SAINT-PAUL-ERMITE DE SHEENBORO
Sur la rive gauche de l’Ottawa, au-dessus de file des Allumettes, s el4ve le fort William, ancien poste de la compagnie de la baie d’Hudson, et aujourd’hui propridte de M. McCool. A quatre milles de ce fort, au milieu d’une plaine fertile mais malheureusement trop peu dtendue, a 6t6 construit le petit village de Sheenboro, chef-lieu du canton de Sheen. Parmi les premiers habitants du lieu on compte MM. Michael Hayes, John Dewney, Andrew Keon .... C est dans la maison de ce dernier que M. Lynch avait coutume de dire la messe et d’administrer les sacrements. M. Lynch, toutefois, n’est point le premier missionnaire qui vint en cet endroit, car, bien longtemps avant lui, les missionnaire faisaient halte au fort William et distribuaient les secours de la religion aux sauvages et aux blancs qu’ils y trouvaient
rdunis. M. de Bellefeuille 6rigea lui-meme la premise croix qui fut plantde sur ces bords.
En 18S5, Mgr. Guigues, voyant que les colons catholiques commemjaient k affluer dans ce canton, acquit, au pnx de quinze louis, les droits de M. Donald MacDonald sur les lots 40 et 41 de la deuxi&me concession, et les habitants se hdt^rent de construire sur ce terrain une petite maison ou chapelle en bois, de bien modeste apparence. Cette chapelle leur valut un service plus rdo-ulier, car k partir de cette dpoque, M. Lynch, k qui Uveque venait de donner un vicaire, vint les visiter souvent lui-meme, ou leur envoya son assistant.
En 1859, la compagnie de la baie d' Hudson, voulant satisfaireaux besoins religieux de ses sauvages, fit construire fises frais une petite chapelle qu’elle munit d’une belle cloche, au bor de l’eau, dans une situation magnifique, d’ofi l’on domine le lac et
1’ile des Allumettes.
En fevrier i860, lors de sa visite, Mgr. Guigues dcrivait sur la mission de Sheen, la note suivante : “II n’y a ici que 60 families, mais comme chacune des terres est de deux cents arpents, on pourra les d^doubler et faire de cette mission une paroisse. La chapelle est miserable, et ll est urgent d en construire une nouvelle.”
Cette meme ann6e, 28 septembre i860, les habitants qui commemjaient k prosper se sentirent pris d’un beau zfele, et envoy&rent k l’dveque une petition pour avoir un pretre residant parmi eux. Ils se faisaient forts de lui assurer un traitement de 125 louis. Mgr. Guigues leur r6pondit prudemment de ne point aller trop vite. “ Vous etes encore trop nouvellement 6tablis, disait-il, ayez patience, et ne chargez pas vos dpaules de deux fardeaux k la fois. Commencez d’abord par batir une ^glise, et puis nous verrons vous envoyer un pretre.
L’dveque avait raison : la belle ardeur des habitants de Sheen n’^tait qu’un feu de paille ; ils prirent plus de dix anndes pour construire leur 6glise.
CHAPEAU OU SAINT-ALPHONSE DE LIGUORI DE L’lLE DES ALLUMETTES.
Cette paroisse, la plus ancienne de l’Ottawa supdrieur, est restde jusqu’4 nos jours la plus importante du comtd. On connait la celdbrite de l’ile des Allumettes, dont le nom est historique depuis le voyage de Champlain. Nous ne rdpdterons pas ici ce que nous avons racontd dans les livres prdcddents ; il suffit de rappeler que, depuis le fort William jusqu’4 l’ile du Calumet, la rive nord de, °ttawa et les *les ^taient peupldes de blancs et de sauvages melds, que les missionnaires de Bellefeuille, Poird, Moreau, dvangelisdrent rdgulierement chaque annee, dds 1836. Le premier pretre residant aux Allumettes fut prdcisdment M. Moreau, qui, de fait, n’y resida gudre, comme nous avons vu.
