LE COLLEGE
Une des premieres preoccupations de Mgr. Guigues, en arrivant k Bytown, fut l’instruction de la jeunesse, jusqu’alors trop neglige. Les religieuses tenaient bien dejfi quelques classes pour les enfants des deux sexes, mais quoiqu’on fit pour airubliorer les conditions de l’enseignement primaire, ce n’dtait point assez au gre du saint eveque. II voulait prendre possession de l’avenir, en formant parmi la jeunesse catholique, une classe d’hommes instruits, capables d’entrer dans les carritbres liberates et de diriger un jour l’opinion. Pour arriver son but, la fondation d’un college classique etait nsbcessaire. Immediatement apres son installation, io aotit, il fit done construire dans les jardins de l’evechd, une modeste maison en bois adossde au chevet de la cath6drale, avec faqade sur la rue de l’Eglise ; ce fut le premier college. Ouvert le 26 octobre 1848, il compta d’abord quatievingt-cinq elibves, dont une trentaine de pensionnaires. Les pensionnaires couchaient au college, mais ils prenaient leurs repas en
ville.
Les premiers directeurs du college de Bytown furent :
Le Rev. P. Chevalier, O.M.I., suptbrieur.*
Le Pere Dandurand, professeur de philosophie.
Le Fr<bre Tisserant, novice oblat, professeur de belles lettres. Le Frere Mignault, novice, professeur d’616ments latms.
M. McGoey, seminariste, professeur d’anglais.
Le P^re Chevalier, oblat, mb en France, en 1823, arrivl au Canada en
en i8«ne fit que passer k Bytown. D^s 1852, il fut envoyib aux Etats-Ums, oh il de’vint suptbrieur des missions de Buffalo et de Plattsburgh.
De plus, deux fr^res convers oblats, pour les Elements de franc^ais, et des classes d’adultes le soir.
Comme on le voit, parmi ces premiers professeurs se trouvaient de jeunes ecclesiastiques, religieux et s6culiers, pratique qui a £t6 constamment suivie, jusqu’i nos jours, du moins pour les jeunes religieux. La plupart des anciens cur^s du diocese ont enseign^ au college, tout en faisant leur sdiminaire.
Le 20 mai 1849, college fut incorpor6, par acte du parlement, sous le nom de college de Bytown. II obtint meme du gouvernement la promesse d’une petite allocation, k la condition de presenter aux chambres un 4tat annuel de sa situation administrative et financifbre. Toutefois cette allocation ne courut qu’k partir de 1852.
Le personnel professoral de 1849 se composait comme suit :
R. P. Allard, sup6rieur.
P. N. Mignault, directeur.
M. O’Boyle, professeur de belles-lettres.
MM. Collins et A. Mignault, professeurs.
Le F. Triole et un autre fr^re, professeurs de frangais.
En 1850, le pfere N. Mignault devint supdrieur pour cdder la place, l’annee suivante, au p£re Gaudet. Parmi les professeurs de cette fipoque, citons les PP. Brunet et Corbett.
Cependant la maison de bois temporaire ne r6pondait plus aux besoins d’un dtablissement de cette importance. On acheta done d’un catholique irlandais, M. McCann, un terrain en face, coin des rues Sussex et de l’Eglise, sur lequel on bitit le vaste et bel Edifice en pierre connu aujourd’hui sous le nom d’ecole La Salle. Le college y fit transport^, Lautomne de 1853.
Sur ces entrefaites, un jeune religieux du plus grand interlt, le p&re Tabaret, fut charge de son administration. Le p<bre Tabaret a marqu4, non seulement dans 1 histoire du college, mais meme dans celle du diocese, une trace trop profonde pour que nous laissions p6rir son souvenir.*
. * Notice biographique du R4v. P. Tabaret. (Ottawa 1886). Nous n'avons
tait que rbsumer ce travail en y ajoutant quelques notes prises ailleurs.
