NORRIS LÉ GA
nouvelle église que l’on bâtissait. Il pouvait tout, en ce moment ; les marguillers, suivant sa propre expression, lui laissaient toute liberté de faire ou de défaire. Il fit donc venir, de Montréal, le Père Martin, jésuite et architecte fameux, moins encore pour l'aider à prêcher le jubilé que pour lui faire faire des nouveaux plans modifiant les plans primitits. Les murs de l’église n'étaient toujours qu’à vingt pieds, tout ayant été suspendu depuis le départ du Père Cannon. On résolut de raser le rond-point du fond et de prolonger l’église, sans rond-point ni abside, jusqu’à lui donner une longueur de 139 pieds. L'idée d’adosser le presbytère à l’église fut dès lors abandonnée.
Les changements importants qu’on méditait ne plurent point à tout le monde ; il y eut des récriminations ; mais le bon sens public et le prestige de M. Phelan l’emportèrent. Le comité de construction, dans sa réunion du 2 mai 1843, vota la résolution: suivante : ‘‘ Cette assemblée ne peut se séparer sans exprimer ses remerciements sincères au Très Rév. Père Phelan, vicaire général, pour son zèle et ses efforts infatigabies à nous retirer de l’état déplorable de dégradation tant spirituelle que temporelle dans lequel nous étions tombés dans ces derniers ‘temps, jusqu’au moment où, par l'intervention de la Providence, il a été placé à notre tête pour nous guider en pilote sûr dans la voie du paradis. (signé) Thos. Donnelly, secrétaire.”
A la date du 16 juin 1843, le Rév. Angus MacDonell, ancien missionnaire de Bytown et alors curé de Sandwich, transféra, par acte notarié, à M. Phelan, tous les droits qu'il avait, comme membre de la corporation catholique de Bytown, sur les terrains de l’église. Ainsi mis en état d'agir, M. Phelan emprunta, le 3 juillet suivant, en son nom et au nom de ses collègues, la somme de $2,000 de MM. Jobin et Dunn, marchands de Montréal. Ce fut donc en septembre 1843 que, grâce à cet emprunt, on put recommencer les travaux de l’église. Le rond-point fut rasé, et, avant la fin de la saison les murs nouveaux étaient élevés à la hauteur des anciens, c’est-à-dire à vingt pieds. Mais les ressources pécuniaires étaient complètement épuisées.
Par acte du 24 septembre de la même année, Mgr. Phelan, alors évêque, avait érigé à Bytown l’archiconfrérie du Très-Saint
et Immaculé Cœur de Marie, en union avec l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, de Paris.
Nous venons de dire qu’il était alors évêque. En effet, sous la date du 20 février 1843, le pape Grégoire XVI avait signé la bulle le nommant évêque de Carrha, #n partibus, et coadjuteur de Kingston. Il avait été sacré sous ce titre, le 20 août 1843, dans l’église paroissiale de Montréal, par Mgr. Bourget.
Né en Irlande, le rer février 1795, Mgr. Phelan fut le premier prêtre ordonné à Montréal par Mgr. Lartigue, 24 septembre 1825. L’anné suivante, il devint membre du séminaire de Saint-Sulpice et fut nommé chapelain des irlandais de Montréal. Il ne tarda pas à devenir très puissant auprès de ses compatriotes, tant à cause de sa force herculéenne, que de son éloquence populaire et de la bonté ds son cœur. Il joua un rôle important dans les événements politiques de cette époque troublée.
M. Phelan, n’accepta qu'avec répugnance la coadjutorerie que la maladie de Mgr. Gaulin rendait nécessaire. Il eut en effet beaucoup à souffrir, durant sa longue administration, de l’état déplorable de santé de son vénéré collègue ; et lorsque après treize années de soucis et d’inquiétudes, il succéda effectivement à Mgr. Gaulin, 8 mai 1857, il était épuisé de fatigues et ne tarda pas plus qu’un mois à le suivre dans la*tombe, 6 juin 1857.
Toutefois, autant par délicatesse envers Mgr. Gaulin qui pour sa chère paroisse de Bytown, Mgr. Phelan y resta encore plusieurs mois, jusqu’à ce qu’il se fût choisi de dignés successeurs. Et même, lorsqu'ils furent arrivés, il cohabita quelque temps avec eux.
Mais quels seraient ces successeurs ? On songea d’abord à M. Saint-Germain, curé de Saint-Laurent. Celui-ci fit des difficultés. Il aurait voulu qu’on lui permît de faire un an d’essai et qu’on lui gardât son ancienne paroisse pendant ce laps de temps. Il fallut donc chercher ailleurs. Mgr. Bourget, qui avait ses desseins, persuada alors à Mgr. Phelan d’appeler les Pères Oblats récemment arrivés au pays. Ce prélat n’accepta pas sans inquiétude, et mit, comme condition, que ces religieux auraient à Bytown un prêtre irlandais ou du moins parlant bien l'anglais. Il reçut à ce sujet des lettres désobligeantes de plusieurs de ses amis prévenus
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contre les étrangers, et eut à lutter contre l'opposition d'une partie de la population. A cette même époque, décembre 1843, il manifesta le désir d’avoir à Bytown des sœurs grises qu’il chargerait, de la direction des écoles et d’un hôpital, aussitôt que l'achèvement de l’église rendrait possibles de nouvelles constructions.
La réception des Pères Oblats à Bytown fut peu chaude. Le Père Telmon supérieur, envoyé seul d’abord, parlait peu ou moins l'anglais. Il écrivait, en date du 7 janvier 1844, à Mgr. Bourget : ‘C’est à l'Orignal que j'ai rencontré Mgr. Phelan avec le Père McDonald, qui était, comme tous les irlandais, prévenu contre moi. Je l'ai amadoué de mon mieux. J'ai pris note de toutes les observations de Monseigneur. Les ressources, je crois, seront suffisantes, pour soutenir trois ou quatre religieux et pour bâtir, un jour, une maison à nous, dans le cas que, un évêque venant dans cette ville, nous fussions mis en demeure de renoncer à la paroisse.” Cette dernière phrase est significative, elle révèle la pensée favorite de Mgr. Bourget. Mgr. Phelan écrivait, de son côté le 12 février. ‘‘Certains paroiïssiens m'ont demandé pour curé le Père MacDonell vicaire général. Je m’en suis tiré, grâce à Dieu. J'espère que le Pére Telmon apprendra vite l'anglais. Je lui laisse un bon jeune homme que j'ai ordonné hier.”
A cette époque il habitait avec les Pères une maison, rue Sussex, entres les numéros 416 et 424. *
Arrêtons à cette date l’histoire de Bytown et jetons un coup d'œil sur les régions d’alentour.
Il n’y avait alors dans cette partie de l'Ontario que trois missionnaires qui visitaient les catholiques disséminés sur un immense territoire.