‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 64 sur 275 · RATES · texte numérisé non relu

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se voyait, par la volonté de la maison-mère de Montréal, séparée du tronc commun. Cette mesure qui atteignait également la

branche de Québec, ne comportait aucun sentiment d’aigreur, elle s'était imposée par la force même des choses, et entrait dans les desseins de la Providence. Désormais nous verrons ces diver$es congrégations diocésaines rajeunies et pleines d’ardeur, rivaliser dans la voie du progrès et des bonnes œuvres.

Le moment était venu où le diocèse pouvait vivre, désormais, de la vie régulière des églises organisées. Mgr. Guigues sentit le besoin de réunir autour de lui ses vaillants coopératenrs, afin de les retremper dans la piété et de ranimer leur ardeur à la flamme de son âme apostolique. Ils furent tous invités à venir, le 22 août 1854, passer une semaine à l'évêché dans les exercices de la retraite. Ce fut la première retraite pastorale, et l'inauguration dans le diocèse de cette salutaire institution.

A mesure que les œuvres augmentaient, les besoins d'argent augmentaient avec la même rapidité. (C'était pour l’évêque un sujet de cruels soucis. Il se demandait avec terreur comment il soutiendrait plus longtemps son séminaire, et comment il pourrait subvenir aux nécessités de ceux de ses prêtres qui deviendraient impotents.. Dés l’année précédente, le Saint-Siège était venu à’ son secours, en lui octroyant le droit de taxer ses curés. Après de longues hésitations il dut se rallier à cette mesure. Nous allons voir avec quelle délicatesse il communiqua cette décision à son clergé.*

‘ Lorsque nous vous envoyâmes, l’année dernière, nos constitutions diocésaines, nous vous fîmes connaître, en même temps, dans une lettre particulière, que l’art. 9 chap. 2 de ces constitutions, qui concerne le dixième que le Souverain Pontife a cru devoir mettre à la disposition des évêques du Canada, ne serait point obligatoire pour notre clergé la première année. Depuis cette époque, nous avons été souvent préoccupés de cette grave question, non point parce qu’elle nous regarde, car, grâce à Dieu, notre intérêt particulier nous touche peu, mais parce que nous étions vivement agités par la crainte ou de négliger de profiter de

* Lettre circulaire du 25 avril 1854.

cette occasion pour établir quelque bonne œuvre dont l’omission pèserait sur notre responsabilité, ou d'imposer à notre clergé un fardeau qu'il lui serait difficile de porter.

+ “ Cette crainte qui nous préoccupait si vivemenr, a fait place au sentiment d’une douce confiance depuis le moment où, après bien des réflexions, nous nous sommes déterminés à appliquer ce dixième à deux œuvres qui sont indispensables pour chaque diocèse : 1° le soutien des prêtres âgés ou infirmes, et 2° l'éducation des jeunes gens qui se destinent à la prêtrise. Afin de diminuer le fardeau qui pèserait sur des prêtres dont les revenus sont si peu considérables, nous avons décidé d'en faire porter une partie sur chacune des églises du diocèse, conformément à ce qui sera prescrit ci-dessous.

‘ Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’insister beaucoup pour vous prouver les avantages ou plutôt la nécessité d'établir et d'organiser la double bonne œuvre mentionnée cidessus. Jusqu'à ce jour, il est vrai, notre clergé a été épargné, nous pouvons en remercier le Seigneur, mais pouvons-nous espérer de jouir longtemps encore de cette faveur? Et n'est-il pas, dès lors, bien urgent de nous occuper du sort de ces prêtres qui épuisent leurs forces dans l’exercice du ministère ? Les missions pauvres qui leur sont confiées, ne permettent de faire que de bien faibles économies et nous n’avons, d’autre part, aucune ressource dans le diocèse pour venir à leur aide. En affectant donc pour cet objet toute la partie du dixième que chaque prêt.e sera obligé de payer, nous travaillerons pour les intérêts les plus pressants du clergé lui-même. Je sais que, momentanément, ce sera un sacrifice à faire, mais, du moins, il sera fait au temps de la force et de la santé. Il délivrera des préoccupations de l’avenir en assurant une existence pour les vieux jours. D'ailleurs, cet état de gêne où vous vous trouvez, et que vous acceptez avec une louable résignation, parce que, pénétrés d’un véritable esprit de foi, vous vous dites à vous-mêmes que pour soutenir et consoler une population nouvelle et encore pauvre, il est avantageux de lui être semblable ; cet état de gêne, dis-je, diminuera chaque jour, car vous pouvez remarquer vous-mêmes que quoique nous ayons déjà divisé

plusieurs missions, les anciennes n’en ont pas été pour cela appauvries, et que les signes de prospérité qui se manifestent sur l'Ottawa, permettent d'espérer sans présomption que le malaise diminuera chaque jour davantage pour le clergé comme pour le peuple.

