LE COLLÈGE
Une des premières préoccupations de Mgr. Guigues, en arrivant à Bytown, fut l'instruction de la jeunesse, jusqu'alors trop négligé. Les religieuses tenaient bien déjà quelques classes pour les enfants des deux sexes, mais quoiqu’on fît pour améliorer les conditions de l’enseignement primaire, ce n’était point assez au gré du saint évêque. Il voulait prendre possession de l’avenir, en formant parmi la jeunesse catholique, une classe d’hommes instruits, capables d'entrer dans les carrières libérales et de diriger un jour l'opinion. Pour arriver à son but, la fondation d’un collège classique était nécessaire. Immédiatement après son installation, 10 août, il fit donc construire dans les jardins de l'évêché, une modeste maison en bois adossée au chevet de la cathédrale, avec façade sur la rue de l'Eglise ; ce fut le premier collège. Ouvert le 26 octobre 1848, il compta d’abord quatrevingt-cinq élèves, dont une trentaine de pensionnaires. Les pensionnaires couchaient au collège, mais ils prenaient leurs repas en ville.
Les premiers directeurs du collège de Bytown furent :
Le Rév. P, Chevalier, O.M.I., supérieur. *
Le Père Dandurand, professeur de philosophie.
Le Frère Tisserant, novice oblat, professeur de belles lettres.
Le Frère Mignault, novice, professeur d'éléments latins.
M. McGoey, séminariste, professeur d'anglais. * Le Père Chevalier, oblat, né en France, en 1823, arrivé au Canada en
en 1845, ne fit que passer À Bytown. Dès 1852, il fut envoyé aux Etats-Unis, où il devint supérieur des missions de Buffalo et de Plattsburgh.
De plus, deux frères convers oblats, pour les éléments de français, et des classes d'adultes le soir.
1. Comme on le voit, parmi ces premiers professeurs se trouvaient de jeunes ecclésiastiques, religieux et séculiers, pratique qui a été constamment suivie, jusqu’à nos jours, du moins pour les l jeunes religieux. La plupart des anciens curés du diocèse ont enseigné au collège, tout en faisant leur séminaire.
Le 20 mai 1849, le collège fut incorporé, par acte du parlement, sous le nom de collège de Bytown. Il obtint même du h gouvernement la promesse d’une petite allocation, à la condition de présenter aux chambres un état annuel de sa situation administrative et financière. Toutefois cette allocation ne courut qu’à partir de 1852.
Le personnel professoral de 1849 se composait comme suit : | R. P. Allard, supérieur.
| P. N. Mignault, directeur.
M. O’Boyle, professeur de belles-lettres.
MM. Collins et A. Mignault, professeurs,
é | Le F. Triole et un autre frère, professeurs de français. | En 1850, le père N. Mignault devint supérieur pour céder la |
«| place, l’année suivante, au père Gaudet. Parmi les professeurs de ul cette époque, citons les PP. Brunet et Corbett.
| l Cependant la maison de bois temporaire ne répondait plus ni) | aux besoins d’un établissement de cette importance. On acheta me) | donc d’un catholique irlandais, M. McCann, un terrain en face, | coin des rues Sussex et de l'Eglise, sur lequel on bâtit le vaste et
L bel édifice en pierre connu aujourd’hui sous le nom d’école La à | | Salle. Le collège y fit transporté, l'automne de 1853.
Sur ces entrefaites, un jeune religieux du plus grand intérêt, le père Tabaret, fut chargé de son administration. Le père Tabaret hi | a marqué, non seulement dans l’histoire du collège, mais même ni | dans celle du diocèse, une trace trop profonde pour que nous laissions périr son souvenir. *
* Notice biographique du Rév. P. Tabaret. (Ottawa 1886). Nous n'avons fait que résumer ce travail en y ajoutant quelques notes prises ailleurs.
Né à Saint-Marcellin, Isère, le 10 avril 1828, d’une famille pauvre mais profondément chrétienne, le P. Joseph-Henri Tabaret fut envoyé au collège de Bourg-du-Péage où il fit toutes ses études. Pendant les vacances de 1845, il entra au noviciat des oblats, à Notre-Dame de l’Osier. Son noviciat terminé, il fut envoyé au scolasticat de Marseille. Pendant ses études théologiques, il fut atteint d’une maladie grave qui faillit dégénérer en consomption, si bien que les médecins le déclarèrent perdu sans retour, à moins qu'il ne quittât la France. En ce moment, Mgr. Guigues, qui passait à Marseille, dans son premier voyage ad limina, et qui suppliait les supérieurs de lui donner des sujets pour son diocèse et en particulier pour son collège, apparut à tous comme l’instrument de la Providence. On ordonna diacre le fr. Tabaret et on lui remit une obédience pour le Canada. C'était bien en effet la Providence qui appelait le jeune religieux dans ce pays, aussi guérit-il, et renonçant à jamais revoir la France, il se donna de tout cœur à sa patrie d’adoption.
Ordonné prêtre le 20 décembre 1850, le P. Tabaret fut envoyé à l’Orignal en qualité de vicaire du père Médard Bourassa. Il resta deux ans dans cette importante et difficile mission, et sut gagner tous les cœurs par son zèle et l’aménité de ses manières.
En automne de 1853, il fut appelé à la direction du collège qui devait être l’œuvre et la gloire de sa vie.
Il trouva le collège dans un état lamentable. Point d’autres professeurs que des séminaristes ; presque point d'élèves, quinze pensionnaires et quarante externes ; encore moins d'argent.
De septembre 1853 à, août 1856, le supérieur n’a eu, pour faire marcher son collège que ce qu’il retirait des élèves. Cette modique somme suffisait à peine à payer les gages d’une domestique, à faire face aux dépenses d'éclairage et de chauffage et à garnir la bibliothèque de quelques livres. |
De fait, sur les 130 élèves que le collège comptait en 1856, 40 y étaient élevés gratuitement, et les autres payaient peu de chose. En 1854, le Père Tabaret fut nommé membre du sénat de l’Université de Toronto, honneur qu'il partageait avec un seul autre