ANNEE
Canadiens.
Irlandais
Catholiques.
Total
Catholiques.
Protestants.
Population
totale.
Comme on le voit, en 1851, les protestants formaient k peu pres la moitie, les canadiens le tiers, et les irlandais le cinqui&me de la population de Prescott ; nous verrons avec quelle rapidity ces proportions se modifient au profit des catholiques.
Le comte de Prescott, voisin des comtds franpais'-de Vaudreuil et de Soulanges, dans le Bas-Canada, btait, d’ailleurs, admirablement situd pour recevoir le trop plein de leur population. Ses terres fertiles, couvertes encore en grande partie, de forets, invitaient les qolons d s’y porter. Les moulins d’Hamilton, 5. Hawkesbury et le commerce de la potasse, aiderent beaucoup les premiers defricheurs.
Pour faciliter au lecteur l’intelligence de ce qui va suivre, nous diviserons les missions du comte de Prescott en deux groupes : le groupe de Test avec l’Orignal pour centre et le groupe de l’ouest, autour de Plantagenet. Mais auparavant, examinons rapidement quel dtait l’etat du pays en 1848 k l’epoque de la premiere visite de Mgr. Guigues a l’Orignal.
Un seul pretre, missionnaire pour tout le comte de Prescott, et meme pour une partie du comte de Russell, rdsidait au village de l’Orignal, Les villages et les concessions dtablies se succddaient en dtapes, de Test k l’ouest, dans l’ordre suivant : *
i° Pointe-Fortune. — Ce village servait de fronti&re au diocbse. Les dependances de la maison du juge McDonnell, dans le Bas-
* Nous avons puis£ nos documents aux sources les plus abondantes : rapports des curds k. l'eveque, k l’dpoque de sa prise de possession : rapports des visites pastorales ; correspondance entre l'dveque et son clergd, et parfois, petitions des paroissiens ; enfin les notes de messieurs les curds du diocdse.
Canada appartenait au diocese de Montreal, tandis que son habitation, situ4e dans le Haut-Canada, se trouvait sous la juridiction de l’6veque de Bytown. De la Pointe-Fortune aux moulins de M. Hamilton, aujourd’hui Hawkesbury, on comptait une centaine de families catholiques, repandues dans la campagne, 4 Saint-Eugene, et pr6s du lieu appel6 la Chute-i-Blondeau.
20 Hamilton ou Hawkesbury formait un village fort ancien, peuple d’une centaine de families catholiques, au service de M. Hamilton. Cet industriel, riche et gdndreux, dtait k la tete d’une des plus importantes scieries du Canada, qui donnait de l’ouvrage en 6t&, k huit ou neuf cents ouvriers.
3° L’Orignal. — Ce village dgalement fort ancien relativement, comptait une cinquantaine de families catholiques, plus pauvres en general que les protestants. Le commerce du bois, apres avoir fait sa> fortune, etait tombe, et semblait avoir entraine POrignal dans sa decadence. Les terres des environs se vendaient trop cher pour encourager 1’immigration. Toutefois la plaine dite de la Baie, ci peu de distance du village, ou se trouvaient d’excellentes terres, etaient d6jd. toute entiere occupee par 35 families catholiques.
40 Caledonia. — Petit village en grande partie protestant. On y trouvait 23 families catholiques, dtablies sur des terres fertiles. Ce village 11’a pas prospere.
50 Saint-Charles. — Concession k trois lieues au sud de l’Orignal et k deux lieues et demie de Caledonia ; presque exclusivement catholique. Une centaine de families.
6° Plantagenet. — Ce canton comptait 6galement une centaine de families catholiques, dont plusieurs possedaient de belles fermes. II y avait k Plantagenet une chapelle et un presbytere. Les troiscinqui^mes de la population de la seigneurie de l’Orignal btaient catholiques, mais les protestants, en general, Etaient plus fortunes. Le juge et tous les avocats du district Etaient protestants. On ne comptait que trois 6coles catholiques : une k Caledonia, une autre ci Saint-Charles, une troisitbme ci la Baie.
Ces notions pr61iminaires exposes, ^tudions maintenant en particulier chacune des paroisses ou missions, en commencant par l’Orignal.
l’orignal.
La paroisse de l’Orignal, avec toutes les missions que nous venous d’enumerer, comptait, en 1848, cinq cents families et deux mille communiants. Elle se trouvaient 4 cette dpoque, dans un dtat spirituel fort miserable. Ce malaise doit etre attribue 4 trois causes principales : l’indiffdrence des catholiques, les frequents changements des missionnaires, qui n’avaient pas le temps de connaitre leurs ouailles ni d’en etre connus, enfin la grandeur demesuree du territoire 4 desservir.