La premidre chapelle fut commencde par MM. Poupore et Belanger, en 1840. Elle etait situde au bout de l’ile, prds du rapide de Paquet, dans un site ravissant, mais malheureusement peu central.
Pendant l’dtd de 1844, M. Jeannotte vint aux Allumettes en qualitd d’assistant de M. Moreau, auquel il succdda peu aprds. II fit terminer 1 interieur de la chapelle et construire quelques chambres adossdes k l’dglise, qui lui servirent de presbytdre. Les registres paroissiaux remontent k cette dpoque, et le premier acte que nous y trouvons est le bapteme de l’enfant Franqois Madore, signe de M. Jeannotte (6 janvier 1846).
Le Rev. James Lynch fut nommd, en 1845, vicaire des Allumettes, et, au mois d’octobre 1846, il en devint le curd par le depart de son predecesseur.
Ce venerable missionnaire devait y passer sa vie dans l’exercice du saint ministdre. Il mourut, comme on sait, plein de jours et de bonnes oeuvres, le 16 mai 1886.
La premidre visite de l’eveque de Bytown aux Allumettes, hiver de 1849, nous a valu de ce grand observateur, les prdcieuses notes suivantes :
“ De la Passe aux Allumettes on compte environ 15 milles que nous fimes rapidement. Cette ile a 41,000 acres de terre, et 14 milles de long sur 4^ de large. Elle compte environ 150
families catholiques et 25 protestantes. Les ecossais et Rs mlandais forment les deux tiers de la population, du moms d’apres les calculs de M. Lynch qui, en bon irlandais, se figurent aisdment que ses compatriotes occupent sur la terre le meme rangqu ils ont dans son cceur.
“ L’^glise y est dans un pauvre 6tat, sans clocher, sans jube, point platr^e, et d’une grande saletd. II faut done la reparer. On esp^re obtenir du gouvernement une forte indemnite pour le terrain qu’il nous a pris afin de construire un village. La moitie des revenus des terres pourra aussi etre employee k cet objet.
“ Des difficult^ s’6taient dlevdes entre les trustees et M. Poupore, qui dans les commencements avait mis tout en oeuvre pour fairela chapelle et loger le missionnaire. II reclame une centaine de louis que M. le cur6 et les marguillers ne croient pas devoir lui accorder. Je l’ai fait consentir k laisser estimer le travail par trois arbitres et k en passer par ce qu’ils ddcideraient.
“ Generalement parlant, les habitants sont pauvres, parce qu’ayant n6glige leurs terres, ils sentent tout le poids des main ai ses annees. Le nombre des families, des baptemes et des mariages est k peu pres celui du Calumet.”
La mission de M. Lynch k cette epoque s’dtendait sur un vaste territoire ; il visitait tout le haut de la riviere, h plus de cinquante milles depuis Pembroke jusqu h Sheen, h I oint Alexander et k Rocklifife ; il fallait k ce pretre courageux une sante k toute epreuve pour r^sister aux fatigues d’un tel ministere.
Dans sa visite de fevrier 1850, Mgr. Guigues adressa aux fiddles des Allumettes un mandement tout rempli des plus sages et des plus paternels conseils : “J’m rougi, disait-il, en pensant k la nombreuse population de cette mission, de voir 1 etat de dt^labrement dans lequel se trouve votre chapelle. Mettez-vous done vaillamment k l’oeuvre, suivez l’exemple des courageux fideles de Pembroke, du Calumet et du Portage-du-Fort. Afin de faciliter les confessions dans les deux langues, je desire que les cur^s du Calumet et des Allumettes viennent quatre fois l’an s’offrir r^ciproquement au choix des canadiens et des irlandais. Qu’il n’y ait point parmi vous de contentions ni de rivalitds de races. N’etes-
4oi
vous pas tous catholiques ? J’apprends que plusieurs se ddcouragent et veulent abandonner leurs terres. Gardez-vous de succomber 4 cette dangereuse tentation. Vous aurez partout des peines, mais vous ne serez nulle part aussi bien qu’ici, sur la rivibre, 4 la porte des chantiers. Rien n’est desastreux comme le manque de Constance et de stability.”