‘{ Quant au besoin de former de jeunes ecclésiastique pour le sanctuaire, il est encore moins permis de le mettre en doute. Son Eminence le cardinal Franzoni, dans une lettre qu'il a adressée au nom de Sa Sainteté, à tous les évêques missionnaires, leur indique cette œuvre, non seulement comme avantageuse. mais comme absolument nécessaire. Vous connaissez, de plus, l’obligation imposée par le concile de Trente à chaque évêque, (session) 23e) de travailler à cette grande œuvre, sur laquelle repose l'avenir d’un diocèse ; mais vous savez en même temps, que pour créer et soutenir cette œuvre, même sur le plan le plus modeste, il faut faire des dépenses plus considérables qu’on ne semble d'abôrd le supposer. Notre seule ressource a été, jusqu’à ce jour, celle de l'allocation qui nous a été faite par la Propagation de la Foi de Lyon. Cette ressource que les frais des missions sauvages et des chantiers affaiblissaient déjà considérablemeut, va diminuer par l'application que nous avons faite aux églises du diocèse de l’offrande des membres de la Propagation de la Foi, et surtout par la diminution que les directeurs de l’œuvre de Lyon se proposent, d’après ce qu’ils nous ont annoncé, de faire sur l'allocation pour le diocèse de Bytown. Il nous parait, dès lors, naturel que les églises, qui doivent recueillir le bénéfice d’avoir le prêtre qui les dessert, contribuent pour les formes, vu surtout que le concile de Trente ne veut pas que, même les églises dont les ressources sont employées pour l’évêque, le chapitre, etc., soient exemptes d’acquitter leur offrande pour cette bonne œuvre. Il est vrai que toutes les églises du diocèse ont des besoins, mais il est juste de remarquer que ces besoins s’affaiblissent tous les jours et que, d’ailleurs, une faible offrande aidera à accomplir la première et la plus importante de toutes les œuvres, celle de former des prêtres et ne diminuera que faiblement leurs ressources.

‘ Vous connaissez, du moins en partie, les embarras dans lesquelles nous nous sommes placés pour établir les œuvres que nous

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aurons cru utiles pour le bien de la religion. Vous savez aussi combien nos revenus sont faibles, car je ne pense pas que proportion gardée, il y ait une seule église, dans le diocèse, aussi obérée de dettes que celle de Bytown, ni une seule missions dont les revenus soient aussi modiques que ceux de notre ville épiscopale. Nous serons heureux cependant de nous soumettre les premiers à cette loi du dixième et à imposer, pour cet objet, et la paroisse et l'église.

‘{ J'ajoute encore une dernière réflexion, avant de vous proposer la mesure que nous vous présentons. Nous avons prié et réfléchi. Nous vous engageons à le faire de la même manière, et nous avons la confiance, qu'après l'avoir fait, vous demeurerez convaincus que cette loi du dixième, qui n’a pas été soumise à notre délibération et que nous aurions probablement rejetée, si elle l'avait été, est une de ces heureuses inspiration que Dieu donne au Souverain Pontife, pour les intérêts de son église et, en particulier, pour le diocèse de Bytown, où elle sera servi à établir deux œuvres indispensables à tout diocèse organisé.