On s’en rendra compte en sachant que dans une paroisse si importante, tous les cures s’dtaient plaints les uns aprds les autres de ne pas trouver assez de ressources pour leur subsistance, et que plusieurs anndes plus tard, M. Farrell, devenu dveque d’Hamilton, s’informait en riant si les curds mouraient toujours de faim 4 L’Orignal.
La paroisse, drigee en 1846, possddait un presbytere convenable et une dglise en pierre, construite depuis quinze ans 4 peine, mais qui, malheureusement, menapait ddj4 de s’effondrer. Les terrains de la fabrique avaient dtd donnds, en due forme, par le seigneur de l’Orignal. La vente des bancs a produit quarante louis.
La ruine de l’dglise rendait urgente une nouvelle construction. Mais cette question de bdtisse, toujours hdrissde de difficultds, devenaient bien plus ddlicate par les divergences qu’elle soulevait dans les vues de la population. Tout le monde n’dtait pas d accord sur le site de la nouvelle dglise. Les catholiques de Caledonia et de Saint-Charles la voulaient dans leurs villages qu’ils pretendaient dtre plus au centre de la paroisse, tandis que les citoyens de l’Orignal, catholiques et protestants, le seigneur du lieu en tete, prdtendaient bien garder le curd et offraient une grosse souscription.
Le curd, de son cotd, ne faisaient que se plaindre. C’dtait le Rdv. Alexander MacDonnell, futur missionnaire d’ Alexandria. Homme excellent, mais d’une faible santd, il ne pouvait plus laire le service de Plantagenet, ou il devait aller 4 pied, 4 travers
bois, toutes les trois semaines et ou il n’avait re$u des canadiens, pendant l’espace de neuf mois, que la somme derisoire de cinq louis. II demandait done d’en etre debarrassd immddiatement. II ne cachait pas, d’ailleurs, son intention formelle de rentrer, le plus tot possible, dans le dioedse de Kingston.
De leur cotd, les gens de Plantagenet ne cessaient de rdclamer un pretre residant, “ se faisant fort, disaient-ils, de le nourrir, pourvu qu’il fut un tant soit peu raisonnable. ” La suite de notre recit montrera que pour vivre chez eux, il fallait quelque chose de plus que la raison : une vertu 4 l’epreuve des plus longs jeunes.
Dans ces conjonctures pressantes, Mgr. Guigues se trouvant 4 court de pretres, envoya k Plantagenet M. McGoey, jeune irlandais rdeemment ordonne, et confia temporairement la paroisse de l’Orignal aux oblats. Ce fut le pere Medard Bourassa qu’il chargea de cette mission.
Le pdre Bourassa vit encore aujourd’hui 4 Longueuil.* Successivement missionnaire des sauvages et des chantiers, puis cure de 1’Orignal, il sortit de la congregation pour des raisons de famille et passa la plus grande partie de sa carriere dans la paroisse de Montebello ou son souvenir est encore bien vivant. C’etait un pretre intelligent, courageux et d’une grande activity.
A peine installe 4 l’Orignal, ou il avait commence, des le 29 janvier 1848, 4 demeurer chez M. MacDonell, en qualite de missionnaire, le pdre Bourassa continua son ministdre aide de l’ancien curd, devenu son assistant. En effet, le bon M. MacDonell, decharge d’une partie du travail et de la responsabilite, retarda son ddpart jusqu’au 21 mars 1851.
Aprds lui trois jeunes oblats : le P. Mignault (2 avril-6 septembre 1851 ; le P. Tabaret (30 mars 1851-30 aout 1862) et le P. Coopman (1853) et un prdtre sdculier, M. David (1854) le P. Bourassa, qui lui-meme edda la place (27 novembre 1854) 4 M. O’Malley, pretre sdculier.
Le P. Bourassa n’etait point homme 4 se plaindre d’un surcroit de travail. Libre de Plantagenet, il accepta la desserte de
* Ddcddd en 1897.
Grenville et celle de Montebello, comme nous verrons en leur lieu, et se mit resolument h. l’oeuvre de la construction de l’bglise.