Nous avons vu dans l’histoire de Pembroke que Mgr l’eveque avait ete oblige, pour prdvenir des troubles, k propos des processions des orangistes, de commander aux fideles la paix et l’obeissance aux lois. Ce mandement (8 juin 1852) s’adressait egalement aux catholiques des Allumettes, et ceux-ci se montr^rent, comme leurs freres du Haut-Canada, dociles aux recommandations de leur premier pasteur.
Le 16 mai 1853, un effroyable incendie ravagea 1’ile entifere, detruisit les bois et un grand nombre de granges et de maisons d’nabitation. La chapelle n’echappa point au desastre general. Que faire dans cette calamite ? Avoir recours aux habitans dtait impossible, puisqu’ils etaient plonges dans la misere. M. Lynch prit une grande resolution, il quitta sa demeure et s’en vint tendre la main h Montreal, k Quebec et aux Etats-Unis. Des cceurs charitables en grand nombre se laiss£rent attendrir par le bon missionnaire qui revint dans sa paroisse avec une ample rdcolte de dollars. Malheureusement, l’excellent homme manquait des talents d’un administrateur.
On profita de l’incendie pour reconstruire l’dglise dans un endroit plus central, au village de Chapeau, ou Mgr. Guigues acquit une terre de 130 arpents, achetde pour la somme de 80 louis a un M. Kennedy qui la tenait du gouvernement. Pendant les travaux de construction, le service divin fut c^lbbrb dans un pauvre petit local ou la foule des fidbles ne pouvait point tenir. Au commencement de 1857 (5 fdvrier) la nouvelle diglise des Allumettes fut bdnite et livrde au culte. C’dtait un monument d’une grande simplicity, de 80 pieds sur 40, sans compter la petite sacristie, servant de presbytfere, de 24 pieds sur 18. La construction n’en etait point trbs soignee et les sommes qu’avaient rapportees M. Lynch auraient dCi sulfire et au-delh, k payer tous les frais,
Par d^faut d’ administration, au contraire, une assez lourde dette pesa longtemps sur la paroisse. Quoiqu il en soit, cette eglise suffit telle quelle jusqu’en 1888. Void en quels termes Mgr. Guigues raconta cet 6v6nement : “ Allumettes, 5 fbvrier 1857 :
Comme le local qui depuis quatre ans sert de chapelle est extremement petit, j’ai voulu consoler ce peuple et lui donner une compensation religieuse. C’est pourquoi j’ai transform^ ma visite en une retraite que j’ai asSez prolong^e pour que 500 personnes aient pu s’approcher des sacrements. J’ai b6ni la nouvelle bglise en presence des cures du Portage-du-Fort, d’Aylmer et de Pembroke et d’un immense concours de peuple accouru de toutes parts. Le chceur des jeunes chanteurs et chanteuses de Pembroke dtaient presents. Cette nouvelle et jolie 6glise fait la joie de 1’ile qui depuis quatre ans etait plongbe dans le deuil.
“ Depuis l’incendie il avait 6t£ impossible de faire les elections ordinaires des marguilliers, et M. Lynch avait seul dirigb les travaux. Aujourd’hui que l’bglise et le presbytere sont construits, quoique non terminus, et que les grosses dbpenses sont faites, tout doit rentrer dans l’ordre. J’ai done convoque les marguilliers anciens et nouveaux, et M. Lynch leur a present^ ses comptes qui ont 6t6 approuves. Les dbpenses se sont elevbes ci quatorze cent quatre louis, et les recettes, quetes ou souscriptions, k sept cent six. Il reste done une dette de pres de 700 louis.”
