CANADIEN
VANT de raconter l’histoire de Bytown, de 1848 k 1861, il convient de ddcrire en quelques mots, la 57,4*^ merveilleuse fortune de cette ville.*
Nous avons vu que le canal Rideau avait donne naissance k Bytown. Ce travail militaire, qui couta quatre millions de dollars au gouvernement imperial, attira sur Bytown les regards du monde politique. En 1832, Philemon Wright declara en pleine chambre legislative, k Quebec, que la future capitale du pays seraitla Place des Rideaux, comme on appelait alors notre ville.
Animes par cet espoir, les habitants de Bytown se montrerent des 1837, partisans de l’union legislative des deux Canadas, et proposerent leur ville pour le chef-lieu de la colonie. L union, une fois realisee (1841) ils Petitionnerent energiquement afin que le siege du gouvernement, qui etait alors k Kingston, tut transfer k Bytown. On dit que le gouverneur-general, lord Sydenham, les appuyait de tout son pouvoir. Malheureusement, sa mort tragique, qui survint peu apres, fit dvanouir leurs beaux reves.
En 1849, la revolution de Montreal, qui priva, k tout jamais, cette ville de son titre de capitale, rendit l’espoir aux entreprenants citoyens de Bytown. Ils ne cessdrent, d6s lors, de prier, de solliciter, d’ecrire, d’envoyer des messagers en Angleterre, k Toronto,
* Benjamin Suite : Papiers divers.
4 Quebec, partout, faisant valoir l’importance stratdgique de leur ville, son dloignement des Etats-Unis et sa position centrale, entre les deux provinces. Toutefois, les grandes villes du Canada se riaient de cette 6trange ambition d’une bourgade perdue au milieu des bois.
En 1853, Bytown fut unie, par le chemin de fer de Prescott, 4 la ligne du Grand-Tronc sur le Saint-Laurent, et mise ainsi en communication avec Montreal et Toronto. L’annee suivante, Bytown, qui comptait d£j4 dix mille habitants, demanda et obtint sa charte de citA Mais, comme tous les ingrats, elle rougit de porter plus longtemps le nom bizarre de son fondateur et, en souvenir du beau fleuve qui coulait 4 ses pieds, elle voulut prendre, d^sormais, ie titre plus pompeux d’Ottawa.*
En 1858, son sort se ddcida. Depuis l’union des provinces, le Canada n’avait plus de capitale. A chaque session les chambres se transportaient alternativement 4 Kingston, Montreal, Quebec et Toronto. Chacune des deux provinces se disputait l’avantage de possdder le gouvernement. II n’^tait point d’intrigues auxquelles on n’eut recours. Enfin, de guerre lasse et ne pouvant en venir 4 un accord, le parlement r^solut d’en r6f6rer 4 la reine et de s’en remettre 4 sa volonte. Les memes raisons qui avaient jadis determine le gouvernement imperial 4 choisir Bytown pour tete du canal Rideau, milit4rent encore une fois en sa faveur, (31 d^cembre 1857) et Ottawa fut proclamee capitale du Canada 4 la grande deception des deputes des deux provinces, qui protest4rent bruyamment.
II fallut pourtant s’incliner devant la volonte souveraine. Le 2 d6cembre 1859, commenga le creusement des fondations des bdtisses parlementaires et, le ier septembre i860, le prince de Galles vint en personne poser la premiere pierre de ce monument.
Les departements ou minist4res ne furent achev^s qu’4 1’automne de 1866, mais d<bs l’annde pr^cddente, une partie des bureaux dtaient installs. La premiere session parlementaire, dans le nouveau palais d’Ottawa comment en juin 1866. Des
Dans l’lona, le Kansas, le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan 1’ Illinois et 1 Ohio il y a sept villes et quatre comt^s du nom d'Ottawa.
travaux suppl6mentaires furent poursuivis jusqu’en 1877, k laquelle 6poque ils furent officiellement d6clat'6s terminus. Cet ensemble de construction coute environ quatre millions de dollars, et ddpasse en magnificence tout ce qu’on peut trouver en Am6rique, sauf peut-etre les capitoles de Washington et d’Albany.
Mgr. Guigues, se conformant au nouvel ordre de choses demanda et obtint du saint si&ge, le 4 juin i860, le changement de titre de son diocese, qui fut appele d^sormais diocese d’Ottawa.*
PAROISSES DE BYTOWN. - EGLISE CATHIiDRALE.
Nous avons racont6, en detail, l’histoire de l’eglise de Bytown, jusqu’en 1848. L’dglise avait 6t6 construite sur un terrain donnd par l’ordonnance militaire, comme nous avons vu. Ce ne fut, qu’en 1854, que l’acte d6finitif de donation fut enregistr^. De meme, les mille louis pretds, en 18451 Par ^es P^res Oblats, furent rembours^s, le 17 fdvrier 1856, par l’^veque.
