SAINT-MICHEL DE DOUGLAS; SUR LA RIVIÈRE BONNECHÈRE CANTON DE BROMLEY
Cette paroisse connue autrefois sous le nom de Third Chute, est fort ancienne. Vers 1854, le Père McNulty y bâtit une chapelle en bois, sur un lot de 200 arpents qu’il avait acquis du gouvernement. Mais la situation en était déplorable et la terre de peu de valeur, aussi Mgr. Guigues jugea-t-il nécessaire de changer la place de l’église.
En 1851 ou 1852, il faisait cette réflexion : ‘* Douglas, 60 familles catholiques et 25 protestantes. Ces gens désirent avoir un prêtre et promettent 80 louis pour son support. Ils ont une chapelle, mais point de presbytère. La réception qui m'a étéifaite - n’était guère chaleureuse. Je n’ai point donné la confirmation.”
L'année suivante, un prêtre résidant, M. Strain, leur fut effectivement donné. L'influence de sa présence se fit immédiatement sentir. “‘ L'accueil que l’on m'a fait, écrivait, en 1853, l’évêque de Bytown, contraste étrangement avec celui des années précédentes. La chapelle est on ne peut plus mal située ; mais où la placer? Les habitants sont propriétaires de leurs terres. Dans quelque temps Douglas et Osceola seront capables de former une bonne paroisse.”
M. Strain construisit à ses frais, dans le village même de Douglas, un petit presbytère, sur un arpent de terre qu'il avait acheté. C'était trop peu ; ses maigres ressources l’empêchèrent sans doute de faire davantage. Il était réservé à M. Byrne d’asseoir la mission sur de plus larges bases.
En 1855, Mgr. Guigues voulut mettre ordre aux affaires, et prit des mesures pour que les dépenses de M. Strain lui fussent remboursées. Désormais sa maison appartint à l’église et servit plus tard de pied-à-terre à tous les missionnaires qui la desservirent. Il eut désiré que l’on construisît immédiatement une nouvelle église dans le village, et il donna même la permission de vendre la terre que l’on possédait, pour en employer le prix à cet objet. La chose, toutefois, n’eut pas de suites.
Lorsque M. Strain, en 1859, quitta le diocèse, Douglas perdit, en même temps, la gloire d’être la résidence du prêtre, car M. Byrne, son successeur, s'établit à Eganville,
Ce serait une erreur, cependant, de croire que Douglas fut négligé par M. Byrne. Ce prêtre zélé, entrant dans les idées de son évêque, se hâta, au contraire, d'acquérir dans le village un terrain de 10 arpents sur lequel il entreprit de construire la nou velle église. Mgr. Guigues, dans la visite de l'hiver 1861, exhorta fort les fidèles à seconder leur pasteur, les autorisa à disposer de la terre de la mission en faveur de la nouvelle construction, et partit enchanté de leurs excellentes dispositions.
SAINT-JACQUES D'EGANVILLE.
Le florissant village d’'Eganville doit sa naissance, moins au grand bourgeois de chantiers John Egan, dont il porte le nom, qu'à son commis, Patrick Hickey, qui gérait, dans ces parages, les grands intérêts de la maison. (C’est ce dernier, en effet, qui construisit, sur les rives de la Bonnechère, les moulins et les scieries d'Eganville.
Vers 1844, M. MceNulty fit bâtir la première chapelle en troncs d'arbres. On en découvre encore aujourd'hui les restes dans les murailles d’une maison abandonnée, à droite du chemin de Brudenell, à deux milles environ d'Eganville
En 1852, M. Strain successeur de M. McNulty, quittant la résidence de Mount Saint-Patrick, s'établit à Douglas, d'où il continua d’administrer les missions d'Osceola, d'Eganville, de Sébastopol, de Brudenell et tout le pays environnant.
À peine installé, il obtint de M. Egan la concession d’un terrain de huit arpents près du village, sur une éminence surplombant la rive sud de la rivière. (C’est là qu'il se hâta de construire une nouvelle chapelle bien supérieure à l'ancienne, comme en témoigne la note suivante de Mgr. Guigues :
‘8 juin 1852. Eganville à 20 milles de Mount Saint-Patrick. La ferme, les moulins et les magasins de M. Egan ont donné de l'importance à cette mission. Une chapelle a été commencée par M. Strain qui a eu la bonne idée d'abandonner celle de M. McNulty, placée dans une localité mal choisie. Cette chapelle aura 65 pieds sur 40 ; la charpente est levée, les châssis et portes sont faits. Pas de dettes, (C'est beaucoup de travail pour une
année dans une localité nouvelle. M. Strain voulait réserver 15 pieds pour un presbytère. Je m’y oppose pour deux raisons : parce qu'en ce cas la chapelle serait carrée, et parce qu'il n’y a rien de cher comme tous ces provisoires. Le terrain est très favorable, près du village qui va toujours se rapprochant. Cette église pourra être fréquentée : 1° par les 20 familles canadiennes du Perrault’s Settlement ; 2° par autant d'irlandaises de Douglas ; 3° par celles du lac Clair, en même nombre ; 4° par 40 familles du village et des environs, soit un total d’une centaine de familles. Ce lieu semble bien choisi pour la résidence d’un prêtre, en qualité de place centrale et d'avenir. Osceola et Douglas, non loin de là, n’offrent pas les mêmes chances. J'ai donné à l’ancien commis d'Egan, Hickey, un billet pour qu’il puisse quêter dans les chantiers, en faveur de la chapelle et d’un presbytère.”
