SAINT-ETIENNE DE CHELSEA
Comme nous l'avons dit, la première église de Chelsea fut bénite en 1840, par Mgr. Bourget, évêque de Montréal. Pendant cinq ans, cette mission fut administrée, d’Aylmer, par M. Désautels jusqu’à ce que, enfin, M. Hughes y fut nommé premier curé résidant.
C'est M. Hughes qui ouvrit les registres paroissiaux. Son premier acte, le baptême d'Anne Blake, porte la date du :ï4 décembre 1845.
Lorsque M. Désautels quitta le nouveau diocèse de Bytown, M. Hughes, qui souffrait de la faim à Chelsea, fut transféré à Aylmer, sans perdre toutefois Chelsea, qu'il conserva comme simple mission. Mgr. Guigues nous a laissé des notes précieuses sur sa première visite à Chelsea, à la fin de 1848 :
‘# Chelsea, dit-il, n’est éloigné de Bytowr que de 8 milles Les chemins pour s’y rendre sont bons en été, mais il n’en est pas
de même pendant l'automne et le printemps. Je n’y ai demeuré qu'un jour, pour donner la confirmation ; mais le Rév. Père
Molloy m'y avait précédé, et avait prêché une retraite de deux jours. Cette congrégation est toute irlandaïses, car l’on n’y compte que quelques familles canadiennes. M. Hughes dessert non seulement le canton de Hull, mais encore ceux de Wakefeld, de Low
et d’Aylwin. Voici le nombre de familles catholiques que renferment ces divers cantons: dans Chelsea on en compte 130 ; dans
Wakeñfield, 70 ; dans Low et Aylwin, 60, Le nombre des protestants s'élève dans Chelsea à 80 ; dans Wakeñfeld à 40 ; dans Low et Aylwin à 10. Celui qui a pénétré le premier dans Chelsea est un bon et excellent catholique du nom de Corrigan, c’est lui que Mgr. de Montréal appelait le curé de Chelsea, titre qu’il méritait à plusieurs égards par son zèle à promouvoir les intérêts de la religion. M. Brady a été le premier missionnaire de cette localité et y a bâti la première chapelle.
‘“ L'église est en bois. Elle n’est point grande, mais elle est suffisante pour la population actuelle. L’'extérieur est assez coquet, et son clocher, qui s'élève dans cette solitude, toute bordée de montagnes, offre un joli coup d'œil. M. Hughes se propose de prochainement, quelques travaux, pour terminer l'intérieur de l’église. J'ai promis de lui donner, pendant une semaine, deux ouvriers menuisiers : ils seront à sa disposition quand il les réclamera. Trois arpents de terre, seulement, ont été donnés à l’église par M. Brigham. Le contrat a été passé définitivement. Le presbytère est encore la propriété de ce monsieur. Il avait, d’abord, été élevé pour un ministre, mais quelques difficultés s'étant élevées, il fut mis à la disposition du prêtre catholique. Quoique on puisse compter sur les dispositions libérales de M. Brigham, la position du prêtre est néanmoins désagréable, puisque elle est précaire.
‘ D'autres difficultés viennent s'ajouter à celle-ci. Le pays est pauvre, et malgré la bonne volonté des habitants à laquelle on aime à rendre justice, ils n’ont pu donner cette année que dix-sept louis. Ceux de Wakefield ont fourni seulement huit louis. Cette année, il est vrai, est une année exceptionnelle, mais il faut avouer que si les habitants de Chelsea sont excusables, on ne peut en dire autant de ceux de Wakeñfeld, qui ont été, sur ce point, d’une négligence intolérable. Heureusement la mission d’Aylmer et les moulins de MM. Wright et Gilmour, qui lui ont fourni en tout 50 louis, ont aidé au soutien du missionnaire.
