LES COMPAGNIES DE TRAITE ET LES VOYAGEURS CANADIENS
NAtRe OMME on le sait, le commerce des fourrures, fut,
ÿ pendant tout le dix-septième et le dix-huitième 20 Es ; SAC
SNS Lier nique ressource du Canada: On resta
at même longtemps sans cultiver la terre, tant on con-
{ sidérait l’agriculture comme de peu d'importance.
M) Tandis que le gouvernement français et le clergé nour-
rissaient, en fondant la colonie, la pensée de convertir
æ les sauvages au christianisme et de créer en Amérique une France
. nouvelle, les diverses compagnies qui se succédèrent dans l’admi-
nistration du pays, n’eurent, toutes, que la traite pour objet.
L'Angieterie, de son côté, ne voyait pas, sans jalousie, la vente des pelleteries, monopolisée par la France, N'ayant pu prendre pied sur les rives du Saint-Laurent, elle jeta ses regards plus au nord, sur les solitudes de la baie d'Hudson. *
Dès l’année 1670, le roi d'Angleterre concèda à une compagnie, dite de la baie d'Hudson, la propriété du territoire compris dans le bassin de cette mer, avec le privilège exclusif d’y faire la traite. Il ne se doutait guère de l'importance de cette concession qu'il fit à titre gracieux, et qui embrassait des régions plus grandes qu’un royaume.
On sait que la question de la souveraineté de la baie d’ Hudson fut cause de longues disputes et de sanglantes démêlés entre les Anglais et les Français, parmi lesquels s’illustra d’Iberville. Toutefois le gouvernement français finit par reconnaître les droits
* Ce qui suit est un résumé du livre d'Arthur Buies, l'Outaouais supérieur.
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de l'Angleterre, et ne revendiqua plus pour lui, à partir de 1726, que le bassin du Saint-Laurent.
Pendant que la compagnie de la baie d'Hudson s'enrichissait d'année en année, les Français ne demeuraient point inactifs. Leurs coureurs des bois, gagnant de proche en proche, arrivaient sur les rives du Mississipi, et, à travers les prairies du Nord- Ouest, jusqu’au pied des Montagnes-Rocheuses ; faisaient alliance avec les sauvages, et rapportaient, chaque printemps, à Montréal ou aux Trois-Rivières d'énormes quantités de pelleteries.
Les guerres de la conquête, et peu après, celles de l’indépendance américaine, absorbèrent l’attentio= des Français et les détournèrent du commerce, qui fut ruiné. D'ailleurs, les sauvages voyaient avec méfiance la domination des Anglais qu'ils avaient accoutamé de consid“rer comme des ennemis et les alliés des Iroquois.
Toutefois, dans l’année 1783-84, il se forma à Montréal une nouvelle compagnie de traite, composée, presque exclusivement, de négociants écossais, qui prit le nom de compagnie du Nord- Ouest et qui commença immédiatement de grandes et fructueuses opérations.
Elle ne tarda pas à devenir une rivale redoutable pour la compagnie de la baie d'Hudson. Les employés des deux compagnies eurent des rencontres dans les solitudes de l’ouest et se livrèrent des batailles où le sang coula abondamment.
Enfin, de guerre lasse, on en vint à un arrangement. En 1821 les deux compagnies se fondirent en une seule qui conserva le nom de Compagnie de la baie d'Hudson. Cette dernière subsiste encore aujourd’hui, mais non plus comme puissance territoriale, car, à l’époque de la Confédération canadienne, ses droits sur le Nord-Ouest ont été rachetés. (1870).
La Compagnie du Nord-Ouest employait cinquante commis, soixante et onze interprêtes, onze cent-vingt navigateurs et trentecinq guides. Ces hommes prenaient leur engagement, à Montréal, pour cinq mois ; du premier mai à la fin de septembre. Le salaire d’un guide était de huit cents à mille livres, et un habit. Celui
d'un patrons de barque, de quatre à six cents livres. (Celui des rameurs, de deux cent cinquante à trois cent cinquante livres. Les guides interprètes recevaient jusqu'à trois mille livres. Ils étaient tous nourris, aux frais de la Compagnie, et avaient le droit de faire la traite à leur propre compte, ce qui leur permettait de doubler leurs gages.
