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Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa

r Travail que nous offrons au public est d'une importance si JL Y capitale pour le pays, et présente, en même temps, de si grandes difficultés de composition que nous éprouvons le besoin de solliciter l'indulgence du lecteur. Ce n'est point, en effet, par présomption que nous avons entrepris d'écrire ce livre, mais par devoir. Mgr. Duhamel, notre protecteur et le fondateur de notre maison, nous a prié de nous en charger, et son désir était un ordre pour nous.

Voici, d'ailleurs, en quels termes il fit connaître au Clergé sa décision, dans une circulaire du 6 novembre 1894 :

" Archevêché d'Ottawa,

Chers Coopérateurs,

"Comme je vous le disais durant notre dernière retraite pastorale, le temps me semble arrivé d'écrire l'histoire du diocèse d'Ottawa.

" Ceux qui ont entendu le sermon du R. P. Alexis, de l'Ordre des Capucins, du couvent de Hintonburg, près d'Ottawa, à l'occasion de la bénédiction de la nouvelle église de Saint-Paul d'Aylmer, sont tombés d'accord que ce Père, notre ami à tous, avait toutes les aptitudes et les qualités requises pour écrire cette histoire. Je ne doute pas que ceux qui ont lu ce sermon qui a été adressé à chacun de vous, ne partagent le même avis.

"Aussi, je me flatte que, tous, vous applaudirez au choix que j'ai fait du Rév. Père pour être l'historien du diocèse. Pour ma part, je lui suis bien reconnaissant, ainsi qu'à ses obligeants supérieurs, d'avoir accepté de si grand cœur cette tâche qui n'est pas sans difficultés."

Nous avouerons, néanmoins, que, si cette tâche nous a été imposée, nous l'avons acceptée avec joie ; elle entrait, sinon dans

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nos aptitudes, du moins dans nos goûts, et nous aimons passionnément ce pays qui n'est pour nous qu'un prolongement de la patrie.

Voici, maintenant, quel but nous nous sommes proposé, et quel plan nous avons suivi. Cette histoire du diocèse d'Ottavi^a est moins une histoire ecclésiastique, dans le sens restreint du mot, que l'histoire de la civilisation et de la colonisation catholiques. Nous avons pensé que nous atteindrions mieux ainsi le public, et que nous donnerions au sentiment national et religieux plus d'aliment, l'histoire des conciles, de la discipline, etc., etc., etc., en un mot de tous les détails de l'organisation religieuse, conviendrait mieux à Québec, qui est resté, jusqu'à nos jours, le vrai centre du pays. Le même motif nous a poussé à laisser de côté les personnalités, dont nous n'avons parlé qu'incidemment. Notre livre pourrait justement porter le titre de : Commencements de la conquête catholique de la Vallée de l'Ottawa. Ce n'est donc point sans raison que nous avons longuement parlé des origines du pays et de la colonisation, avant d'arriver à l'histoire diocésaine proprement dite.

Cet ouvrage se compose de quatre livres : le premier raconte les origines, depuis le voyage de Champlain en 1603, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle ; le deuxième traite de la colonisation ; il commence à l'arrivée des Loyalistes américains, en 1784, et nous mène jusqu'à la création du diocèse de Bytown, en 1847 ; le troisième comprend l'histoire de l'épiscopat de Mgr. Guigues, 1848-1874 ; le quatrième et dernier contient la suite du récit jusqu'à nos jours : 31 décembre 1896.

Dans ces deux derniers livres, nous avons coupé notre narration par décades. Ce parti-pris de diviser une histoire en tranches égales a bien des inconvénients, nous le sentons plus que personne ; mais il avait pour nous l'immense avantage de concorder avec les recensements officiels décennaux, et de faire ressortir ainsi les accroissements de la population. Cette considération nous a déterminé à courir le risque de fatiguer le lecteur par l'ennui d'un récit trop interrompu. Rien n'empêche, d'ailleurs, de sauter quelques pages et de suivre, depuis l'origine jusqu'à la fin,

l'histoire d'une paroisse. Nous espérons même, que plusieurs paroisses ou g^roupes de paroisses auront l'idée d'extraire de cet ouvrage la partie qui les regarde et de la publier en brochures séparées, l'enrichissant de quelques anecdotes d'intérêt local.

Nous avons pris les chiffres officiels du recensement tels que nous les avons trouvés ; non pas que ce dernier, celui de 1891, soit exact pour ce qui regarde la population canadienne-française ; mais parce qu'il est impossible de faire autrement. D'ailleurs, en agissant ainsi, nous donnons la preuve de notre loyauté et de notre horreur de toute exagération.

