du clergb canadien.)
Nous n’avons pas k revenir sur M. Charland dont nous avons parlb plus haut.
au Calumet, 4 la Passe et aux Allumettes. Cos derniers missionnaires profiterent de leur passage au Grand-Calumet pour nommer les syndics de l’eglise qu’on se proposait de batir. Ce furent : Louis Brizard, Thomas Bastien et F ran<jois Cahill, 22 septembre 1840.
Encourages par ce premier succes, k peine arrives au Portagedu-Fort, ils firent elire dans le meme but pour marguillers : Coll McDonnell, Joseph Paquet et Thomas McVeigh, (28 septembre 1840) Tant 6tait grand l’enthousiasme universel.
Monseigneur Bourget partit k son tour. II commenga sa visite par File des Allumettes et la continua en descendant, conformant les fiddles, benissant les chapelles, marquant les emplacements des nouvelles eglises, et faisant tous les offices de son sacre ministere. Cette visite depuis si longtemps annoncee, si solennellement preparee, eut un grand retentissement dans le pays, et fit un bien qu’on ne peut giffire comprendre k distance. D’elle date l’organisation religieuse de la valffie de l’Ottawa. Des paroisses furent erig^es, des cures furent etablis. Ces actes sont d’une telle importance dans notre histoire que nous nous croyons obliges de les consigner ici.
“Erection canonique des missions de Saint-Paul d’ Aylmer, de Sainte-Etienne de Chelsea, de Saint-Franpois-de-Sales de la Gatineau, de Saint-Grbgoire de Nazianze de Buckingham.
“ L’an 1840, le deux octobre, nous soussigne, dveque de Montreal, assiste de M. Brady missionnaire du lieu, de M. Morisset cur6 de Saint-Jean Dorchester, de M. P. D. Ricard, cure de Saint-Joachim de la Pointe-Claire, de M. Girouard, cure de Sainte-Marie Monnoir, de MM. Prince et D6sautels, missionnaires envoyes pour preparer les voies k la mission ^piscopale, et de M. Truteau notre secretaire, avons bffiii solennellement, en presence de beaucoup de fideles assembles pour cette cer^monie, l’6glise construite dans ce village, dont le titulaire sera saint Paul apotre, comme il a 6t6 r^glb ci-devant par notre illustre preddcesseur. ”
“ Donn6 k Aylmer ou Turn Pyke, les jours et an que dessus ; et ont les dits assistants, ci-dessus mentionn6s, signd avec nous.”
(Signd) Ign. 6v. de Montreal.
Le meme jour, Mgr. Bourg'et drigeait un chemin de croix, en presence de la meme assistance.
Le lendemain, 3 octobre 1840, il ddlimitait la mission de Saint-Paul d’ Aylmer, qui comprenait, dds lors, les cantons d’Onslow, d’Eardley et partie de Hull jusqu’d la montagne, exclusivement ; “ en exceptant ceux qui habitent le village des Chaudieres, au sud-est du chemin Bringham, v comprise la terre d’ Andre Leamy, lesquels appartiendront d la mission de Saint- Franqois-de-Sales, sur la rividre Gatineau,” II ordonnait qu’on achevat 1’eglise et la sacristie et que Ton construisit un presbytdre ; que Ton arpentat, enregistrat, cloturat le terrain donnd.
Le lendemain, 4 octobre 1840, il bdnissait l’dglise de Saint- Etienne de Chelsea, en presence des memes temoins, et y drigeait dealement un chemin de croix.
Le meme jour, il decrdtait que la mission de Chelsea comprendrait la partie du canton de Hull, dite de la Montagne, que l’on ferait d l’eglise une addition qui servirait de sacristie et de logement pour le pretre ; que Ton ferait arpenter et enregistrer la terre donnee d l’eglise, et que les habitants s’engageraient d fournir au missionnaire vingt-cinq louis, chaque annee.
Le 6 octobre 184°, Mgr. Bourget benit, en presence des memes temoins, l’eglise de Saint-Fran^ois-de-Sales de la Gatineau. Le meme jour il drigea un chemin de croix, et le lendemain, 7 octobre, il benit une cloche.