A ces employés il convient d'ajouter sept ou huit cents sauvages, hommes, femmes et enfants, attachés au service des hommes et de la Compagnie, qui les nourrissait.
A la fonte des neiges la flotte de traite se réunissait à Lachine, port de départ de l'expédition. Le chargement de chaque canot était : dix hommes, avec leur bagage, soixante cinq balles de marchandise de quatre-ving-dix livres, chacune ; six cents livres de biscuits, deux cents livres de sel et trois boisseaux de fèves.
Avant d'entrer dans le lac des Deux-Montagnes, commencement de la navigation, on s’arrêtait dévotement à la chapelle de Sainte-Anne du Bout de l'Ile, patronne des voyageurs, on lui demandait sa protection dans le voyage, et on chantait un cantique en son honneur.
La route était longue et pénible ; partout des portages sur Ottawa, la Mattawan et le lac Nipissing. Une fois descendus aux Grands Lacs on longeait prudemment les côtes, et l’on arrivait enfin, après trois mois de navigation, au Grand Portage, à l'extrémité ouest du lac Supérieur, terminus du voyage, et entrepôt de toutes les régions de l’ouest.
On trouvait là des troupes de voyageurs et de sauvages venus avec des paquets de fourrures, et qui s’en retournaient chargés de marchandises et de vivres qu'ils devaient distribuer dans tous les forts du pays. Il n’était pas rare de rencontrer, à la fois, mille à douze cents hommes au Grand Portage. (On buvait beaucoup, on se battait mainte fois, mais jamais on ne manquait à la discipline et à l’obéissance envers les bourgeois de la Compagnie.
Les compagnies se sont rendues coupables, paraît-il, d’un crime odieux envers leurs hommes. Au lieu de réprimer leurs
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excès et d'exercer une exacte police, elles favorisaient plutôt, de sang-froid, la débauche et l'orgie. Les liqueurs fortes, dont elles avaient le monopole, coulaient à flots, sans que les voyageurs eussent d'argent à débourser. Seulement on tenait un compte exact de leurs dettes, et lorsqu'ils arrivaient à Montréal, au lieu de toucher leur salaire, ils apprenaïent avec stupeur qu'ils étaient redevables à la Compagnie. Ainsi on ne se contentait pas de la traite des fourrures, on faisait encore la traite des hommes, en réduisant À une espèce d’esclavage, d’honnêtes et dévoués serviteurs.
Le but des Compagnies était, non-seulement d'augmenter leurs bénéfices, mais aussi de s'assurer les longs services des vieux voyageurs dont l’expérience et l’habileté étaient nécessaires pour la formation des novices.
La compagnie du Nord Ouest possédait, sur l’Ottawa, plusieurs postes : les forts Mondion, du Portage, Coulonge et William, et probablement Mattawan, où se réunissaient, chaque été, les sauvages de la vallée.
Aujourd’hui, la compagnie de la baie d'Hudson, possède, dans notre province ecclésiastique le grand poste central de Mattawan et une douzaine de postes inférieurs, dépendants de celui de Temiscamingue, sans compter les forts d’Abbitibi, de Moose, d’York, d’Albany, etc., sur la baie d'Hudson.
Les sauvages y apportent leurs pelleteries, et y reçoivent en échange les produits européens dont ils ont besoin pour toute l’année.
Ces forts se composent, d'ordinaire, d’un magasin construit en épaisse maçonnerie et entouré d’une haute palissade de quinze pieds, dans lequel, en cas d’alerte, les commis pouvaient se réfugier, et de quelques maisons d’habitation. Autour de ces constructions s'étend, généralement, un vaste jardin, bien cultivé, qui procure aux habitants du poste quelques légumes et quelques fruits. -
La plupart des voyageurs de la compagnie du Nord-Ouest étaient des Canadiens. On les estimait supérieurs à tous les autres peuples pour leurs qualités de force, d'endurance, de sou-
plesse, pour leur obéissance et leur perpétuelle bonne humeur, enfin pour leur facilité à s'adapter aux mœurs des sauvages auprès desquels ils étaient toujours bienvenus.
