LES LOYALISTES
8 E serait une erreur de croire que tous les colons américains, à l’époque de la guerre de l’indépen
dance, fussent hostiles à l'Angleterre et partisans du nouveau régime. Un grand nombre, au contraire, prit parti pour la mère-patrie et combattit vaillamment à côté des soldats britanniques. On les appela les loyalistes. A l’issue de la guerre, beaucoup, faisant de nécessité vertu, se rallièrent à la république et demeurèrent dans le pays ; mais beaucoup, persécutés à cause de leurs convictions, ou poussant jusqu’au bout la fidélité à l'Angleterre, passèrent au Canada, pour y vivre à l’ombre du drapeau de leurs aïeux.
Pendant l’année 1783, et les années suivantes, vingt mille loyalistes, environ, s’établirent donc dans les provinces maritimes, c'est-à-dire en Nouvelle-Ecosse, au Nouveau-Brunswick, et dans l’île du Prince-Edouard.
D’autres remontèrent l’Hudson et le lac Champlain et vinrent coloniser cette partie de la province de Québec, limitrophe aux
Etats-Unis, qu’on appelle les cantons de l’esf.
D'autres résolurent de s'établir dans l'Ontario.
Un officier anglais, le capitaine Grass, qui avait été jadis prisonnier des Français et interné au fort Frontenac (Kingston), avait remarqué la fertilité du pays. Vingt ans plus tard il s’en souvint, et il pensa à y conduire des émigrés. Une expédition de
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6 loyalistes suivit donc, sous sa direction, la route du lac Champlain
et de la rivière Richelieu jusqu’à la ville de Sorel, sur les bords du $ Saint-Laurent. On passa l'hiver dans cette ville, puis, au printemps, de bonne heure, on remonta le grand fleuve. Les émigrés s’arrêtèrent en un lieu appelé Indian Point, non loin de Kingston,
et ils y prirent des terres, 1784. Tel fut le premier établissement dans l'Ontario.
Un peu plus tard, d’autres loyalistes de l'Etat de New-York, prirent une route plus à l’ouest, et vinrent, par Oswego et le Niagara, s'établir à Toronto et à Niagara.
Le gouvernement anglais se conduisit noblement envers ces sujets fidèles. I1 leur concéda gratuitement des lots de terre, à leur choix ; il fit plus, il leur distribua, pendant plusieurs années, des rations militaires, et, même, il leur paya des indemnités pécuniaires pour les pertes qu'ils avaient subies à son service, Ces indemnités s’élevèrent à la somme énorme de quinze millions de piastres. Encouragés par cet accueil les émigrés affluèrent, et, en peu d’années, on en compta plus de dix mille.
À peine en possession de leurs terres, ces nouveaux venus dout le patriotisme s'était aigri dans l’adversité, demandèrent à être séparés de la province française de Québec. Le gouverneur général, Guy Carleton, mieux connu sous le nom de lord Dorchester, fit voter, en 1791, la loi qui créait la province du Haut- Canada. Le colonel Simcoe en fut le premier lieutenant gouverneur, 1792. À lui échut la tâche glorieuse mais difficile d'organiser le nouveau pays. On sait avec quel succès il s’acquitta de sa mission,
L'année même de son entrée en charge, il lançait une proclamation aux loyalistes américains, offrant des terres gratuites à quiconque en ferait la demande. Douze mille répondirent à son appel en peu de mois ; beaucoup d’autres suivirent ensuite l’exemple des premiers ; si bien qu’en 1796, terme de l’administration de Simcoe, le Haut-Canada comptait déjà une population de trente mille âmes.
En 1795, Kingston était un joli petit village, très commerçant, ’une centaine de maisons, sans compter les casernes de l’armée.
À la même époque, Niagara comptait soixante-dix familles. Telles sont les origines de la grande province d’Ontario.*
Pendant s du lac Ontario s’ouvraient ainsi à la
colonisation, les deux rives de l'Ottawa continuaient à rester désertes, connues seulement des trappeurs et des voyageurs, qui NORFOUSE qui n'avait en vue que le commerce des fourrures,
s’efforçait de faire le silence sur la fertilité de notre vallée, où la chasse abondaït encore.
