‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 144 sur 275 · SAINT-JACQUES DU PORTAGE-DU-FORT · texte numérisé non relu

SAINT-JACQUES DU PORTAGE-DU-FORT

Cette paroisse a suivi la fortune des Allumettes et du Calumet, et fut visitée par les mêmes missionnaires : MM. Moreau, Jeannotte, Groulx et Saint-Aubin. Voici ce qu’en disait Mgr. Guigues, dans sa visite pastorale de 1849 :

‘“ À une heure, j'étais en route pour me rendre au Portage, chez M. Samuel McDonnell. M. McDonnell a depuis longtemps commencé sur sa terre une chapelle qui est déjà bien avancée, mais dont le travail a été discontinué, parce que le missionnaire ne la considérait pas comme placée dans un endroit favorable. Il est certain que s’il était question de l’élever en ce moment, je ne donnerais point l’ordre de la bâtir en ce lieu, car elle est loin de toute habitation, et à plus d’un mille du Portage-du-Fort, où elle devrait naturellement être placée. Mais comme en ce moment ici,

les gens du Portage ne sont point en état d’en élever un autre, et que, d’autre part, celle-ci réclame peu de travaux pour être terminée, que d’ailleurs 8 arpents y sont attachés par M. McDonnell, j'ai cru nécessaire d'engager à la terminer, et l’ai désignée comme le lieu où le prêtre peut donner la mission, sans vouloir cependant préjuger sur l’avenir. Car lorsque les habitants du Portage pourront en faire une, il sera préférable de l’y placer. De 20 à 25 familles fréquentent cette localité.” Cette première chapelle fut érigée sous le patronage de sainte Mélanie. Nous supposons mêm?2 que c’est la mission qui fut érigée en 1840, par Mgr. Bourget, sous le nom de Saint-Alexandre de Clarendon.

En 1850, M. Bouvier, curé du Calumet, entreprit de bâtir une belle église en pierre, dans le village qui commençait à prendre de l'importance. Il y réussit, non pas sans peine, et le 6 octobre 1851, l’évêque de Bytown fit la bénédiction solennelle du monument, sous la double invocation de saint Jacques et sainte Rosalie. M. Bouvier n’assistait pas à la cérémonie, car depuis un mois il était parti pour Aylmer, laissant sa succession à M. Ouellet. Il ne tarda point, du reste, à revenir. Appelé successivement à Aylmer (1851) puis à Renfrew (1852) il fut nommé (mars 1854) premier curé du Portage-du-Fort.* Dès son arrivée, les travaux recommencèrent. Il avait obtenu de son ami, M. Atkinson (13 février 1851) un don de deux lots de village, rue Church, sur lesquels l'église avait été élevée. Il y construisit également un presbytère en pierre. Mais comme le terrain devenait insuffisant, il acheta en 1854, de G. Usborne, les trois lots voisins Nos. 94, 95, 06, au prix de cent quatre-vingt piastres, dont l'intérêt fut payé jusqu’en 1882, époque où le capital fut remboursé par souscription publique.

L'église, le presbytère et les servitudes furent complètement terminées en 1857, et la paroisse du Portage-du-Fort devint une des plus agréables du diocèse et une des plus commodes à desservir. C'était ce qu’on appelle une place de tout repos et une retraite pour un prêtre âgé. Le cimetière fut bénit au mois de mai de cette même année

* L'année précédente (mai 1853) le Père O'Boyle avait été nomm:! au Portage mais, après avoir visité la mission, il n'avait pas voulu y rester,

L'intervention des voyageurs dans la construction de l’église mérite une mention spéciale. Ces jeunes gens turbulents qui s’arrêtaient chaque année au Portage, pour la drave de leurs radeaux, y causaient bien des désordres et donnaient de l’inquiétude au curé, mais ils le consolaient grandement par la vivacité de leur foi et par leur générosité. Mgr. Guigues dans un mandement de visite, 15 février 1856, s'exprime en substance comme suit : ‘“ Nous venons d'approuver les comptes. Les dépenses de l'église, du presbytère et du cimetière se sont élevées jusqu’à ce jour à seize cents louis, et pourtant il ne reste qu’une dette de 290 louis. Le reste a été payé par les paroissiens et par les jeunes gens des chantiers qui, à eux seuls, ont donné cinq cents louis. C’est vraiment admirable, et nous voulons que leur conduite soit consignée dans notre acte de visite, ad perpeltuam rei memoriam.”

L'évêque ne se contenta pas de ce témoignage public de reconnaissance, il décida que le jubé de l’église serait attribué à perpétuité et exclusivement aux voyageurs.

En octobre 1861, M. Bouvier fut nommé curé de l’Orignal à la place de M. O’Malley, qui vint lui succéder au Portage.

Page 1