La nouvelle chapelle d'Eg'anville fut bénite le 22 janvier 1854. Voici l’acte de bénédiction : ‘Le 22 janvier 1854, l’église catholique romaine d'Eganville, canton de Grattan, comté de Renfrew, Haut-Canada, a été ouverte au culte et hénite par Mgr. Joseph Eugène, évêque de Bytown, sous l’invocation de saint Jacques le Mineur, en présence du clergé soussigné et du peuple. Le terrain de la dite église a été donné par l’hon. John Egan, M.P.P., et les dépenses de construction se sont élevées à environ £220, inclus le terrain évalué à 430. Il reste maintenant une dette de pas audelà de £50. En foi de quoi sont signé : Joseph Eugène, évêque de Bytown, James Strain, Francis McDonough, Bernard McFeely, Bouvier, Patrick Cassidy.”
Contre le désir exprime plus haut par l’évêque, une partie du fonds de l’église avait été aménagée en presbytère. D'ailleurs, quoique bénite, cette église était loin d’être terminée, comme on verra.
Quelques temps après, Mgr. Guigues détacha le Perrault’s Settlement, composé de canadiens, de la mission d’Eganvile, pour le donner à M. Byrne de Renfrew, qui parlait français. Cette séparation porta un coup sensible aux catholiques d’Eganville, qui s’en plaignirent dans la lettre suivante: ‘‘30 avril 1856. Depuis que Votre Grandeur nous a enlevé les gens du Perrault’s Settle-
ment, nous ne sommes plus capables de suffre aux frais de M. Strain et de l’église. Les gens du lac Clair sont trop nouvellement établis pour pouvoir nous aider. D'ailleurs, tous les canadiens du Settlement, moins deux, parlent anglais. Au reste, voici l’arrangement que propose M. Strain. Il s’engagera avec votre permission, à faire venir M. Byrne à Eganville, trois ou quatre fois l’an. Les gens du Perrault’s Settlement,* qui ne sont pas loin, pourront venir l'entendre, ainsi que nous ; et nous lui payerons ka somme que vous déterminerez.”” Monseigneur leur répondit : ‘‘ Les canadiens du Perrault’s Settiement m'ont demandé, il y a deux ans, d’avoir M. Byrne, sous prétexte qu'ils ne savaient point l'anglais. Je ne puis croire qu'ils m’aient trompé. Quoiqu'il en soit, j'irai probablement vous voir l'hiver prochain, au sujet de l’'Opéongo Road, et il peut se faire que je vous donne un curé résidant. Mais pour cela vous devrez faire quelques sacrifices.”
Nous ignorons si l’évêque alla à Eganville dans l'hiver de 1857, comme il le désirait. Il y vint du moins en février 1858, et il constata avec chagrin que l’église était dans état misérable. Aucun travail n’y avait été fait depuis sa bénédiction et le vent y entrait partout.
L'année suivante (1859) M. Strain partit pour les Etats-Unis” et M. Byrne, curé de Renfrew, fut nommé à sa place. Il s'installa non à Douglas mais à Eganville dont il devint le premier curé résidant. Le premier acte signé par lui date du 10 octobre 1859. Ce digne prêtre se hâta d'entreprendre les travaux intérieurs de l’église et du presbytère qui furent terminés l’année suivante, et qui coûtèrent 350 louis. Une cloche fut achetée et bénite dans l'hiver de 1860. Au mois de mai 1861, le chemin de la croix fut érigé à Eganville. Enfin, à la même époque, Mgr. Guigues écrivait cette remarque, par laquelle nous terminons : ‘L'église d'Eganville a 60 pieds sur 35, mais le presbytère malheureusement
* NoTA.—La colonie ou settlement de Perrault, à 8 milles sud-est d'Eganville, appartient encore aujourd'hui à cette paroisse ; on y allait jadis dire la messe de temps en temps, dans une maison privée.
En revanche, la mission du lac Clair, aujourd'hui Sébastopol, a beaucoup prospérée. Elle est attachée À Brudenell, en attendant de devenir paroisse elle-même. Nous en parlerons, ainsi que de Brudenell, en étudiant la période
de 1861 à 1871.
en prend 20. Cela ne peut durer longtemps, et l’on doit songer à construire un presbytère séparé. M. Byrne a déjà acquis un terrain ; je l’ai aidé de $35.”