La civilisation finit, néanmoins, par l'emporter. Les comtés actuels de Soulanges et de Vaudreuil, se défrichaient. Les seigneurs Lemoyne de Longueuii et Allain Chartier de Lotbinière habitaient sur leurs terres. On les avait arpentées de bonne heure comme le document suivant en fait foi.
‘L'an 1789, le neuvième jour de mars, nous soussigné, député arpenteur juré, résidant à Montréal, certifions qu’à la requête de l'Honorable Joseph Dominique Emmanuel Lemoyne de Longueuil, seigneur de Soulanges, Nouyelle-Longueuil, Pointe à l’'Orignal et autres lieux, et de M. Michel-Eustache-Gaspard- Allain Chartier de Lotbinière, seigneur de Lotbinière, Vaudreuil et autres lieux....avons tiré des lignes de démarcation....entre ces seigneuries. Signé Gagner, notaire, expert arpenteur.Ÿ
A lépoque de la division des deux provinces, les lignes de démarcation entre le Haut et le Bas Canada furent mal tracées. De là surgirent des difficultés sans nombre entre les seigneurs de Soulanges et de Vaudreuil, et les nouveaux colons de Prescott et de Glengarry qui envahissaient sans cesse les terres du Bas- Canada.
Le 24 mai 1796, le chevalier de Longueuil vendait, pour la somme de mille guinées, à Nathaniel Hazard Tredwell, sa seigneurie de. l’Orignal, englobée désormais dans le Haut-Canada. L'année suivante, 19 janvier 1797, M. de Lotbinière entrait en discussion, fort amicale, d’ailleurs, avec M. William Fortune, de la
*From a short history of the Canadian people, by George Bryce.
+Documents de famille mis gracieusement à notre dispesition par M. Léry Macdonald, de Montréal.
Pointe-Fortune, au sujet des limites de leurs propriétés respectives. ;
Sur la rive nord de l’Ottawa, la seigneurie des Deux-Montagnes était ouverte depuis longtemps à la colonisation. Celle d'Argenteuil commerçait également à se peupler.
* En 1788, le canton de Grenville fut arpenté sur le front du
fleuve, et une réserve d’un mille carré y fut faite, à la tête des rapides, pour la construction d’un village.
Comme nous l'avons dit ailleurs, en 1793, le géomètre Peachy tira les lignes depuis Carillon jusqu’à Repentigny. Nul doute que la proclamation du général Alured Clarke,
1792, n'ait attiré quelques colons dans les cantons d'Argenteuil, de Chatham et de Grenville.
Le premier habitant de LaChute, canton d'Argenteuil, fut un Américain du Vermont, qui portait le nom de Clarke. Il s'établit avec sa femme et ses cinq enfants au milieu de la forêt vierge, 1796, et il y demeura seul pendant deux ans. Vers 1798, cinq ou six familles américaines, vinrent partager sa solitude. Un M. Lane acheta des terres sur lesquelles il établit bon nombre de colons ; lesquels prospérèrent si rapidement qu’en 18o1, une maison d'école y fut ouverte et reçut près de quarante enfants.
La même année 1801, le Rév. Thaddeus Osgoode, de Boston fit son apparition dans ces parages, et fonda une école-du dimanche pour l’éducation religieuse de la jeunesse.
En 1803, la population s'élevait à trente familles, comprenant à peu près cent quarante personnes. En 1804, on bâtit un moulin. En 1807, la colonie était si prospère qu’elle avait fait un chemin jusqu’au bourg de Saint-Eustache, et que les gens s’y rendaient en voiture. En 1810, un premier colon écossais, le colonel Barron, s'établit à LaChute.
A partir de cette époque, le bois dont on se servait pour faire la potasse, ayant commencé à faire défaut, les Américains s’éloignèrent graduellement, et furent remplacés par des Ecossais qui s’emparèrent de tout le canton. Le canton de Chatham fut ouvert en 1799. William Fortune, déjà établi de l’autre côté de la
rivière, à la pointe qui porte son nom, obtint, cette année-là, dans ce canton, ainsi que P. L. Panet, une concession de deux mille deux cents acres de terres. Ils distribuèrent, dès lors, un grand nombre de lots entre des colons écossais.