Le chemin de la croix fut 6rigb 4 la meme date : 3 f^vrier
Comme on le voit, Pembroke n’btait plus mission des Allumettes. Dbs l’annbe precedente (1856) M. Gillie en avait ete nommb curA Avant cette 6poque (1855) M. Lynch avait eu un premier vicaire, son fr&re le Rbv. Michael Lynch, du 6 janvier au 9 juin, lequel partit de 1& pour Aylmer.
Ici Unit l’histoire des Allumettes pendant cette decade de 1851 k 1861. La seule note que nous trouvions encore dans les papiers de l’dveque d’Ottawa sur efitte paroisse, a rapport au recensement. En fbvrier i860 on comptait dans File 180 families cath@liques, 140 dans le canton de Chichester, et 25 dans celui de Waltham : total 245. L’^veque se proposait d’envoyer un nouveau vicaire 4 M. Lynch,
FORT COULONGE.
Quoique la fondation de la chapelle et du village de Coulonge soit posterieure k l’^poque qui nous occupe, nous pensons intdresser le lecteur en lui racontant l’histoire de l’antique fort Coulonge, d’apr&s les documents que nous devons & l’amabilitd de M. LeMoyne, curd de la Passe et de Coulonge.
Extrait resumd des “ Documents relative to the colonial History of the State of New York, by Brodhead, 1855.” Rdcit des dvenements les plus remarquables arrives au Canada, du mois de septem'bre 1694 au ddpart des vaisseaux, 1695.
“ Vers la fin de septembre, le comte de Frontenac congedia les Outaouais qui s’en retournerent avec une troupe de traitants franpais. Le convoi etait command^ par le capitaine de la Motte- Cadillac, homme de merite qui allait k Michillimakinac remplacer dans ce poste M. de Louvigny. Mais le mauvais temps, frdquent cette saison avancde, ayant empechd de continuer le voyage, la plupart durent rentrer 4 Montreal, tandis qu’une trentaine d entre eux sous les ordres du sieur de Coulonge, se mirent dans 1 idde de camper pr&s de 1’ile des Allumettes, entre la Bonnech^re et la rivhbre Creuse, pour y passer l’hiver, non seulement k l’abri de l’ennemi, mais avec l’espoir de se procurer des vivres et des pelleteries en abondance, par le moyen des sauvages algonquins, leurs amis.
“ Quant k M. de la Mothe, qui dtait ddcidd k tout sacrifier, ses intdrets, sa peine et meme sa vie, pour le service du roi, ll prit avec lui un parti des plus ddterminds, et fit tant de diligence que, malgrd les difficult^ presque insurmontables, il parvint sain et sauf k Michilimakinac.
“ La rigueur du climat n’empecha pas neuf des gens de M. de Coulonge de descendre jusqu’fi Montreal, en raquettes, sous prdtexte d’y chercher des provisions. Mais lorsqu’ils repartirent, le gouverner M. de Calibre, fit courir apr£s eux l’adjudant de Cldrin et quelques soldats qui leur enlevferent l’eau-de-vie qu’ils emportaient en contebande, pour la vendre aux sauvages, contre la defense du roi. M. de Coulonge et ses gens que l’amour du gain avait fait s’dtablir k la bouche de la riviere de ce nom, pribs des
Allumettes, eurent plus de chance qu’ils ne mdritaient, car les iroquois les ayant bloquds tout l’hiver et une partie du printemps dans leur fort, n’osdrent jamais les y attaquer ni escalader leurs palissades ; et les franqais qui avaient fait la folie de se jeter, pour ainsi dire, dans la gueule du lion, eurent, du moins, la sagesse de s’en tirer, si bien qu’au printemps ils purent continuer leur route au pays des Outaouate, k l’exception de cinq d’entre eux qui descendirent k Montreal avec les paquets de fourrures achetees pendant l’hiver. Ils arrivdrent en compagnie de 80 canots de nipissiriniens et d’autres indiens du voisinage de leur fort, et leur venue rdjouit tout Montreal.”