Le 8 octobre, il ecrivit l’ordonnance suivante, que nous transcrivons pour donner une idde des ordonnances que ce grand dveque faisait dans ses missions nouvelles :
“ Ignace Bourget, Eveqne de Montreal.
“ Nous avons ordonne que le canton de Templeton, avec le village des Chaudieres, jusqu’au chemin de Bringham, y compris la terre d’Andre Leamy qui est au-deld du chemin, forme la nouvelle mission de Saint-Franqois-de-Sales, sur la rividre de la Gatineau, dont la fete se celdbre le 29 janvier ; qu’il soit dlu en assemblde de fabrique, chaque annee, dans le mois de ddcembre, un marguillier pour remplacea celui qui sortira de charge ; que chaque marguillier rende ses comptes dans le cours de l’annde qui suivra immddiatement celle de sa gestion ; qu’ihsoit achetd un livre pour y enregis-
trer tous les comptes et actes de deliberations de fabrique ; que l’on fasse mesurer, au plus tot, par un arpenteur jur6, le terrain de realise, et que le proc^s-verbal du dit arpenteur jure soit, sans d61ai, insinu6 au greffe, avec le contrat de donation, aussitot qu’on l’aura obtenu de M. Wright, afin que le terrain de l’eglise soit, par 14, lega'iement amorti ; que tout le dit terrain soit clos dans le cours de cet automne ; qu’un cimetiere soit clos et ensuite beni, au lieu par nous d^sign^, par la croix que nous avons fait planter et que nous avons bdnite aujourd’hui ; qu’il soit enclos, 4 l’un des angles du dit cimetiere, un lopin de terre assez suffisant pour y inhumer les enfants morts sans bapteme ; que l’eglise acquire au plus tot tout ce qui lui est n^cessaire et prescrit par le rituel pour l’administration du Bapteme, du Saint-Viatique et de l’Extreme-Onction ; qu’il soit fait un banc-d’oeuvre, avec une armoire fermant 4 clef, pour y conserver les fonds baptismaux en ete, laquelle sera transpose en hiver, dans la sacristie, quand elle aura ete batie : que la custode soit garnie de soie ; qu’il soit achet6 un ciboire, un ornement noir, un encensoir, une croix de procession, une aube avec un cordon, six amicts, six purificatoires, un corporal, trois nappes d’autel, douze lavabos, un parement d’autel dont un cote sera noir, et l’autre pour les quatre cauleurs de l’eglise ; qu’il soit fait dans la future sacristie, un confessionnal et une armoire pour y conserver les ornements et linge de l’6glise ; que le tarif uniforme soit suivi par le missionnaire et la fabrique pour la perception de leurs droits casuels ; que tous les habitants de la dite mission se cotisent pour assurer 4 leur missionnaire un honoraire de cinquante louis, au cours actuel ; que l’an enregistre, dant le livre des deliberations de fabrique, les actes de benediction de l’eglise et de la cloche de cette mission, celui de l’erection du chemin de la croix, ainsi que la presente ordonnance, et qu’il soit dresse un acte authentique de l’adjudication de chaque banc de l’eglise.
Donne 4 Saint-Franqois-de-Sales, sur la riviere Gatineau, dans le cours de nos visites, le 8 octobre 1840.
Ignace, Eveque de Montreal.
Par Monseigneur,
A. F. Truteau, Seer.”
Le 9 octobre, Mgr. Bourget arrivait k Buckingham. Voici l’acte d’erection de cette mission :
“ Ignace Bourget, Eveque de Montreal.
“ Nous avons erigd et <£rigeons, par les prdsentes, une nouvelle mission qui sera form^e des cantons de Buckingham et de Lochaber et aussi de tout le territoire qui est sur et dans les profondeurs de la riviere aux Lifevres, d’un cote jusqu’aux habitations qui doivent appartenir 4 la mission de Sainte-Cdcile, sur la riviere 4 la Peche, et de l’autre cotd jusqu’i la seigneurie de la Petite-Nation, permettant aux habitants qui sont au deli des missions d’ Aylmer, de Chelsea, de la Gatineau, de la riviere k la Peche, de Buckingham, de la Petite-Nation et de Grenville de remplir leurs devoirs religieux dans celles des dites missions ou ils pourront plus commodement etre desservis. La dite mission sera sous le titre de Saint-Gregoire-de-Nazianze. Nous avons ordonn^ que le presbytere, deji commence, soit acheve au plus tot ; qu’il soit elu, en assemblee de fabrique, des marguillers. . .