Pendant trois ans, de 1849 k 1852, il y travailla avec une Constance admirable, se faisant lui-meme ouvrier magon et menuisier, et trouvant, toujours k point, les ressources pdcuniaires qui manquaient. Aussi Mgr. Guigues admira-t-il fort son dbvouement, et proclama-t-il son bglise une des plus belles du Canada. Toutefois, quoique la messe y ait dte dite en 1853, ce n’est que bien plus tard, sous l’administration de M. Bouvier, que les grands grands travaux de l’intbrieur furent parachev^s.
Par les soins du P. Bourassa, un nouveau cimetibre fut achetd k M. Hamilton. L’ancien, dont les fosses se remplissaient d’eau, fut abandonne, et est devenu, depuis, le jardin du presbytdre.
Ce bon religieux qui s’occupait avec tant de zble du bien materiel de sa paroisse, ne negligeait pas, comme on peut le penser, le bien spirituel des ames ; et lorsque en 1854, il dut quitter 1’Orignal, il emporta d’universels regrets.
Son successeur, M. O’Malley (27 novembre 1854-22 septembre 1861) etait un pretre irlandais venu dernidrement du diocdse de Montreal. Il trouva une position plus facile. L’Orignal, en effet, avait perdu ses trois missions plus importantes : Montebello, Grenville et Saint-Eugene. La seule chose qu’on ait k noter pendant son administration fut la donation faiie par M. McDonagh, cure de Perth, ancien missionnaire de 1’Orignal, d’une maison avec ses dependances, k la caisse ecclbsiastique d’Ottawa.
M. Ebrard fut pendant quelques mois de Fannie 1855, vicaire k 1’Orignal.
SAINT-EUGhNE.
La premiere mention qui soit faite dans les archives du diocese, des catholiques de Saint-Eugene, remonte au 31 juillet 1849. Un M. Moi'se Barbery et dix-huit autres citoyens, ayant demande, par lettre, a Mgr. G.uigues la permission de s’adresser k M. Dbsautels, cure de Rigaud, pour l’accomplissement de leur devoir pascal, le bon dveque leur rbpondit que non seulement il le
leur permettait, mais qu’il les priait meme de remercier, de sa part, ce pretre de vouloir ainsi se charger d’eux.
A mesure que la population augmentait dans le canton d’East Hawkesbury, le besoin d’une chapelle d’abord, et puis d’un missionnaire, se fit sentir. Les catholiques de Saint-Eugene commencbrent done k solliciter 1’bveque dans ce sens. Deux genereux citoyens, MM. Mongenais de Rigaud et Saint-Denis offraient des emplacements pour l’eglise, le cimetibre et le presbytbre ; mais comme le dernier n’etait qu’un simple squatter, e’est-d-dire qu’il ne possbdait pas encore les titres de sa propribte, il priait monseigneur de s’intbresser en sa faveur aupres du gouvernement.
Mgr. Guigues fit deux visites pastorales, probablement en 1849 et en 1852, k Saint-Eugene, dans la maison du dit Saint- Denis ; ce fut meme sur le terrain que celui-ci offrait qu’on planta la croix marque du site de la future eglise. Toutefois, apres une mure reflexion, on prefbra, sans doute pour plus de suretb, accepter les offres de M. Mongenais. Ce monsieur etait alors membre du parlement. II fit don, par acte du 5 fevrier l853> de cinq arpents de terre, & la corporation bpiscopale, proprietaire de toute les bglises, dans la province du Haut-Canada. Deux jours plus tard, 7 fevrier, monseigneur addressait aux catholiques de Saint-Eugbne, un mandement dans lequel il leur annonqait que leurs veeux allaient enfin etre satisfait^. Le P. Bourassa, cure de l’Orignal, muni de ses pleins pouvoirs, allait venir les trouver pour les convoquer en assemblee, et fixer, d’abord avec eux, l’emplacement d’une chapelle, ou d’une maison qui servit, k la fois de chapelle et de presbytere ; pour tracer un cimetibre et indiquer le nombre et la date des missions qu’il serait charge de leur faire. “ Maintenant, disait le prelat, en terminant sa lettre, que vos ardents desirs sont accomplis et que ma decision definitive vous estconnue, il ne vous reste plus qu’d vous unir btroitement et k mettre sans plus de retard la main k l’ceuvre.”
En meme temps qu’il envoyait son mandement aux catholiques de Saint-Eugbne, 1’eveque de Bytown berivait au pbre Bourassa de se rendre au plus tot dans ce village ; de remercier en son nom M. Mongenais, et de bien faire comprendre k M. Saint-Denis que,
quoique un autre terrain que le sien eut dt6 choisi, il ne s’occupait pas moins activement de lui faire obtenir ses titres. “ Je laisse, ajoutait-il, h votre discretion de decider ce qu’il convient mieux de batir, une chapelle ou une maison. Tachez du moins, si c’est possible, de faire construire un edifice en pierre ou en brique.”