Depuis ce temps le fort Coulonge, occupd ou non occupd, n’a jamais cesse d’etre un lieu de troque avec les sauvages, jusqu’en ces dernidres annees, quand les progres de la civilisation ont fait compldtement disparaitre ce commerce.
La riviere qui coule k ses piede avait ete appelee par M. de Bellefeuille “ la petite riviere du fort Coulonge Elle est maintenant large, relativement, ayant etd rongee chaque annee par la ddrive des billots. A la chute de la riviere, le gouvernement a construit une glissoire pour le bois, qui a coute $62,000, et qui lui rapporte un dnorme revenu.
Mais revenons k l’histoire du fort. En 1784, la compagnie du Nord-Ouest construisit le fort proprement dit, qui passa, en 1821, 4 la nouvelle compagnie fusionnee de la baie d’Hudson. Voici la description des divers batiments dont il se composait : 1” la maison des canots, 24 pieds sur 46, demolie en 1873 ; 2Q le magasin, 31 pieds sur 27, qui est encore debout ; 30 le logement du bourgeois, avec son enorme cheminee en pierre, 21 pieds sur
26 ; 4° le logement des commis, ayant aussi une haute cheminde, 15 pieds sur 26 ; ces trois dernieres bdtisses etaient contigues, et avaient en commun une vaste cuisine ; 50 la glaciere, 16 pieds sur 16 ; 6° la maison de forge, 15 pieds sur 15 ; f l’hotellerie,
27 pieds sur 26, ddmolie en 1873 5 8° la maison des serviteurs,
ddmolie en 1873- Dans un coin du cimetidre, le Rdv. M. Lemoyne a vu les traces d’une construction triangulaire. Entre le magasin et la maison du bourgeois se trouvait le mat officiel. Toutes ces
constructions etaient faites en bois equarri et lambrissees, avec cou\ ertures en bardeaux 4 deux versants 4 pic. Les fenetres etaient etroites et les portes etaient peintes en rouges. Ce qui restait du fort fut ddtruit par le feu en 1892.
Le cimetiere, tel qu’il est aujourd’hui, est enclos et conserve, grdce 4 lagenerosite de M. Connolly, proprietaire actuel. Nombre de sauvages et de blancs y furent enterr^s. Si l’on en croit la tradition il remonterait au P£re Labroquerie qui le fit cloturer et le le benit. On n’y trouve plus que des ruines, un reste de palissade, quatre croix renversees et quelques pierres tombales, dparses aux alentours. Sic transit gloria mundi.
Les premiers colons du fort Coulonge furent presque tous des canadiens : Leon Roussel, John Romain, Joseph Lacasse, Charles Lepage, agent de la compagnie marie en 1836, Antoine et Augustin Lepage, Louis Romain, Joseph Bruyfere, Moi'se Francceur, J.-B. Lariviere, J.-B. Diell (Doyle) Etienne Lapointe, Jos. Wilson, Hubert Neveu et Glisson.
La premiere scierie du pays fut batie en 1843 Par G. Bryson,
aine.
En 1859, le village de Coulonge ne comptait encore que 1’unique chantier de Jacob Romain. C’est aujourd’hui un bourg actif et florissant.
SAINTE-ANNE DE L’lLE DU GRAND CALUMET
L’lle du Calumet est peut-etre la plus pittoresque de l’Ottawa. Longue de 16 milles et large de 6 en moyenne, elle est montagneuse en aval, unie et fertile en amont. Malheureusement, un violent incendie en a transform^ une partie (6 milles sur 3) en un brule sterile. On trouve dans Pile des mines d’argent ou travaillent encore aujourd’hui une quarantaine d’ouvriers. Un beau pont de fer unit le Calumet au village de Bryson, chef-lieu du comtd ; c’est au bas de ce village, sur Pile que M. Joseph Bourque, entrepreneur du presbyt^re du Calumet et de l’hotel-de-ville de Bryson, ^rigea 4 la memoire de Cadieux, le voyageur poete, un monument en marbre blanc, pour remplacer la vieille croix de bois plantde sur sa tombe. C’est 4 Bryson que commencent les fameux rapides
des Sept Chutes si cAlAbres dans les rAcits des voyageurs. L autre chenal de l’Ottawa sur la rive d'Ontario, est peu navigable, mais dune merveilleuse beautA ; le rapide du Rocher-Fendu et les lies nombreuses dont il est semA ravissent d’admiration des rares touristes qui s’Agarent dans ces parages reculAs.