Plusieurs de ces Canadiens-Français, ainsi que les Ecossais de la Compagnie de la baie d'Hudson, épousèrent des sauvagesses et donnèrent naissance à ces fameux Métis du Nord-Ouest, si connus dans notre histoire contemporaine. Ils habitaient les bords de la Rivière-Rouge ; et, c’est pour eux, qu’en 1818, l'abbé Provencher alla fonder, avec ses compagnons, cette mission dont il devint, deux ans après, le premier évêque, et qui fut l’origine de notre province actuelle du Manitoba. Tous ces détails nous sont fournis par le journal de Sir Alexandre Mackenzie, illustre voyageur et l’un des chefs de la compagnie du Nord-Ouest.
Nous allons les compléter par des extraits d’un article du Scottish Magasine de 1841, traduit par M. H. J. Tessier :
‘“ Les ‘‘ voyageurs ” canadiens sont peut-être les hommes les plus intrépides, les plus infatigables, et, en même temps les plus joyeux que l’on puisse rencontrer. Leur tâche est de conduire les grands canots d’écorce de la puissante compagnie qui fait le comè merce de fourrures au Nord-Ouest, qu’ils remontent chargés de
couvertures de laine, d'eau-de-vie, de poudre etc., etc., et qu'ils ramènent pleins de ballots de fourrures du poids de 9o livres, pour qu’un homme puisse les transporter dans les portages.
On fait portage aux rapides et aux chutes, ou pour passer d’une rivière à l’autre, ou pour éviter les longs détours. Alors on décharge le canot ; les uns portent les avirons, les armes, les vivres, d’autres les ballots de marchandises, d’autres enfin portent le canot lui-même sur leurs épaules, la quille en l’air. Arrivés à l'eau tranquille, on remet le canot à l’eau, on le charge, et on reprend les avirons. La chasse et la pêche fournissent au voyageur sa nourriture ; si l’une et l’autre lui manquent à la fois il entame sa réserve de viande séchée qu’on appelle du pemmican. Les délices du voyageur sont le thé, et, de temps en temps, un coup de rhum. C’est le soir qu’on prépare le thé, lorsque le temps vient de camper. Les uns dressent la tente, les autres
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recueillent le bois sec, et font du feu, d’autres, enfin, rapportent le gibier qu’ils ont tué ou le poisson qu'ils ont pris, et le font griller à la flamme ardente. Le thé chante dans la théière ; c’est le temps du gros rire et des bons mots. On charme la longueur du chemin par des chansons dont le rythme cadencé donne aux coups de rame la mesure.
Après ses longs et pénibles voyages, le Canadien vient se reposer au village, et raconter longuement ses exploits. Cette vie vagabonde, qui gâterait tout autre homme, n’a pour ainsi dire, aucun effet sur lui. Il reste ce qu’il était, bon sujet et bon chrétien, ou, tout au moins, il se convertit aussitôt qu'il s’est marié et établi.
Le canot d’écorce du sauvage est admirablement adapté à la navigation sur des cours d’eau remplis de rapides et souvent peu profonds. Il cale à peine quelques pouces. Ce sont de minces bandes d’écorce de bouleau étendues sur une charpente en bois lègère et flexible, gommées sur toutes les coutures, de façon à le rendre imperméable. Le fond est rond et sans cale, (C’est un tour de force de s’y tenir en équilibre et de l'empêcher de rouler. On s’y tient à genoux et l’on frappe l’eau, non pas à la surface comme avec des rames, mais en plongeant du haut en bas, comme avec des pagaies. Le timonier et le guide, aux deux extrémités du canot, conduisent à l’aviron qui remplace le gouvernail.
Rien n’est merveilleux comme de voir avec quelle habileté ils évitent les obstacles qu’ils rencontrent à chaque instant, les troncs flottants, les rochers, les remous etc., etc. Mais il faut les voir dans les rapides filant comme l'éclair, au milieu de l’écume des récifs. Alors règne un lugubre silence, les rameurs s'arrêtent ; l’homme de l’avant veille à tout ; le timonier a les yeux attachés sur celui-ci pour obéir au moindre signal et donner le coup d’aviron qui doit faire tourner à point. Le danger passé, un cri perçant, à la manière des sauvages, s'élève et fait bondir le cœur des voyageurs. Alors ie meilleur chanteur de la bande entonne sa chanson :