Ne k Saint-Marcellin, Isere, le io avril 1828, d’une famille pauvre mais profonddment chrdtienne, le P. Joseph-Henri Tabaret fut envoye au college de Bourg-du-Pdage oil il fit toutes ses dtudes. Pendant les vacances de 1845, il entra au noviciat des oblats, k Notre-Dame de l’Osier. Son noviciat termini, il fut envoy6 au scolasticat de Marseille. Pendant ses dtudes theologiques, il fut atteint d’une maladie grave qui faillit ddg^nffier en consomption, si bien que les nffidecins le ddclartirent perdu sans retour, k moins qu’il ne quitt&t la France. En ce moment, Mgr. Guigues, qui passait k Marseille, dans son premier voyage ad limina , et qui suppliait les superieurs de lui donner des sujets pour son diocfese et en particulier pour son college, apparut tous comme 1 instrument de la Providence. On ordonna diacre le fr. Tabaret et on lui remit une obedience pour le Canada. C dtait bien en effet la Providence qui appelait le jeune religieux dans ce pays, aussi guerit-il, et renon^ant k jamais revoir la France, il se donna de tout coeur & sa patrie d’adoption.
Ordonne prStre le 20 d6cembre 1850, le P. Tabaret fut envoyd k l’Orignal en qualitd de vicaire du pbre M^dard Bourassa. Il resta deux ans dans cette importante et difficile mission, et sut gagner tous les cceurs par son zffie et l’anffinitd de ses manieres.
En automne de 1853, il fut appeld k la direction du college qui devait etre 1’ oeuvre et la gloire de sa vie.
Il trouva le college dans un etat lamentable. Point d’autres professeurs que des sdminaristes ; presque point d’eleves, quinze pensionnaires et quarante externes ; encore moins d’argent.
De septembre 1853 k aotit 1856, le supdrieur n’a eu, pour faire marcher son college que ce qu’il retirait des dffives. Cette modique somme suffisait k peine k payer les gages d’une domestique, k faire face aux ddpenses d’dclairage et de chauffage et k garnir la bibliothkpie de quelques livres.
De fait, sur les 130 6ffives que le college comptait en 1856, 40 y dtaient 61ev6s gratuitement, et les autres payaient peu de chose. En 1854, le P^re Tabaret fut nommd membre du s&iat de l’Umversitd de Toronto, honneur qu’il partageait avec un seul autre
catholique, le Dr. Hayes de Toronto, et qu’il n’accepta que dans l’espoir, vain d’ailleurs, d'etre utile au college d’Ottawa.
En 1855, le personnel du college fut renforcd de deux hommes de m^rite ; les PP. Soulerin et Mauroist, et I’on s.ongea k batir un Edifice plus considerable.
M. Besserer avait fait don en 1846, k la corporation episcopale de Kingston d’un magnifique terrain dans la Cote-de-Sable, destine k l’etablissement d’un college. Mgr. Guigues crut l’heure venue d’accomplir la volonte du donateur. Par ses ordres un vaste edifice s’eieva sur la rue Wilbrod. Ce fut la premiere aile de l’universite actuelle. Des l’annee suivante le college s’y transporta. C’est k cette epoque que, par une convention entre Mgr. Guigues et Mgr. de Mazenod, supdrieur general de la congregation des Oblats, l’administration et la proprietd du college et de l’eglise Saint-Joseph furent trasportees definitivement k cette congregation.
Voici la liste des professeurs du college en 1855 :
Rev. P£re Tabaret, superieur.
Rev. Pfere Soulerin, professeur de rhetorique.
Rev. Pere Mauroist, belles-lettres et mathematiques.
M. John Gillie, methode.
MM. Meehan et Collins, anglais.
M. O’Brien, surveillant.
Les trois premiers etaient des pretres oblats ; les autres dtaient des seminaristes.
Le personnel enseignant se composait, en 1856, du Pere Tabaret, superieur, des PP. Trudeau, Soulerin et Burtin, et d’un certain nombre de seminaristes. Les eleves etaient au nombre de 68 dont 15 pensionnaires. Le seminaire qui, jusque lh, n’avait eu d’autre local qu’un etage de l’eveche, fut alors transfer au college, dont il a toujours, depuis, occupe une aile. Les PP. Trudeau et Burtin en furent les directeurs.