La même année, le capitaine Robertson reçut, du gouvernement, deux mille acres de terres, sur les deux rives de la Lièvre, dans le canton de Buckingham.
D’autres colons, les Ward, Dunning, Elias Hawley, reçurent également des concessions sur la même rivière.
Tous ces colons étaient militaires. Fortune, Robertson, etc, étaient d'anciens officiers réformés. L’émigration proprement dite, n’avait point encore commencé ; mais le gouvernement ombrageux d'alors, cherchait à couper la route à l'extension de la race française, qui poussait toujours vers l’ouest.
En 1804, l'honorable Joseph Papineau acheta, du Séminaire de Québec, la seigneurie de la Petite-Nation. Il s’y établit en 1810, après avoir quitté la vie politique, et commença à y attirer des colons de sa race. Il était jusque-là le seul Français et
le seul catholique ; car les Irlandais n’apparurent sur notre rivière . q PP
qu’en 1812 à l’ouverture des chantiers. Les Irlandais s’établirent tout d’abord au fort Coulonge, où les Canadiens ne tardèrent point à les suivre.
Mais il est temps de parler du plus illustre des pionniers de la vallée de l’Ottawa.
Un riche Anglais, établi depuis plusieurs années dans je Massachussets, Philémon Wright, conçut le projet de fonder une
colonie dans notre vallée. Une route conduisait alors de Mont-
SON ERS SERIE DOI LEEN GET COFPSIR GE ETTRRUEE réal au Long-Saut. Là, commençait la forêt vierge, sans autre chemin que la rivière, et sans autres moyens de transport que les canots.
Après plusieurs explorations successives qui lui firent con naître le pays, Philémon fixa son choix, et obtint du gouvernement le 22 mars 18o1, une patente d'octroi de terres, comprenant le quart d'un canton, à prendre à la tête de la navigation ; à quatrevingts milles de tout lieu habité.
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C'étaient nos Chaudières que l’on désignait ainsi. Philémon Wright mesura donc une longue bande de terre sur les bords de l'Ottawa, depuis le lac d’Aylmer jusqu’à la bouche de la Gatineau, et lui donna, en souvenir de sa lointaine patrie, le nom de Hull qu’elle porte encore aujourd’hui. TS.
Doué d’une indomptable énergie, il se mit incontinent à l'œuvre. Il avait sous ses ordres une trentaine d'ouvriers, venus comme lui de ‘‘l’Amérique ” selon le terme populaire. Les défrichements commencèrent, malgré l'opposition de quelques indiens des environs qui s’alarmaient à juste titre de l’arrivée des blancs.
Philémon Wright eut facilement raison des objections des sauvages ; il en fut quitte, dit la légende, en se laissant proclamer roi. ‘Toutes les squaws l’embrassèrent ; on enterra solennellement la hache des combats. Pendaut une semaine on fit festin ; et les sauvages, épuisant tous les raffinements de leur science culinaire, forcèrent leurs hôtes à manger avec eux des rôtis de chiens et de rats musqués, des fritures de civettes et de serpents.”
Les travaux continuèrent en paix. L'année suivante, 1801,
M. Wright délimita le canton de Hull et concéda quelques lots de
- terre. Bientôt, des moulins, des scieries, des tanneries, des forges
s’élevèrent, on ouvrit des routes, on construisit des ponts.
Soixante-quinze ouvriers travaillaient sous les ordres de cet homme extraordinaire.
En 1806, il lança dans la rivière son premier radeau de bois de charpente. En 1808, un incendie dévora tous les établissements élevés avec tant de peine, et M. Wright se trouva presque ruiné. Mais il ne perdit point courage et reprit ses opérations en sousœuvre avec une indomptable énergie.
En 1812, il employait deux cents hommes. L'année suivante, ses affaires prirent une grande extension et sa fortune s’affermit définitivement. Tous ces détails ont été fournis par Philémon Wright lui-même, dans un rapport à la Chambre du Bas-Canada, 1820. En 1820, le canton de Hull comptait mille soixante habitants, presque tous Américains.