Des anciens sauvages, maitres du pays, il ne reste plus que 16 families de mAtis. La population du Calumet est de deux cents families donnant, chose invraisemblable, meme au Canada, un chiffre total de quatorze cents Ames.
Nous n’avons point A rApAter ici ce que nous avons dit plus haut au livre deuxieme de cet ouvrage, sur l’histoire primitive de cette lie. M. 1’abbA Moreau fut le premier missionnaire rAsidant, si tant est qu’il mArite ce nom, de cette partie du pays. Il visitait le Calumet une fois par mois. La premiere chapelle en bois y fut commence en 1843, grAce A la gAnArositA d’un bourgeois de chantier, M. Brizard, sur un terrain de cinq arpents qu’il donna. Elle avait 70 pieds de long sur 35 de large A 1’extArieur, mais A 1’intArieur elle n’en comptait que cinquante, car le reste servait au missionnaire de presbytAre et de sacristie.
A M. Moreau succAda M. Jeannotte (1845) et A celui-ci M. Groulx, qui s’installa au Calumet, tandis que le RAv. James Lynch s’Atablissait dans 1’ile des Allumettes. C est avec M. Groulx que commencent les registres de la paroisse. Le premier acte qu il signa fut le bapteme d’un enfant de la Passe, DAlina Marion, 16 octobre 1846. Il s’intitulait missionnaire de Sainte-x\nne du Calumet et de Saint- Alexandre des Chenaux.
On doit A M. Groulx le lambrissage intArieur de l’Aglise, la pose des bancs et l’acquisition d’une cloche. Il avait Atabli sa demeure dans les appartements de la sacristie. Apres son dApart, (15 septembre 1847) Mgr. Bourget envoya au Calumet un autre jeune pretre, M. Saint- Aubin (7 octobre 1847) qui y demeura jusqu’au 10 septembre 1849 et desservit simultanAment la Passe, le Portage et Bristol.
Lors de la fondation du nouveau diocAse de Bytown, Mr. Saint-Aubin demanda son rappel A MontrAal, et fut remplacA par un jeune fran^ais nouvellement ordonnA, M. Joseph Bouvier (19
septembre 1849.) En novembre 1850, M. Bouvier eut un vicaire, fran9ais bgalement, M. Perret qui ne fit que passer car l’annbe suivante (avril 1851) il rentra 4 Bytown pour y mourir de consomption. M. Bouvier est un des pretre qui a le plus fait pour le diocese. Dans toutes les paroisses 011 il passa, et elles sont nombreuses, il laissa des preuves de son zble et de ses talents. Mgr. Guigues dans ses ecrits ne parle jamais de lui qu’en termes les plus flatteurs. Au Calumet, il termina l’intbrieur de l’bglise, brigea le chemin de la croix (3 fbvrier 1850) et batit un joli presbytbre, lequel, malheureusement, k peine terming, devint la proie des flammes. M. Bouvier n’eut point le temps de le reconstruire, car en septembre 1851 il fut nomme k Aylmer, et un jeune pretre, vicaire d’Aylmer depuis cinq mois et demi, M. Ouellet, vint prendre sa place 4 1’ile du Calumet.
Ce fut la premiere et unique paroisse de ce pretre vbnbrable qui mourut apres 40 ans de ministbre, 27 avril 1891.