‘ L'église de Chelsea se trouve à huit milles de Bytown, à huit milles d'Aylmer, à trois milles de la Gatineau, et à quinze milles de la Pêche,
‘ La distance de l’église de Wakefield, que M. Hughes dessert, qui est de 24 milles, rend d’une grande difficulté le service de cette mission. Les mauvais chemins l’augmentent encore, car ils sont impraticables une partie de l’année. J'ajoute qu’une partie de la paroisse de M. Hughes se trouve à l’est de la rivière Gatineau, et qu’il y a, dans certaines saisons, un vrai dangvr à traverser cette rivière. Toutes ces considérations imposent à l’évêque l’obligation de pourvoir à la desserte de ces missions par d’autres moyens: Un prêtre résidant à Aylmer pourrait aisémezt administrer Chelsea ; en même temps, un autre prêtre, résidant à la Pêche, desservirait la partie de Wakefield à l’ouest de la rivière, ainsi que les cantons de Low et d'Aylwin qui comptent encore peu de catholiques. Un troisième missionnaire pourra aussi, je j'espère, être établi pro-chainement sur la rivière Blanche avec la charge de la partie est des cantons de Wakefield et de Hull. Les dettes que l’église a contractées pourront être payées cette année, quoique les revenus soient peu considérables, puisque celui des bancs n’est que de dix louis, et que les quêtes et coilectes du dimanche ne montent qu’à deux ou trois schellings.
‘“ Si cette mission était capable de fournir à l'entretien d’un prêtre, elle offrirait de grandes consolations au missionnaire, car la population, en général, est exceïlente. Il n’y a aucun scandale ; une ou deux personnes seulement ont rompu leur tempérance. Tous, à part 4 ou 5 personnes, ont rempli leur devoir pascal, Les confréries du scapulaire, l’archiconfrérie de la tempérance qui compte à peu près tous les habitants de Chelsea, sont établis sur un bon pied. Le peuple est docile et attaché à sa religion. Malheureusement, il est extrêmement pauvre. Toutes les terres sont à peu près prises, mais on en compte bien peu qui soient bonnes. Le commerce des chantiers, qui est tombé entièrement, a achevé d'appauvrir cette population et l’a empêché d'augmenter, du moins dans la partie qui offrirait le plus de ressources : Wakefield, Low et Aylwin. On a compté une soixantaine de baptêmes l’année dernière, une douzaine de mariages, dix enterrements, dont cinq d'enfants en bas âges.
‘ J'ai donné la confirmation à 8o enfants. Mgr. Bourget a déjà fait une visite à Chelsea.”
La chapelle de Chelsea n’était point finie à l’intérieur. En 1854, M. Hughes la fit plâtrer et mettre en bon état. Elle était en bois, longue de 73 pieds, large de 50, et bien pauvre en ornements. Lorsque le 2 décembre 1855, il quitta Aylmer pour revenir à Chelsea, ce missionnaire ne voulut pas demeurer dans la maison de M. Brigham, mais il se fit construire un presbytère dans lequel il s'installa l’année suivante. C'était une maison de très modeste apparence, mais enfin suffisante et convenable pour l’époque. Le cimetière fut béni par l’évêque le 17 juin 1857.
Les revenus de Chelsea avaient pris de l'accroissement. Ils s’élevaient, en 1857, à 160 louis. Mgr. Guigues avait la plus grande confiance dans M. Hughes, si rous en croyons certaines notes que nous avons retrouvées ; et lorsque le 3 mars 1857, ce saint prêtre mourut à l’âge de 39 ans, il le regretta profondément En ce temps-là, la paix de la paroisse était troublée et un vif sentiment d’animosité existait entre catholiques et protestants. Le successeur de M. Hughes à Chelsea fut M. McGoey, qui venait de Farrelton (avril 1859). L'année suivante (9 octobre 1860) la paroisse acheta de M. Brigham le magnifique lot n° 13 qui se trouve sur la côte derrière l’église, et qui renfermait 200 arpents de beaux bois. On commit plus tard la folie d’en aliéner la moitié pour acheter un petit orgue. Il n’y avait à cette époque aucune dette, et l’excellent esprit des habitants se maintenait.