En 1858, le Pere Tabaret envoye en France, au chapitre de sa congregation, ramena trois nouveaux professeurs avec lui ; les PP. Tortel, Dedebant et Pian ; deux irlandais, les PP. Francis
Cooke et James McGrath, lui furent ^galement adjoints. Le Pdre Tortel devint alors directeur du sdminaire. Une dre de prospdritd commengait pour sa chdre maison.*
En 1 86 1, fut construite et terminde, l’aile qui fait face 41a rue Cumberland. La meme annee, l’honorable R. W. Scott, reprdsentant de la ville d’Ottawa, obtint un amendement 4 l’acte d’incorporation du college, qui prit, dds lors, le nom de college d’Ottawa.
Dans le rapport prdsentd aux Chambres, 4 cette occasion, il etait dit que le seminaire avait tourni, jusque 14, trente-six pretres au diocese ; que le nombre des dleves dtait, actuellemenr, de i 35, dont 54 pensionnaires, et que celui des professeurs dtait de vingt. Void leurs noms : les Peres plus haut citds ; MM. Lefebvre, Derbuel, Barrett, Collins, Ralph, Long, McCarthy, Favre, Kelen, Gdnin, Kenly, Dusserre, Boucher et Thomas Duhamel, ecclesiastiques.
En 1862, le college eut l’honneur de voir le Pere Tabaret, son superieur, nommb administrateur du diocdse pendant l’absence de Mgr. Guigues, et l’annee suivante, vicaire-general.
* Augustin Gaudet, oblat, francais, nd 4 Corbelin, Isdre, le 7 mai 1821, ordonne 4 Marseille, le 27 septembre 1847 ; arrive au Canada le 3 novembre de la meme annde, chapelain du Bon-Pasteur et des soeurs de la charid 4 Ottawa ; superieur au Texas, en 1895.
Alexandre-Marie Soulerin, oblat, ne 4 Grenoble, le 3 aout 1825, ordonnd le 23 septembre 1848, arriv^ la meme annee : retourn^ en France en 1862.
Nicolas-Victor Burtin, oblat, n^ 4 Metz, France, le 13 dekembre 1828; ordonn4 4 Marseille le iS dikembre 1852, arrhd au Canada le 27 juin 1854 ; missionnaire de Caughnawaga, 1859.
Adolphe Tortel, oblat, franqais, n£ au diocese de Valence, le 30 oetobre 1826 ; ordonne^ 4 Marseille, le 8 juillet 1849 : arrive au Canada, le 5 oetobre 1858, professeur au college, superieur 4 Buffalo, 1868 ; 4 Saint-Sauveur, 1880 ; de residence 4 Montreal, 1883.
Joseph Dfklebant, oblat, franqais, 4 Cassagnabdre, le 9 juin 1831, ordonn^ 4 Marseille le 8 septembre 1848 ; arrived au Canada le ler oetobre suivant ; successivement 4 Ottawa, 4 Quebec et 4 Montreal ou il dk4de, le 8 septembre 1884.
Jean-Marie Pian, oblat, fran9ais, n£ 4 Saint-Malo, le 22 juin 1832 ; ordonn^ 4 Marseille le 17 mars 1858, arriv4 au Canada en oetobre suivant, professeur au college, puis missionnaire des sauvages dans le diocese, jusqu 4 nos jours.
H. A. Joseph Mauroist, oblat, francais, ne a Vieux-Conde, Nord, le 9 fevrier 1828 ; ordomk 4 Marseille, le 5 oetobre 1852 ; arriv<$ 4 Buffalo le 25 dkembre suivant, successivement 4 Ottawa, 1855, a Quebec, a Montreal, 1864, a Lachine, a Maniwaki, 1874
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LES IiCOLES s£pAr£eS.
La question des ecoles separ^es a pris, dans ces derniers temps une importance si capitale’pour les catholiques, qu’il nous a sembl6 utile d'dcrire ici bri^vement leur histoire. Dans ce but nous nous sommes adressd k l’honorable senateur R. W. Scott, qui fut jadis au parlement leur glorieux champion, et qui connait parfaitement les vicissitudes par lesquelles elles ont pass6es. Voici la traduction du mbmoire qu’il a bien voulu nous adresser.
