‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa [microforme] (volume 3)Chapitre 89 sur 275 · L'INSTITUT CANADIEN ET LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

L'INSTITUT CANADIEN ET LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE

Pour raconter l’histoire de la fondation de l’Institut Canadien d'Ottawa, il nous semble que nous ne pouvons rien faire de mieux que de passer la plume à M. Benjamin Suite, l’une de ses plus fermes colonnes, et de citer en entier l’article suivant, intitulé : Page d'histoire.

‘ Autour de 1850, les esprits étaient préparés dans ce but. On entendait beaucoup parler du cercle littéraire des Trois-Rivières, 1844, de l’Institut de Québec, 1848, et de l’Institut Canadien de Montréal, alors dans tout son éclat. En 1850, M. W. P. Lett fondait un club dramatique (anglais) à Bytown. Le collège Saint- Joseph se construisait en 1851. Le goût de l’étude se répandait de plus en plus.

‘W. F. Powell, citoyen remuant, incommode aussi, avait organisé un cabinet de lecture dans une maison qui formait le coin des rues Sparks et Elgin, là où se trouvent à présent les bureaux du Pacifique. La première année les charges d'officiers furent partagées entre anglais et français, mais en 1852, M. Powell demanda brutalement l’exclusion des français, il aurait été battu cependant, mais nos gens firent la séparation d'eux-mêmes. M. Jean-Baptiste Turgeon (qui vient de mourir au milieu de nous entouré du respect général) l’homme le plus énergique de cette époque, parmi nos compatriotes de Bytown, s'adressant à M. Powell, lui dit : Nous sommes en état de faire mieux qu’un simple cabinet de lecture : nous allons fonder un institut qui durera plus longtemps que vous et moi. Votre cercle n’a pas pour un an d’existence, s’il est privé de l’appui des canadiens.

‘ En effet, établi le jour de la saint Jean-Baptiste, (1852) l’Institut est encore florissant. Le cabinet de lecture de Powell n’a pas duré deux ans.

‘ M. Turgeon, premier président de l’Institut, devint maire de la ville en 1853,

‘ Si je ne me trompe, l’Institut a donné jusqu’à ce jour plus de six cents soirées publiques. -

‘ Pour donner une existence légale à l’Institut, il fallait déposer sa constitution écrite au bureau d'enregistrement. Cette

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constitution, rédigée en français, fut refusée par le chef du bureau. C'était en 1856. M. Cartier était ministre ; il exigea l'insertion du texte français et voilà comment cette pièce figure dans les registres de la ville et du comté de Carleton. Ce n’est pas vous ni moi qui pourrions faire insinuer un document français dans ces augustes archives ! L’horreur du français conserve ici toute son intensité,

‘ L'Institut est notre foyer national. On s’y donne rendezvous à tout propos. C’est là que nous concertons nos agissements. Les salles en sont toujours occupées. Même aux plus mauvais jours nos gens lui sont restés fidèles. Incendié quatre ou cinq fois, l’Institut renaissait de ses cendres plus courageux et plus pimpant que jamais ; par exemple, ce n’était pas sans de lourds sacrifices. Plus d’un canadien d'Ottawa a dépensé deux ou trois cents piastres pour soutenir ou relever cette institution. On a vu les hommes de métier travailler gratuitement à réparer l'édifice, embellir les salles, etc.

‘ Mgr. Guigues, voyant les efforts de l’Institut dirigés vers un but louable et patriotique, lui permit de placer au collège deux ou trois enfants, à raison de huit piastres par tête par année. Dès l’année suivante, il étendit cette permission à six élèves ; et ce privilège, porté à neuf élèves en 1858, a été continué pendant plusieurs années. Les révérends pères oblats qui dirigent le collège ont su généreusement entrer dans les vues de notre évêque, offrant ainsi le spectacle unique d’une institution littéraire et d’un établissement d'éducation se coalisant pour procurer aux enfants pauvres les bienfaits de l’instruction.

‘ C’est, dit-on, depuis ce moment que l’Institut prit l’habitude d'aller en corps saluer Sa Grandeur le jour de sa fête et le jour de l’an.

‘ Mgr. Duhamel, suivant l’exemple de son vénérable prédécesseur, a bien voulu accorder son haut patronage à l’Institut Canadien.”

‘6 La première société canadienne-française de Bytown fut la

Saint-Jean-Baptiste ; elle date de la même époque (1850-1851).

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Un jour, on vit avec surprise parader dans les rues de la ville, un corps canadien, bannière au vent, musique en tête, dans ces mêmes quartiers où, quelques années auparavant, il était dangereux de prononcer une parole en français.”

Teminons ce chapitre par le tableau comparatif suivant :

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