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goudrelle de bois fichée dans la plaie, tombe goutte à goutte dans une auge en bois ou dans un vaisseau en fer blanc. Cette eau limpide, au goût légèrement sucré, est versée dans la chaudière.
Après quelques heures d’ébullition sous un feu vif et régulier, la sève, dégagée de la vapeur d'eau qui s’échappeen nuage blanc, s'épaissit et forme de la melasse ou sirop d'érable, Souvent on la retire en cet état pour la livrer au commerce. D'autre fois on poursuit la cuisson jusqu’à ce que le sirop commence à granuler et devienne sucre. Il ne reste plus alors qu’à le verser dans des moules, d’où il sortira, sous la forme de tablettes dorées, prêt à être mis en vente sur les marchés. Une sucrerie de deux cents pieds d’érables peut donner, en saison favorable, deux cents livres de sucre.
Si l'abattage des arbres est un rude travail, le brûlage est plus dur encore. On se sert rarement de bœufs au Canada, où les chevaux abondent. Le bœuf est néanmoins indispensable à cette première étape de la colonisation. Là où le cheval, trop ardent, courrait risque de se blesser, au milieu des fondrières et des embarras, le bœuf plus tranquille, traîne en sécurité les énormes billots qu’on amoncelle et dont on fait des bûchers, large de douze pieds et hauts de huit, formant des brasiers dont les lueurs sinistres éclairent au loin l’obscurité des bois. On gardait jadis la cendre pour en faire de la potasse. La terre une fois défrichée et nettoyée, est prête à ensemencer. Au dégel, en fin de mai, ou au commencement de juin, on passe sur le sol obstrué de troncs et racines, non la charrue qui se briserait, mais une lourde herse triangulaire, aux dents énormes, qui déchire la croute raboteuse, et recouvre le grain qu’on jette au vent. La récolte est superbe dans ces terres vierges ; les blés et les avoines poussent drus et couvrent bientôt, comme d’un vert manteau les troncs calcinés et
les roches.
On ne fait plus de potasse aujourd’hui. Cette industrie comme tant d’autres; 4 disparu. Mais pendant de longues années elle a été la principale ressource du colon, Il s’établissait près de l’eau, et faisait bouillir ses cendres. La première lessive évaporée prenait le nom de salin. On répétait les cuissons, jusqu’à ce que le salin fut devenu à son tour de la potasse. De quinze arpents
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de défrichement on tirait parfois neuf cents minots de cendres, qui donnaient sept barils de potasse, lesquels, au prix de trente shellings le quintal, rapportaient de cent vingts à cent soixante piastres.
Rien de plus pur que cette vie d'isolement absolu. Le colon ne voit des êtres humains que lorsqu'il va au village, renouveler ses provisions. Pendant l'hiver il'ne marche qu’en raquettes, sur un sol couvert de deux ou trois pieds de neige ; en automne et au printemps, c'est pis encore, il risque d’enfoncer dans les basfonds Marécageux. Inutile de penser à des voitures dans ces fondrières : heureux est-il, quand il fabrique, avec quelques branches fourchues, une claie recourbée sur laquelle ses bœufs traîneront sa |
famille et ses vivres. C’est ainsi qu’il peut, à de rares intervalles, partant de bonne heure, assister au service divin.
La pêche et la chasse lui sont d’un grand secours pour rompre la monotonie de son ordinaire, A sa perpétuelle soupe aux pois, à ses crêpes, à ses omelettes et grillades de gros lard il ajoute quelques tourtres et quelques perdrix, ou, les jours de maigre, quelques poissons pris au lac voisin, tel que truites, anguilles, carpes, brochets, maskinongés, perches, barbottes et barbues.
En été, le colon doit lutter contre un microscopique mais terrible ennemi, le maringouin et ses congénères, le moustique, le brûlot et les mouches. Pendant quelques semaines, de mai et de juin, la vie devient intolérable dans les bois, jusqu’à ce que les grandes chaleurs, en desséchant le sol, aient chassé ce fléau dans les marais. Heureusement que la colonisation les fait disparaître.
Pendant que le père travaille aux champs les petits enfants vont aux fruitages ; ils cueillent en abondance bluets, fraises, framboises et groseilles sauvages, dont la mère fait des plats exquis, des confitures et des liqueurs.
La vache laitière, agitant sa sonnette, cherche dans le bois voisin, sa nourriture de feuilles et de bourgeons, tandis que, plus craintives, à cause du renard, les poules se tiennent près du logis.
Le colon intelligent varie ses cultures et ne met pas, comme on dit, tous ses œufs dans le même panier. Les récoltes sont osent er le TE dans ces terres neuves et détrempées. (C’est ainsi que dans un désert de quinze arpents, il en sèmera huit en blé et en avoine, quatre en orge et en sarrazin, trois en pois, en patates et en jardinages, tels que blé d'inde, rabiolles, choux, navets, raves, carottes, oignons, poi- TAUX: 5
Il ensemencera les alentours de sa maison de graines de mil, pour préparer des prairies, ou tout au moins des pâturages ; il se hâtera de planter aussi quelques arbres fruitiers, des pruniers, des pommiers ; il n’oubliera pas, non plus, les fraisiers, les gadeliers, les framboisiers, pour qui ce pays est une terre de promission.
Si tout réussit au gré de ses désirs, sa récolte lui donnera les chiffres suivants :
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Il pourra vivre abondamment dès lors, réserver sa semence, et vendre encore pour cent vingts piastres de produits.
Telle est la première année du colon. Il lui restera cependant bien d’autres travaux à faire. C’est le temps de lever une grange pour rentrer ses moissons et battre son grain pendant l'hiver. Un peu plus tard il bâtira sa maison. Il lui faudra aussi acheter de coûteux instruments agricoles, du bétail dont l'élevage est la vraie re.source de nos campagnes, et puis quand le chemin s’ouvrira, une carriole.
-Le chemin en effet, ne tardera point à s’ouvrir. Le gouvernement, sur la demande du missionnaire et des notables, fera des alloca = L 8 lots se prendront et les voisins
commenceront à affluer, Peu à peu la terre acquerra de la valeur ; on corstruira une chapelle , une école ; le colon paiera ses dettes et se transformera en habitant.
Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi. Le plus souvent, au contraire, le défricheur a du malheur ; il se décourage et il abandonne sa terre avant d’avoir réussi. D’autres viendront après lui qui prospéreront et s’enrichiront sur ses ruines. L'état de pionnier chez certains hommes est une vocation. On les voit aller toujours de l’avant, enfants perdus de la civilisation. On dirait que le succès et le bien-être les laissent indifférents. Après dix années d’un travail acharné, ils vendent pour quelques centaines de piastres leur terre à un fermier plus aisé, et tout heureux de leur marché, ils s’enfoncent de nouveau dans la forêt pour recommencer leur rude existence.
Telle est la vie du colon. Aucun européen n’y peut tenir. 11 fera, s’il est sage, comme notre riche fermier, et au lieu de s'établir sur une terre neuve, il achètera à bon marché un lot déjà ouvert et bâti.