‘Il est donc réglé en consèquence : 1° que chaque prêtre de notre diocèse fournira chaque année, le ving-cinquième de son revenu pour l’aquittement de son dixième, et l’enverra à M. Hughes, curé d’Aylmer, qui l’encaissera, pour servir un jour aux prêtres âgés et infirmes ; 2° que toutes les églises du diocèse ouvertes au culte, et qui ont des revenus, fourniront pour le soutien des ecclésiastiques qui se destinent à la prêtrise : I. celles dont les revenus ne s’élèvent point à vingt louis, la somme de cinq piastres chaque année ; II. celle dont les revenus s'élèvent à moins de cinquante louis, dix piastres ; III. celles enfin dont les revenus excèdent cinquante louis, vingt piastres. Le trésorier de cette œuvre est M. Ginguet, curé de la Gatineau. Si ces diverses sommes excèdent la dépense faite chaque année pour le soutien des ecclésiastiques, le surplus sera versé dans la caisse des prêtres infirmes. Chaque ecclésiastique enverra, deux fois l'an, son offrande et celle des églises qui lui sont confiées, au trésorier de l’œuvre. Le premier envoi se fera le premier janvier, 1855.

‘ La commission chargée de l'emploi de ces diverses sommes se compose du Rév. P. Aubert, vicaire-général, du Rév. P. Dan-

durand} des RR. MM. Ginguet, J. Hughes, J. Lynch, J. Bouvier. Leurs délibérations seront soumises à l'approbation de l’évêque diocésain.

‘{ Cette mesure aura force dans le diocèse pendant cinq ans. Agréez, monsieur le curé, l'assurance de mon bien sincère atiachement,

Jos. EUGÈNE, Ev. de Bytown.

Telles sont les paroles qu’un évêque sait tirer de son coeur apostolique ; tels sont les sacrifices que des missionnaires sont capables d’acepter.

L'année suivante, Mgr. Guigues eut la joie de communiquer à son diocèse la grande nouvelle de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 1854. Les fidèles d'Ottawa prirent part à l’allégresse universelle, et dans la cathédrale, qui était consacrée à la sainte Vierge sous ce vocable, on célébra 24, 25 et 26 mai, un #riduum solennel, auquel des foules immenses se firent un bonheur d'assister.

Si le cœur de l’évêque battait à l’unisson avec le cœur de l'Eglise, il n’était point indifférend aux triomphes de sa patrie terrestre. Les victoires des armées alliées de France et d’Angleterre, en Crimée, excitaient un grand enthousiasme au Canada, et par les soins de Mgr. Guigues un 7e Deum solennel d’actions de grâces fut chanté dans sa cathédrale, le dimanche du saint rosaire, 1er octobre 1855, en présence de toutes les autorités du pays.

En 1856, l'évêque de Bytown fit un second voyage ad limina apostolorum. Le père Aubert, vicaire-général, fut nommé administrateur du diocèse pendant son absence, juin 1856. Ce fut pendant cette absence que Mgr. Guigues, voulant témoigner sa reconnaissance aux Pères Oblats et assurer égalemeet la prospérité de ses œuvres les plus chères, fit une convention avec Mgr. de Mazenod, 17 août 1856, par laquelle il donnait à perpétuité, à sa congrégation, la propriété du collège d'Ottawa, ainsi que celle d’une église qu’on allait fonder sur la Côte-de-Sable sous le vocable de saint Joseph, dont la desserte appartiendrait aux prêtres de ce collège.

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Cependant, Bytown, devenu Ottawa, entrait en possession de ses glorieuses destinées de capitale du Canada, 1858.* Mgr. Guigues chargea Mgr. de Charbonnel, alors à Rome, ce demander le changement du titre de son diocèse, ce qu'il obtint, le 14 juin 1860, par l'entremise de leur ami commun, Mgr. Bedini. Désormais le nom de Bytown disparaîtra de l’histoire politique et religieuse du pays.

Notre saint évêque fit un troisième voyage à Rome vers le 15 novembre 1861. Les administrateurs du diocèse, pendant son absence, furent le P. Dandurand, curé de la cathédrale, et le P. Tabaret, supérieur du collège. A son retour, mars 1862, ces deux religieux furent nommés vicaires-généraux.

Mais il est temps de nous arrêter ici et de reprendre l’histoire de chacune des œuvres qui ont signalé ces treize années.

* L'acte législatif qui confère à Bytown le nom de Cify ou ville incorporée est de 1854. En même temps, le nom fut change en celui d'Ottawa. La reine choisit cette ville pour capitale des provinces unies du Haut et Bas- Canada, en 1858. Le prince de Galles posa la pierre angulaire du parlement en 1860. La législature y tint sa première session en 1866. Le rer juillet 1867, avec la confédération, Ottawa devint la capitale du nouvel ordre de choses.

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