Dans la premiere visite que fit Mgr. Guigues sur le haut de l’Ottawa, hiver 1849, il bcrivit ses observations sur chacune des missions qu’il visita. Voici celles qui regardent la paroisse du Calumet :
“Nous nous sommes rendus de 1 k au Portage-du-Fort, ou une vingtaine de voitures du Grand-Calumet nous attendaient pour former l’escorte de l’bveque. Depuis ce moment, tous les lieux que j’ai parcourus Pont btb k peu prbs avec une escorte anssi nombreuse. C’etait 1 k un tbmoignage de la foi du peuple, mais ce tbmoignage devenait plus touchant encore lorsque nous rencontrions des maisons sur notre route, et que nous voyions, 4 une distance de plus d’un mille, en sortir ceux qui les habitaient attendant k genoux la bbnbdiction de l’bveque qu’ils pouvaient k peine voir & une si grande distance. Le soir j’arrivai au Calumet. Voici les notes qui regardent cette mission. Quelles sont les missions desservies par M. le curb. 1° La Passe qui, avec le fort Coulonge, compte de 40 k 50 habitants canadiens ; 2° le Portagedu-Fort, 18 families ; Litchfield, 20 families ; Bristol, 40 4 50 families ; Onslow, de 60 k 80 families. Le nombre des catholiques du Calumet est de 140 k 150 families. Il y a environ une tentaine
de families protestantes au Calumet. A la Passe ainsi qu a Onslow il y en a trbs peu. Dans toutes les autres localites on en compte un grand nombre.
Les revenus de l’t^glise du Calumet consistent dans la \ente des bancs et dans le casuel qui rapportent environ 50 louis. Il reste 25 louis de dette. M. Brizard a donnd par ^crit, 4 arpents de terre ci l’eglise, mais l’acte n’en est pas encore passe devant notaire. J’ai dit k M. le cur£ de regler cette affaire.
“ M. Daly avait promis a M. Lynch 25 arpents de terre pour le curd dans le canton de Litchfield (Vinton), et dans un lieu peu bloignb et, des lors, trbs convenable. J’ai chargd M. Saint-Aubin de faire mesurer ce terrain et d’en envoyer le plan k M. Lynch, pour qu’il demande a M. Daly le contrat en regie.
“ La chapelle k 75 pieds de long sur 35 de large. Elle est situee dans une belle position. Les appartements du missionnaire sont pris derriere l’autel. La voute n’est point faite, mais le bois en est prdpard. Il est impossible de le faire d une maniere convenable parce qu’elle sera trop basse. Le clocher qui domine l’eglise a etb fait par M. Groulx. La population lui en garde de la reconnaissance.
“J’ai passe trois jours au Calumet. La population a montre du zele, et la plus grande partie a pris la temperance. L’lle du Calumet a environ 16 milles de long et 5 de large. Elle formera, k elle seule une paroisse par la suite, si les canadiens, selon leur usage, ne vendent pas leurs terres apres s’etre epuises k les faire. Il y a beaucoup de terres excellentes. Les meilleures sont prises, il est vrai, mais il en reste encore beaucoup de bonnes k defricher ou k prendre. Le nombre des irlandais y depasse celui des Canadiens. Il y a une seule ecole au Calumet qui est dirigde par un instituteur catholique, mais elle n’est suivie que par une trentaine d’blbves. Le pretre n’y reqoit pas -un nombre suffisant de messes. Il n’y a pas de desordre saillant au Calumet. Les protestants y vivent en bon accord avec les catholiques.”
M. Bouvier, comme nous l’avons dit, fit au Calumet, pendant le peu de temps qu’il y resta, de grands travaux d’amblioration. Aussi dans son mandement de visite du 24 f^vrier 1850, l’eveque
de Bvtown felicita-t-il les paroissiens de leur z£le pour l’^glise. La voute, le lambrissage et l’autel dtaient achevds ; un beau chemin de croix avait etd achet£ et erige, le tout, dans l’espace de quelques mois. Mais la sacristie qui avait jusqu’alors servi de presbyt^re, ne convenait plus k cet usage, et il dtait temps de construire une maison de 36 pieds sur 25. “ Vous avez bdti une
ecole, ajoutait le prelat, c’est bien, mais il faut un maitre. Enfin vous devez nommer 6galement des marguilliers qui se chargeront de faire rentrer le support du cure car, pour lui, il ne peut absolument point s’en occuper. Ses nombreuses missions et sa dignite personnelle l’en empechent.”