“ Avant l’union des deux Canadas, les protestants de Quebec jouissaient, de par la liberality des catholiques, du privilege d’avoir leurs ecoles propres, auxquelles le gouvernement octroyait une subvention. C’^tait lfi une faveur administrative, plutot qu’un droit consacry par une loi.
“ Lors de la premifere session du nouveau parlement, sous l’acte d’Union, en 1841, une loi fut votye qui etablissait un systeme scolaire uniforme pour les deux provinces, dirige par un surintendant unique. Les sommes realisyes sur la vente des terres publiques affectyes aux ycoles, etaient distribuyes, au pro rata , entre les ycoles des cantons du Haut-Canada et des paroisses du Bas-Canada. Or, il arriva qu’un des effets de cette loi fut de reduire singuliyrement les privileges dont jouissaient les protestants du Bas-Canada, ce qui leur fit pousser les hauts cris. Afin de leur donner satisfaction, la loi fut done amendye, de facon k pourvoir au soutien de leurs ecoles en Bas-Canada ; mais alors, en vertu du principe de l’uniformite, la nouvelle loi des ycoles separees devint applicable aux deux provinces et aux catholiques aussi bien qu’aux protestants. Voilfi comment, pour la premiyre fois, l’existence lygale des ecoles syparyes fut reconnue dans le Haut-Canada.
“ Le gouverneur en conseil nommait, dans chaque comte, village ou ville, un bureau d’examinateurs composy d’un nombre ygal de catholiques et protestants, lesquels avaient 1’administration de leurs ycoles respectives. En 1843, on vota, sur le fonds des ecoles, un subside de cent vingt mille piastres au Bas-Canada et quatre-vingts mille pour le Haut-Canada. Malheureusement, peu aprfbs, une nouvelle loi fut votye, abolissant, pour cette dernitbre
province, un certain nombre de clauses de la loi fondamentale de 1841, au grand detriment des catholiques dans cette province. II s’agissait de la fondation des 6coles s6par6es ; elles ne pouvaient plus etre etablies que quand le maitre d’^cole appartenait 4 un culte dissident.
“ En 1846, nouvelle loi confirmant tous les droits de la minority protestante du Bas-Canada et autorisant la creation d’un surintendant et d’un bureau d’^ducation special pour cette province. Chaque ann6e apportait une augmentation des droits de la minorite protestante du Bas-Canada et une diminution proportionnelle de ceux de la minority catholique du Haut-Cunada.
“ En 1846 le docteur Ryerson, ministre mbthodiste, fut nommi surintendant de l’education pour le Haut-Canada, avec commission de visiter divers pays etrangers et de s’enqu^rir de leurs systemes scolaires. Ce ministre redigea un projet de loi, vote la meme ann6e, qui attribuait le controle de l’instruction publique 4 un bureau d’bducation, compose du surintendant et de six membres nommds par le gouverneur en conseil. Ce bureau avait le pouvoir d’approuver ou de condamner les livres de toutes les £coles.
“ D’apres la loi d’alors, il fallait la signature de douze catholiques francs-tenanciers ou propri^taires, au bas d’une demande de formation d’^cole sbparee ; et les catholiques d’une section scolaire limitrophe, ne pouvaient point s’unir 4 leurs voisins pour soutenir leur 6cole, quelle que fut la distance. La petition devait etre adressde au maire de la municipality ou au president du comite des bureaux scolaires, lesquels tkaient souvent d’ardents adversaires et reussissaient frequemment 4 faire ^chouer la demande des catholiques. De plus, comme le surintendant lui-meme 6tait hostile aux ycoles sypardes, les catholiques yprouvaient les plus grandes difficultds 4 les fonder.
“ Cette hostilite du docteur Ryerson, et ces difficultys qu’yprouvaient les catholiques dans l’administration de leurs ycoles, donnaient naissance 4 une agitation, ayant pour but d’obtenir des modifications 4 la loi, qui la rendissent plus praticable. Les divers gouvernements qui se succydsbrent, firent bien, de temps en
temps, la promesse de passer des amendements favorables 4 la minority. Meme, en 1855) une loi fut vot6e en ce sens, rdduisant i cinq le nombre de signatures ndcessaires pour obtenir l’ouverture d’une ecole, mais ces modifications satisfirent si peu les catholiques que Mgr. de Charbonnel, ^veque de Toronto, donna sa demission de membre du bureau des dcoles.