Le pere Bourassa opta pour une maison. On commenga clone une vaste construction (60 pieds sur 30) qui avanga assez lentement. L’etag'e superieur devait servir de presbytere et le rez-dechaussee de chapelle. Plus tard, lorsqu’une eglise fut construite, la maison toute entiere fut transformde en presbytere. Nous avons dit qu’elle avangait lentement. Dans les premiers jours de 1854, croyons-nous, une lettre collective fut envoy^e h monseig-neur par les habitants de Saint-Eug^ne. Ils demandferent un pretre resident. “ Notre batisse n’avance point. Le pere Bourassa qui dirige les travaux n’a pas fait d’apparition ici depuis trois mois. Ce n’est done point etonnant que le haut du presbytere ne soit pas encore terming. On nous oftre de le mettre en etat pour vingt louis. En attendant, nous trouvons k louer la moitie de la maison. Le cimetifere, quoique cloture, est encore un champ de jeux. Nous attendions Votre Grandeur en novembre dernier puis en janvier ; et voilh que nous sommes maintenant en fevrier. Si vous ne pouvez pas nous envoyer un pretre rdsidant, donnez-nous du moins, une mission tous les quinze jours, car avec une mission par mois, les bancs ne se vendent pas, et c’est precisement ce mois-ci qu’a lieu la vente des bancs.”
Monseigneur Guigues leur repondit qu’il allait envoyer le pere Bourassa pour informer. “Je voudrais bien, dit-il, vous envoyer un pretre, mais j’ai peur que la charge ne soit encore trop lourde pour vos epaules.”*
Enfinle 3 aodt 1855, un jeune pretre dcossais, M. Collins, fut nomiri premier cur6 de Saint-Eug&ne. Les limites de la nouvelle paroisse furent celles du canton d’East Hawkesbury. La paroisse de Saint-Eugene a 6t6 d^s l’origine ce qu’elle est aujourd’hui : florissante au spirituel aussi bien qu’au temporel.
Archives.
Quoique M. Collins n’ait 6t6 nomm6 cure de Saint-Eugene qu’en aotit 1855 et que les premiers actes des registres portent la date de ce mois, s’il faut en croire les anciens habitants, il aurait commence k faire mission dans la paroisse dbs l’automne de 1854, ce qui est bien possible, parce que de Bytown ou il 6tait professeur, il lui 6ta.it aisd, en prenant le bateau, de se rendre, une fois par mois, k Saint-Eugbne.
D’apres le tdmoignage de ces memes habitants, la chapelle aurait etd benite en decembre 1853, avant que l’etage superieur ne fut termini ; la vente des bancs de fevrier 1854, k laquelle faisait allusion la lettre pr^cit^e aurait rapporte $106.65 pour 84 bancs ; le p£re Bourassa aurait cessd ses missions au mois d’octobre 1854 et aurait dtd remplace par M. Collins k la Toussaint de la meme annde. Saint-Eug&ne comptait alors une centaine de families.
Cette paroisse augmenta rapidement. En 1857, i2juillet, Mgr. Guigues constatait qu’elle comptait dejk 330 families, dont un tiers d’irlandaises, et que les protestants vendaient leurs terres aux catholiques. Il donnait ordre 4 M. Collins de benir le cimetifere aussitot que la nouvelle cloture en planches que Ton y faisait serait terminee ; enfin il constatait egalement qu’un citoyen, M. Pierre Labrosse, faisait dans la paroisse et en dehors, une collecte pour l’achat d’une belle cloche de 800 livres.
L’^veque, voyant la prosp6rite croissante de la paroisse de Saint-Eugfene, donna ordre de commencer, aussitot que possible, une grande 6glise de cent pieds de long. Une assemble fut convoqu^e pour la nomination de sept syndics qui seraient charges de faire les repartitions d’usage et de prelever les sommes necessaires k l’entreprise.
Ce ne fut, toutefois, qu’en i860 que les fondations de l’^glise furent creusdes et que le contrat de la bdtisse fut donntL Les fondations etaient en pierre et le reste de la batsse devait etre en brique.
M. Collins eut pour vicaire, pendant quelques mois de l’annde i860, le R6v. Ondsime Boucher.