LES MISSIONS SAUVAGES.——TÉMISCAMINGUE ET BAIE D'HUDSON
Avant de commencer l’histoire du comté de Ponti:c, province de Québec, il convient de résumer en quelques mots celle des missions sauvages de la baie d'Hudson et du Témiscamingue.
Nous n'avons, en effet, que quelques mots à dire, la fondation des résidences du Témiscamgue et de Mattawa étant postérieures à l’époque qui nous occupe.
Nous avions laissé dans le deuxième livre de cet ouvrage, le père Laverlochère chargé en 1848 avec le père Clément, de la visite annuelle des sauvages du Nord. Le vaillant missionnaire continua ses lointains et difficiles voyages accompagné successivement des PP. Garin, Arnaud et Pallier, jusqu’en 1851. Il eut bien voulu fonder un poste permanent sur la baie d'Hudson, mais la compagnie qui porte ce nom, propriétaire souveraine alors de ce territoire, s’y opposa constamment, dans la crainte qu’il ne nuisît à la mission anglicane établie par elle en 1840 à Moose Factory. C'est ainsi que beaucoup de sauvages sur la baie James sont devenus protestants.
Toutefois, pour être juste, il faut ajouter que non seulement l2 compagnie ne s’opposa point aux visites annuelles des missionnaires catholiques, mais que ses agents les accueillirent toujours dans leurs forts avec de grands égards, et qu'ils les défrayèrent
même plus d’une fois de leurs dépenses de voyages qui étaient considérables. *
L'année 1851 vit la fin des missions du père Laverlochère. Cet homme intrépide, épuisé avant l’âge par ses fatigues, eut une attaque de paralysie au Grand-Portage et fut ramené demi-mort, par le père Pallier, son compagnon (mai 1851); ce qui ne l’empêcha pas d’ailleurs de prolonger pendant bien des années une vie de souffrances et ee prières.f Il mourut en 1884, sur le bord de ce lac Témiscamingue, témoin de ces triomphes, au milieu de ces sauvages qu'il avait tant aimés. On lui doit la fcndation de la florissante chrétienté d’Albany (1848-1861).
Le Père Laverlochère eut de digne successeurs. Chaque été, deux oblats vinrent visiter les sauvages des rives de l’Ottawa, des lacs du Nord, et de la baie d'Hudson, ranimant leur foi, administrant les sacrements, et convertissant tout ce qui restait d’infidèles. Voici la liste de ces intrépides missionnaires :
En 1852, Pères Garin et Pallier.
En 1853, Pères Garin et Clément.
En 1854, Pères Garin et Reboul.
En 1855, Pères Garin et Déléage.
En 1856, Père Garin.
En 1857, Père Garin.
En 1858, Pères Déléage et Clément.
En 1859, Pères Déléage et Pian.
En 1860, Pères Déléage et Pian.
En 1861, Pères Pian et Lebut.
Un incident important marque la visite du Père Déléage au Témiscamingue, en 1859. Il était accompagné, cette fois, du
* Voici l'itinéraire de la mission annuelle des sauvages : Fort William, Mattawan, Témiscamingue, Abbitibi, Moose Factory et Albany, ces deux derniers postes sur la baie d'Huuson. Les sauvages, prévenus d'avance de la date du passage des missionnaires, venaient les attendre à ces divers forts.
+ J. Nicolas Laverlochère, oblat français, ordonné à Montréal le 7 mai 1844 ; missionnaire des sauvages ; mort le 1er octobre 1884 à la mission Sainte-Claude de Témiscamingue.
jeune Père Pian, récemment arrivé de France. Les sauvages, réunis au fort pour les recevoir, lui remirent $8o qu’ils avaient réservées du produit de leur chasse, et le chargèrent d’une pétition auprès de l’évêque d'Ottawa, à l'effet d'obtenir une mission permanente en ce lieu. Cette demande officielle fut prise en considération, et quatre ans plus tard (11 mai 1863) le Père Pian fut chargé de la fondation, dont nous ferons l’histoire en son temps.
Terminons ce chapitre par la comparaison des recensements de 1851 et de 1861.
: Irlandais Total x Population Canadiens. catholiques. catholiques. F'rotestants. totale. 1851.... 804 2,703 3507 5,908 9415 1861... 1,139 7:430 8,569 11,756 20,325
Comme on le voit les proportions de la population sont restées les mêmes. Elles continueront à ne point changer.
EESREE ES