C£ grand homme mourut en 1839, eutouré de l’estime et du respect de ses concitoyens. Son œuvre périt, du moins en partie,
avec lui, car sile canton de Hull lui doit sa fondation, il n'en est point ainsi de la ville. Les Américains qu'il avait amenés; disparurent presque tous, les uns après les autres, et la ville de Hull, de création toute récente, est une cité presque exclusivement canadienne-française.
On dit que Philémon Wright, contemplant, de sa demeure, les hauts escarpements de la ‘‘ Place des Rideaux, ” qui se développaient en face de lui, en comprit, dès lors, l’importance stratégique et politique, et prédit qu’elle deviendrait un jour la capitale du Canada. La preuve que Wright a ainsi parlé se trouve à la page 192 du tome II de Six Months in America, par Godfrey T. Vigne, édition de Londres, 1832.
Sa grande gloire, toutefois, est d’avoir été l’initiateur du commerce de bois, et l’inventeur de ce qu’on appelle les chantiers. Pendant le dix-huitième siècle, le commerce des bois n'’exista, pour ainsi dire, point. Les premiers colons, ne cherchant qu’à défricher la terre, dévastèrent et brûlèrent, sans profit, les forêts de la vallée du Saint-Laurent. Le bois qu’on exportait, en petite quantité, descendait des montagnes du Maine, par la rivière Richelieu.
Au commencement du dix-neuvième siècle, l’état des affaires changea. Les Anglais, empêchés par le blocus continental de se procurer les bois de la Norwège et de la mer Baltique, tournèrent les yeux vers le Canada, et en firent des demandes, tous les jours, plus considérables.
Philémon Wright comprit alors l'avenir de ce nouveau commerce et son importance pour le Canada.
Sans se laisser décourager par les esprits chagrins qui lui objectaient que jamais il ne pourrait surmonter l'obstacle des rapides du Long-Saut, il commença l'exploitation des immenses forêts de pins dont il disposait. En 1806, le premier train de bois sortait de la Gatineau, franchissait heureusement les rapides, et arrivait à bon port à Québec. L'épreuve fut décisive. En 1823, plus de trois cents cargaisons furent conduites ainsi dans le port de Québec, qui devint le plus grand marché de bois de l'univers.
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Mais n'anticipons pas sur un sujet qui mérite une étude spéciale. *
Le commerce du bois et l'exploitation des chantiers donna le branle à la colonisation. Sur toutes les rivières, des scieries s'établirent. Les bûcherons affluèrent par milliers ; d’abord, des Irlandais, ensuite des Canadiens. A côté des exploitations forestières, les bourgeois établissaient des fermes considérables, où l’on emmagasinait les vivres et les fourrages. Quand le chantier disparaissait, la ferme demeurait et devenait le noyau d’un village.
Cependant le comté d'Argenteuil, comme il était naturel, se colonisait le premier, dans cette partie du pays. En décembre 1806, le docteur Fraser et le colonel Patterson, avec quelques associés, reçurent des patentes des terres au canton de Chatham, et établirent bon nombre de fermiers.
En 1802, M. Bowel Minor et ses associés obtinrent des terres publiques dans le canton d’'Onslow. La même année, les compagnie de traite cédèrent à l'honorable juge Richardson et à John Forsyth, l’ancien fort de la Pointe-Mondion. Pour être juste nous dirons que l’objet de ces acquisitions devait être plutôt la traite que la calonisation. Nous voyons, en effet, qu’en 1820, le canton d'Onslow ne comptait encore qu’un habitant, et que trente et un, seulement, en 1831.
Les premiers arpentages, dans le canton de Templeton, datent de 1805. Les plus anciennes concessions de terres y furent faites, en 1807, en faveur d’Alexander MacMillan et de quelques autres.
Dans le canton d’Eardley se furent Sandford Luckin et ses associés qui s’établirent les premiers, 1806. La famille MacLean vint bientôt après. Tout le ‘‘ front ” de la rivière Ottawa se trouva vite concédé, sinon défriché. En 1830, on y comptait cent cinquante habitants, et soixante, dans Templeton. Beaucoup de ces premiers habitants venaient du canton de Hull et des établissements de Philémon Wright.