“ L’agitation continua done avec une intensite toujours croissante, et, en i860, M. R. W. Scott presenta, k la chambre d assemble, un bill qui conferait k la minority, les privileges pour lesquels elle luttait depuis tant d’ann6es.
“ Le bill, vigoureusement combattu, n’obtint pas meme, dans cette session, l’honneur d’une seconde lecture. L’annee suivante, il fut present^ de nouveau, et quoique parvenu k la seconde lecture, l’opposition qu’on lui fit dtait si acharnee, qu’il fut retird k la demande du gouvernement, lequel, toutefois, s’engagea, par la bouche du premier ministre l’honorable J. S. Macdonald, k le laisser presenter de bonne heure, dans la sessiorl prochaine.
“ Enfin, l’annee suivante, 1863, M. Scott eut le bonheur, sous les auspices du gouvernement liberal d’alors, de faire passer son projet de loi.
“ Cette loi abrogeait l’obligation de la notification prealable, faite un an d’avance par les supporteurs d’ecoles, d l’effet d’etre reconnus par les autorites municipales ; elle autorisait l’appel au gouverneur-gen^ral des decisions du surintendant ; elle permettait & tous les catholiques, dans un rayon de trois milles, k quelque section scolaire qu’ils appartinssent, de s’unir pour soutenir une ecole sdparee ; elle r^duisait au meme chiffre que celui des ecoles publiques l’assistance moyenne de nos ecoles pour avoir droit k l’octroi du gouvernement ; les termes d’office et les pouvoirs des commissaires des ecoles separ^es 6taient assimiles k ceux des commissaires des dcoles publiques ; enfin, & d’autres points de vue, la loi etait simplifiee et son application rendue facile.
“ La minoritd catholique se tint pour satisfaite de ces concessions et aucun changement ne fut plus demande & la loi jusqu’i la Confederation (1867). Alors l’acte constitutif de l’Amerique Bri-
tannique du Nord garantit, par le statut imperial, tous les droit s de la minorite tels qu’ils existaient k cette ipoque.
“ L’appel au gouverneur-giniral en conseil, par lequel la minorite manitobaine cherche maintenant le redressement de ses griefs, a sans doute bti suggiree aux catholiques par l’appel au gouverneur-gineral inscrit dans le Scott Act de 1863.”
Telle est, lumineusemement exposie, l’histoire des icoles separees de l’Ontario.*
Mgr. Guigues employa naturellement tous ses efforts pour faire reconnnaitre les droits des catholiques. On sait que des leur arrivee, les soeurs-grises avaient organist une petite icole. Le 27 mars 1849, l’iveque de Bytown icrivit au surintendant de l’education, une lettre dont voici la substance : “Nous avons h Bytown une population aux deux tiers catholique et pour un tiers canadienne-frangaise. Or, des trois instituteurs de la ville, deux sont protestants et pas un ne parle franpais. Nous avons des ecoles de soeurs et au college un cours primaire. Je demande au gouvernement une allocation pour ces Ecoles.”
Mgr. Guigues prit une part active k l’agitation en faveur des bcoles siparees ; des assemblies furent tenues, sous sa prisidence, k l’lnstitut Canadien, et des resolutions favorables y furent votees. Nous possedons meme un mandement sur ce sujet palpitant, qui est conservi dans les archives de l’archevechb.
En 1853, l’eveque acheta de M. Dogherty, un lot de terre, rue Cumberland, entre les rues Clarence et Murray, sur lequel il .batit une grande icole en pierre pour les filles. En 1863, i! acheta, de M. O’Hally, le lot No. 21, rue Murray, sur lequel il construisit en briques une grande icole de gar^ons. L’annie suivante, il ileva, sur le lot No. 6, nord de la rue Saint-Patrice, une maison en pierre pour les freres.
Enfin, sur les instances des commissaires, il leur loua la grande maison de pierre, coin des rues Church et Sussex, occupee jadis par le college et puis par des soldats. C’est aujourd’hui l’icole La Salle.
* Le lecteur comprendra, en lisant cette intiressante pag'e d'histoire, que nous n’avons k faire aucune allusion k la question actuelle des icoles du Manitoba.
