SAINT-JACQUES DU PORTAGE-DU-FORT
Cette paroisse a suivi la fortune des Allumettes et du Calumet, et fut visitee par les memes missionnaires : MM. Moreau, Jeannotte, Groulx et Saint-Aubin. Voici ce qu’en disait Mgr. Guigues, dans sa visite pastorale de 1849 :
“ A une heure, j’dtais en route pour me rendre au Portage, chez M. Samuel McDonnell. M. McDonnell a depuis longtemps commencd sur sa terre une chapelle qui est ddji bien avanede, mais dont le travail a dtd discontinud, parce que le missionnaire ne la considdrait pas comme placde dans un endroit favorable. II est certain que s’il dtait question de l’dlever en ce moment, je ne donnerais point l’ordre de la batir en ce lieu, car elle est loin de toute habitation, et k plus d’un mille du Portage-du-Fort, 011 elle devrait naturellement etre placde. Mais comme en ce moment ici,
les gens du Portage ne sont point en dtat d en dlever un autre, et que, d’autre part, celle-ci reclame peu de travaux pour etre terminde, que d’ailleurs 8 arpents y sont attaches par M. McDonnell, j’ai cru ndcessaire d’engager k la terminer, et l’ai ddsig'nde comme le lieu ou le pretre peut donner la mission, sans vouloir cependant prejuger sur l’avenir. Car lorsque les habitants du Portage pourront en faire une, il sera prdfdrable de l’y placer. De 20 k 25 families frdquentent cette locality.” Cette premiere chapelle fut drigde sous le patronage de sainte Melanie. Nous supposons mem? que c’est la mission qui fut drigde en 1840, par Mgr. Bourget, sous le nom de Saint-Alexandre de Clarendon.
En 1850, M. Bouvier, cure du Calumet, entreprit de batir une belle dglise en pierre, dans le village qui commenqait & prendre de l’importance. II y reussit, non pas sans peine, et le 6 octobre 1851, l’eveque de Bytown fit la benediction solennelle du monument, sous la double invocation de saint Jacques et sainte Rosalie. M. Bouvier n’assistait pas k la cdrdmonie, car depuis un mois il etait parti pour Aylmer, laissant sa succession M. Ouellet. Il ne tarda point, du reste, k revenir. Appele successivement k Aylmer (1851) puis k Renfrew (1852) il fut nommd (mars 1854) premier cure du Portage-du-Fort.* Dds son arrivde, les travaux recommencerent. Il avait obtenu de son ami, M. Atkinson (13 fdvrier 1851) un don de deux lots de village, rue Church, sur lesquels l’eglise avait ete dlevde. Il y construisit egalement un presbytere en pierre. Mais comme le terrain devenait insuffisant, il acheta en 1854, de G. Usborne, les trois lots voisins Nos. 94, 95, 96, au prix de cent quatre-vingt piastres, dontl’interet fut paye jusqu’en 1882, epoque ofi le capital fut remboursd par souscription publique.
L’eglise, le presbytdre et les servitudes furent compldtement termindes en 1857, et la paroisse du Portage-du-Fort devint une des plus agrdables du diocese et une des plus commodes desservir. C’dtait ce qu’on appelle une place de tout repos et une retraite pour un pretre agd. Le cimetiere fut benit au mois de mai de cette merne annde-
* L’annde precedente (mai 1853) le Pdre O'Boyle avait dtd nommd au Portage mais, aprds avoir visitd la mission, il n’avait pas voulu y rester,
L’intervention des voyageurs dans la construction de l’dglise merite une mention spdciale. Ces jeunes gens turbulents qui s’arretaient chaque annee au Portage, pour la drave de leurs radeaux, y causaient bien des ddsordres et donnaient de l’inquidtude au cure, mais ils le consolaient grandement par la vivacitd de leur foi et par leur gendrositd. Mgr. Guigues dans un mandement de \ isite, 15 fdvrier 1856, s’exprime en substance comme suit : “ Nous venons d’approuver les comptes. Les depenses de l'dglise, du presbytdre et du cimetiere se sont dlevdes jusqu’i ce jour k seize cents louis, et pourtant il ne reste qu’une dette de 290 louis. Le reste a etd paye par les paroissiens et par les jeunes gens des chantiers qui, k eux seuls, ont donnd cinq cents louis. C’est vraiment admirable, et nous voulons que leur conduite soit consignee dans notre acte de visite, ad fterpetnam rei memoriam. ”
L’dveque ne se contenta pas de ce tdmoignage public de reconnaissance, il decida que le jubd de l’dglise serait attribud k perpetuitd et exclusivement aux voyageurs.
En octobre 1861, M. Bouvier fut nommd curd de l’Orignal k la place de M. O’Malley, qui vint lui succdder au Portage.