“ Donne k Buckingham, en cours de visite.
Ignace Bourget, Eveque de Montreal.
Ce ne furent pas les seules missions drig^es canoniquement dans cette visite pastorale ; les missions de Saint-Alphonse des Allumettes, de Sainte-Anne, et de Saint-Alexandre du Calumet et de Sainte-Cecile de Masham, le furent dgalement k cette ^poque.
Un peu plus tard, en 1843, 30 aout, i l’instigation de M. Desautels, qui voyait la colonisation s’^tendre rapidement sur les deux rives de la Gatineau, trois nouvelles missions furent drigees dans le bassin de cette riviere : Saint-Joseph, aujourd’hui Farrelton, pour le canton de Wakefield ; le lac Sainte-Marie et la Visitation, qui comprenait tout le territoire superieur.
Tels furent les fruits de cette visite pastorale. Aussi, k son retour k Montreal, Mgr. Bourget pouvait-il, par une lettre pastorale en date du 25 novembre 1840, se fdliciter, k bon droit, de son voyage dans l’Ottawa superieur: — “Pendant plus d’un mois, dit-il, nous avons parcouru tout le territoire qui s’dtend le long de
la Grande-Riviere, depuis Grenville jusqu’fi Pile des Allumettes, comprenant une dtendue de pr&s de qtiatre-vingts lieues. Nous n’avons cessd de recueillir les fruits de grdce et de salut qu’il plaisait k Dieu de repandre sur nos travaux et sur ceux de nos zdlds collaborateurs. Dans le cours de cette visite nous avons plante la croix du Sauveur en huit endroits ou ce signe du salut n’avait pas encore etd publiquement arbore et vendre ; nous avons bdni solennellement quatre chapelles, institue le’ chemin de croix dans sept eglises, drigb huit nouvelles missions et designe la place de trois nouvelles chapelles qui seront baties sous peu, k en juger par le zele des catholiques de ces lieux. La confirmation a dtb administrde k prds de neuf cents personnes, et plus de dix-sept cent cinquante ont participb au banquet eucharistique.”
Pour couronner son oeuvre il restait k multiplier les ouvriers dvangbliques dans ces contrees et k leur procurer plus de stabilite et plus de ressources matdrielles ; c’est ce que s’empressa de faire Mgr. de Montreal.
Le Rbv. M. Colgan, curd d’Argenteuil, fut charge de la desserte de Grenville, 1842 ; le Rev. Joseph Sterkendries fut nommd curd de la Petite-Nation, 20 octobre 1841 ; M. Brady s’etablit ddfinitivement h Buckingham, et eut sous sa surveillance les vastes territoires de de cette mission, 1840 ; M. Desautels s’installa k Aylmer d’ou il desservait Chelsea et la Gatineau. On lui assigna un traitement de cent-cinquante louis : soixante-quinze pour Aylmer, cinquante pour la Gatineau, et vingt-cinq pour Chelsea.
Enfin, au Rdv. M. Moreau dchut la desserte de la partie occidentale de la vallde, depuis les Chenaux (Portage-du-Fort) jusqu’aux Allumettes.
Note. — A propos de ces drections canoniques, il nous reste quelques doutes, au moins pour les paroisses de Chelsea et de Masham et les autres de la Gatineau. On jug'ea, en effet, ndcessaire de les drig'er de nouveau. Saint- Etienne de Chelsea fut drigd canoniquement par ddcret du 29 ddcembre 1859, et civilement par proclamation du 29 aovit 1861.
Sainte-Cdcile de Masham le fut le 24 ddcembre 1S68, et le S aout 1871 respectivement. Il faut done croire que les divisions des missions de la Gatineau furent simplement offieieuses et n’ont jamais etd confirmdes.