Immediatement apr^s son installation k Bytown, Mgr. Guigues fit precher k la cathddrale une grande retraite, probablement par le Pere Chevalier, qui precha beaucoup dans le diocese, k cette dpoque. Le fruit principal de cette retraite fut la fondation de la socidte des dames de Sainte-Anne. Pendant l’hiver suivant un dernier appel fut fait k la population, pour l’ach&vement des travaux interieurs de l’^glise. Mgr. donna sa souscription, cinquante louis, qu’il venait de recevoir pour ses oeuvres. La population catholique, quoique fort eprouvee par la crise financifere qui sevissait alors, fit gdndreusement ce qu’elle put. Les pauvres donnerent de leur necessaire, comme toujours ; car disons-le en pas-
* Cum R. P. D. Eugenius Bruno Guigues, Epus Bypollianus exponi ecerit S. Congni de Prop. Fide ad decorem et utilitatem sum diaeceseos pertinere ut sublato ab ea titulo Bypolitano k flumine Ottawa in posteruni appellaretur ; E. C, a RR. PP. mandato, S. Congregationis in generalibus comitns habitis,’die 4 junii i860, censuerunt supplicandum SS. mo ut petition! prmdicti
antistitis benigne annuere dignaretur. „ NT n- tv
Guam quidem S. Concilii sententiam quum retulisset S. mo D. fl. P‘° in audientia ejusdem diei 4 junii R. P. D. Cajetanus Bedini Arclup. Theb. Sec. SS. mus earn approbavit ac praesens pro petita tituli mutatione decretum
iussit expediri. ...
Datum Romm ex aed. S. C. de Prop. Fide, 12 junii i860.
A. B, Barnabo, Praef.
sant, c’est sur les pauvres que l’Eglise compte au Canada, le bons pauvres de JAsus-Christ. On vit des ouvriers, peres de famille, se priver de leur repas pour apporter leur obole au PAre Dandurand. Les travaux reprirent lentement mais sans arret, sous la direction de cet habile et excellent prAtre, qui fut pendant tout le temps qu’il passa k Bytown, le seul arcbitecte de la cathedrale.
L’orgue fut commence egalement en 1848 ; et fut l’oeuvre du facteur Casavant, pere des celebres fabricants actuels. Un ouvrier sculpteur de la ville, M. Flavien Rochon, travailla avec lui. Plus tard, M. Mitchell de Montreal, restaura et augmenta ce bel instrument.
Cependant la construction d’un Aveche s’imposait, car la paroisse ne possedaif pas meme un presbytere. II fut commence le ier mai 1849, et, un an plus tard, jour pour jour, le clergA paroissial s’y installa, avec l’Aveque. Cet edifice qui n’avait rien de monumental, couta ^1,484, y compris l’ameublement. C’est l’archeveche actuel, sauf quelques modifications de peu d’importance. A la place de la sacristie Atait le seminaire, dont les cellules ont du, depuis, etre rasees pour satisfaire aux exigences des compagnies d’assurances, En revanche, on a prolong^ de quelques pieds la batisse principale, k l’orient.
Le personnel paroissial se composait, en 1849, des PP. Allard, sujprieur, Dandurand, cure d’office, Molloy et Ryan. D’autres pretres logeaient avec eux A 1’AvechA ; les professeurs du college et du seminaire, et probablement les PP. Clement, DAlAage, LaverlochAre, Bourassa et Brunet, missionnaires, lorsqu’ils rentraient de leurs voyages.*
* Le PAre Jean Francois Allard, oblat, naquit en i8o7, en France; arriva en 1843 au Canada ; fut maitre des novices et supArieur de la maison de Longueuil ; vint A Bytown, d’ou il partit pour la mission de Ratal, dont il Atait nommA le premier Aveque. Il mourut A Rome, le 26 septembre 1889.
Hercules-Thomas ClAment, oblat, nA A Saint-Cuthbert, le 26 mai 1820, ordonnA en 1845, missionnaire des sauvag-es jusqu’en 1853. Depuis cette date curti A Saint-Romuald, A Sainte-Rose et A Rawdon. RetirA, et tuA accidentellement par un train de chemin de fer, le 18 janvier 1891.
Louis-Fran^ois DAlAage, oblat, nA en France, diocAse du Puy, le 14 dAcembre 1821, arrivA au Canada en 1848, ordonnA, peu aprAs. Missionnaire A South-Gloucester, prAs Ottawa, envoyA en 1852 A Maniwaki, oA il fut longtemps supArieur, DAcAdA le ier aout 1884, A Ottawa.
Comme nous l’avons dit, les pretres de Bytown avaient la charge des missions voisines de Gloucester, d’Osgoode et de March dont nous reparlerons plus tard.
En 1851, le P&re Allard partit pour la mission de Natal, Afrique, dont il etait nomm6 le premier dveque. II fut remplac^, k Bytown, par le P&re Aubert, qui devint vicaire-gdn^ral du diocese.
Le P&re Ryan quitta h son tour la cath^drale. Le Pfere Richard Moloney lui succdda (1854-55) et fut charg6 de la partie irlandaise de la paroisse.f
En 1853, la cathddrale se trouvant dans un etat d’avancement satisfaisant, Mgr. Guigues voulut profiter du voyage de Mgr. Bedini, nonce du pape en Am6rique, pour l’inviter k consacrer solennellement cette dglise. La ceremonie s’accomplit avec une magnificence extraordinaire, comme en temoigne l’acte suivant :