En 1830, le canton de Chatham, poussé dans la voie du progrès par des hommes comme le colonel Robertson, William Mac-
*Philémon Wright ou Colonisation et Commerce de bois, par Joseph Tassé,.
Dougal, le docteur Fraser, Lucklan, MacLean, John Robertson, Daniel Sutherland, etc., comptait soixante-treize habitants, parmi lesquels, quelques catholiques, à peine.
La bande sud-est du canton de Grenville fut arpentée en 1807. M. McMillan et ses associés obtinrént, en 1808, une concession de douze cent trente acres, dans cette région. En 1821, l'arpentage fut continué jusqu’au septième rang, et le plan du village fut tracé. En 1830, le village comptait huit maisons. C'était trop peu pour la masse des soldats et des ouvriers qui travaillaient au canal. Aussi logeaient-ils sous la tente. La population totale du canton étoit de dix-huit cent soixante-quinze habitants.
Les premières concessions du canton de Lochaber datent de f8wy. Elles furent faites en faveur d'Archibald McMillan et d’autres, tous des émigrants écossais. On y comptait, en 1830, cent quarante habitants.
La seigneurie de la Petite-Nation commença à recevoir des colons, en 1810. Elle comptait, en 1830, cent quarante familles, dont quatre-vingts catholiques. C'était le grand centre de la catholicité. Le canton de Hull renfermait, en 1830, mille soix- .ante-six habitants.
Nous trouvons, en 1824, dans le canton de Buckingham, un grand propriétaire, M. Bigelow, à la tête d'entreprises importantes. La population du canton s'élevait, en 1830, à deux cent soixantesix habitants.
Si-nous jetons les yeux sur la carte dans la direction de l’ouest, nous voyons quatre autres cantons qui font aujourd’hui partie du comté de Pontiac: Bristol, Clarendon, Litchfield et Mansfield, De ces cantons, trois étaient inhabités, en 1830, et le quatrième, Bristol, comptait, en tout, trente-trois habitants.
Voici, d’ailleurs, le recensement de 1827, pour le comté d'Ottawa, uni alors avec celui de Pontiac : deux mille quatre cent quatre-vingt-huit habitants, trois églises, dont une seule catholique.
Le recensement de 1831, plus explicite, nous donne le nombre des catholiques et des protestants.
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Après avoir étudié la rive nord de l’Ottawa, il est temps de reporter notre attention sur l’autre rive, qui appartient à la province d’'Ontario, appelée alors Haut-Canada.
Si nous ouvrons les archives du Canada, vol. de 1892, texte français, pp. 299 et 319, nous trouvons les chiffres suivants, fort instructifs, des concessions faites par le gnuvernement dans les deux années de 1801 et de 1802.
1801 1802 CoMTÉSs.
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SIONS AcRES SIONS ACRES
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C'était, comme on voit, peu de chose; surtout pour les comtés de Prescott et de Russell, qui, seuls nous intéressent, comme faisant partie de notre province ecclésiastique. Cent cinquante concessions de terre en deux ans.
En 1824, 17 novembre, la seigneurie de l’Orignal était vendue pir Nathaniel Hazard Tredwell, et passait aux mains de Charles Platt Tredwell, son pareït.
Pour quiconque a l’habitude de la statistique rien de plus suggestif que les chiffres que nous venons de donner.
Le gouvernement anglais poursuivait un double but: créer une aristocratie foncière et établir une digue infranchissable à l’expension française. S'il a été déçu dans le résultat final, qui dépend rarement des hommes, il est certain qu’à l’époque que
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nous étudions, il dut croire à son complet succès. Partout de très gros fiefs sont constitués, sur les rives fertiles du fleuve, en faveur d'officiers loyaux à la couronne anglaise. Les colons euxmêmes sont Ecossais. Presque point de catholiques, encore moins de Canadiens-français. (Ceux qu’on y trouve, sont des bûcherons ou des voyageurs. Qu’on s'étonne maintenant de voir les grosses fortunes aux mains des Anglais, et qu’on attribue leurs richesses à une supériorité personnelle. La seule chose étonnante, et vraiement providentielle, c’est de voir le triomphe des catholiques et la décadence irrémédiable de l'élément protestant dans cette partie du Canada.