Nous savons que, dociles 4 la voix de leur ^veque, les fiddles du Calumet se haterent de construire un presbytere, lequel brula presque aussitot.
M. Ouellet successeur de M. Bouvier fut le vrai type du missionnaire de cette epoque. D’une taille et d’une force plus qu’ordinaires, familier avec tout le monde, simple et naif comme un enfant, aucune fatigue n’dtait capable de refroidir son zele ou d’alt6rer sa bonne humeur. Il avait un gout si prononc6 pour les ornements et la pompe du culte que l’eveque dut maintes fois moderer son extreme ardeur. Ce pretre passa son existence dans des exercices corporels vraiment incroyables. Non content d’aller chaque hiver, visiter les chantiers k plus de 60 milles dans les montagnes, il montait, au printemps, sur les cages et les radeaux qui s’arretaient devant son lie ; et pendant toute l’annde, il desservait k cheval ou en canot, un grand nombre de missions. C’est ainsi que chaque mois il disait la messe k la Passe, k 16 milles et au Portage-du-Fort, k 11 milles. Quant aux missions de Bristol et de Thorne, il les visitait tous les deux et trois mois. Lorsque, apres trois ans de desserte, le Portage-du-Fort lui fut enleve, il se hdta de creer la mission nouvelle de Francktown ou Vinton, en face de son lie, dans le canton de Litchfield, k 6 milles du Calumet, qu’il conserva pendant 26 ann^es.
Lorsque, en 1858, un cur6 r^sidant fut envoyde k la Passe, M. Ouellet fonda, k 15 milles dans la montagne, la mission de Leslie qu’il desservit 16 ans. Il y alia d’abord quatre fois par
ann6e, puis quand des chemins furent ouverts, il visita cette mission r^gulikrement tous les mois. On lui doit les chapelles de Bristol, de Vinton, de Leslie, comme nous verrons, et la nouvelle ^glise du Calumet.
Son premier soin, en arrivant, fut de batif, en bois, un presbytere k la place de celui qui venait de disparaitre (i853 i854)- Cette maison 6tait situ6e sur le penchant de la colline, non loin de l’dglise, dans une position qui dominait la riviere et offrait aux regards l'admirable paysage des Laurentides qui ferment, non loin de lk, l’horizon. Mais elle avait l’inconvenient, comme la chapelle d’ailleurs, d’etre d’un difficile accks. C’est pourquoi Mgr. ddcida que lorsque l’on construirait une nouvelle dglise, il faudrait la placer au pied de la cote sur le bord du chemin public, k quelques pas de la rivikre. Il fut fait comme l’^veque le desirait, et l’eglise fut bktie dans le bas, mais le presbytkre r&emment construit est plac6, comme l’ancien, sur le penchant du coteau.
Cette construction de la nouvelle ^glise prit plus de dix ans. Dks le 20 ffivrier 1856, l’^veque de Bytown donnait ordre de faire des Economies pour la commencer le plus tot possible. Il avait k cela deux raisons : l’dtat de d^labrement de l’ancienne et la crainte d’un schisme de la part d’un certain nombre d’habitants qui, mfficontents du site actuel, construisirent une petite chapelle k cinq milles plus loin, mais qui n’obtinrent jamais qu’un pretre y mit les pieds. Enfin, en 1858, les travaux commencerent et marcherent avec une mortelle lenteur.
En i860, l’dveque d’Ottawa 6crivait sur la paroisse du Calumet l’observation suivante : “ La nouvelle dglise que Ton construit a 92 pieds sur 45 avec une sacristie de 42 sur 24. Il faudra faire souscrire les paroissiens et queter sur les cages ; la plus riche moitffi des habitants est irlandaise.”