Nous ig'norons la date precise de la fondation des dcoles sdpar^es k Bytown. Ce que nous savons c est que leur origine fut des plus pdnibles, tant par ddfaut de talent administratif de la part des commissaires encore novices, ayant k lutter contre une loi tortueuse, qu’ci cause de la negligence de certains parents qui, pour ne s’etre pas fait inscrire k temps, payaient leurs taxes aux dcoles publiques. Le secretaire de l’dvechd, plus tard 1 abbe O’Connor, fut la providence des dcoles k cette dpoque. En qualitd de secretaire du bureau des commissaires, il vint k bout de toutes ces difficultes.
Des 1846, le Pere Dandurand avait demande, k Montreal, des freres de la Doctrine Chretienne. Malgre ses instances, reitdrdes presque chaque annee, ce ne fut qu’en 1864 que la ville d’Ottawa eut le bonheur de posseder ces admirables instituteurs de la jeunesse.
Pour terminer ce paragraphe consacre aux ecoles primaires, il convient d’insdrer ici quelques lignes d’un mandement de Mgr. Guigues k son clergd, en date du 25 avril 1854. On verra avec quel zeie et quel d<£sintdressement il s’employait au progres de l’instruction, comme au bien public sous toutes ses formes.
“ Nous voyons avec la plus grande peine que le nombre des instituteurs catholiques est bien insuffisant pour les besoins du diocfese ; et comme nous avons grandement k coeur de remplir un vide qui est aussi p^nible pour vous que pour nous-meme, nous vous offrons de faire donner gratuitement, au college, un cours d’instruction propre k compldter les dtudes et obtenir les qualifications ndcessaires pour l’enseignement aux personnes que vous nous enverrez munies d’une lettre de recommandation. Il ne resterait k leur charge que de pouvoir payer leur pension en ville ; car vous savez que les dlfeves ne sont point nourris dans le college. Peut-etre bien qu’un jour le gouvernement, touchd de nos efforts, comprendra qu’en nous accordant quelque part des sommes dnormes ddpens^es, k Toronto, pour quelques dl^ves privildgids, il travaillera efficacementt 4 l’int^ret de l’dducation, et nous serons alors heureux de faire plus encore que ce que nous nous proposons de faire aujourd’hui.”
LES SCEURS-GRISES.
Nous avons laiss£ les sceurs-grises dans l’humble maison de la rue Saint-Patrlce. Cette installation temporaire avait dd:j4 dur6 trop longtemps. Le nombre des religieuses s’6tait accru, celui des el&ves avait augment^ encore davantage, et la masure qui servait d’hopital 4tait absolument insuffisante.
Mgr. Gu#gues obtint de l’ordonnance militaire, pour les sceurs, la concession gratuite d’un grand terrain, rues Bolton et Sussex. C’est 14 qu’elles commencerent, en 1849, la construction des vastes batiments connus sous le nom de Maison-M4re, 011 elles concentrerent, pour le moment, toutes leurs oeuvres : noviciat, ^coles primaires, pensionnat et orphelinat. La maison-m4re fut benite par Monseigneur le 3 juin 1850.
Le pensionnat qui avait 6t6 ouvert en 1848, resta attache 4 la maison-mere, jusqu’en 1865, 4 laquelle t^poque il fut transfdre rue Rideau, et prit le nom de Notre-Dame du Sacre-Cceur. Les classes primaires avaient 4t6 transferees en 1856, dans une vaste maison, rue Cumberland, achetee 4 cette intention par Mgr. Guigues, et connue sous le nom d’ecole Notre-Dame.
L’orphelinat fut placd, en 1865, dans une aile 4 part, construite 4 son intention, et prit le nom d’orphelinat Saint-Joseph.
Le 4 septembre 1854, les soeurs grises d’Ottavva se separ4rent de la maison-m4re de Montreal, et formerent une congregation diocesaine, approuvee plus tard par Rome, sous le nom de soeursgrises de la Croix.* Depuis cette epoque elles n’ont cesse de prosperer, et elles se sont repandues en dehors du dioc4se, au Canada et dans les Etats-Unis : Buffalo, 1857, Plattsburgh, i860.