Nous avons construit nos tableaux par le procédé suivant : Le recensement ne donne que trois chiffres, la population canadienne-française, la population catholique et la population totale ; de la population catholique nous avons soustrait les Canadiens, et il nous est resté la population irlandaise catholique ; de même, de la population totale nous avons soustrait les catholiques, et il nous est resté les protestants. Nous avons eu un peu plus de difficultés pour connaître le nombre des Allemands, des Polonais et des Sauvages catholiques.

Quant aux oomtés qui n'appartiennent qu'en partie k la Province d'Ottawa, nous avons pris la peine de faire une opération analogue pour chaque canton. Nous espérons bien qu'il ne s'est glissé dans notre difficile travail aucune erreur grave.

Disons un mot, maintenant, de nos documents.

Nous avons consulté quelques auteurs anciens, les Mémoires de Champlain, les Relations des Jésuites, etc., etc., etc., comme le lecteur verra dans nos notes. Mais il convient de faire ici mention de nos sources principales.

Tout d'abord, et en première ligne, nous nommerons M. Benjamin Suite. Avec une grâce parfaite, il a mis à notre disposition, ses livres, ses articles, ses notes manuscrites et les trésors de son érudition ; il a éclairci, de vive voix, plusieurs de nos doutes.

Nous le citons peu, pour n'avoir pas à le citer toujours, mais nous lui sommes redevable de tout le tond de nos deux premiers livres qui ont pour titre : les Origines et la Colonisation, à l'excepiion des documents religieux que nous avons trouvés un peu partout. Qu'il veuille bien agréer cet hommage de notre amitié reconnaissante. *

Ensuite, nous sommes heureux de constater que les archives des diocèses de Québec, de Montréal, de Pembroke et d'Ottawa, ont été aimablement mises à notre disposition. Enfin, Messieurs les Curés de la Province ecclésiastique d'Ottawa, comprenant l'importance de ce travail, ont bien voulu nous faire un rapport et nous envoyer des notes sur leur paroisses respectives.

Nous ne nous sommes point contenté de cette foule de documents, nous avons visité nous-même la plus grande partie du diocèse, nous avons examiné les lieux, et interrogé de vive voix plusieurs anciens habitants.

Tout, dans nos notes, n'est point d'égale valeur ; lorsque nous faisons mention des infiniment petits, ou des écoles, retraites, confréries, etc., etc., etc., choses essentiellement variables, nous savons bien que nous ne sommes souvent ni exact ni complet, mais, à tout prendre, il n'y a point à s'inquiéter de telles erreurs, puisqu'elles sont, elles aussi, infiniment petites ; le lecteur n'attachera de l'importance qu'aux choses importantes.

Nous regrettons de ne point posséder les notes biographiques de tous les prêtres qui sont passés dans le diocèse ; nous n'avons rien épargné pour les trouver, et nous sommes heureux qu'on nous les fasse parvenir.

Des erreurs graves, en assez grand nombre, se seront glissées peut-être, dans ce premier travail ; il est difficile qu'il en soit autrement ; nous prions nos amis qui les découvriront de nous les faire connaître, et nous nous empresserons de les corriger, soit dans une nouvelle édition, soit dans quelques feuilles d'errata.

Nous avons fait des citations for nombreuses et parfois fort longues. Le lecteur, nous l'espérons, nous approuvera. Au lieu

*M, B. Suite a bien voulu se charger de préparer l'Index de cet onvragfe.

de copier en les démarquant, des pages ou des chapitres entiers, il nous a paru, à la fois plus délicat et plus prudent de les citer textuellement. Aussi bien, aurait-on mauvaise grâce de nous demander un travail personnel sur les chantiers, les voyageurs et les colons.

Voici en quels termes Mgr Duhamel, dans la circulaire citée plus haut, avait demandé ces renseignements.

"J'espère que vous êtes bien disposés à lui rendre sa tâche aussi facile que possible. C'est pourquoi je vous prie de vouloir m'envoyer, sur papier grand format, en bonne écriture, et le plus tôt que vous le pourrez : —

1. Copie des Actes du premier baptême, mariage et sépulture du phis vieux registre de vos paroisses et missions.

2. Noms et prénoms, par ordre chronologique, des curés et vicaires, avec indication du jour de l'arrivée et du départ de chacun d'eux, si possible, ou au moins indication de la date du premier acte de baptême, ou mariage, ou sépulture, signé par eux, ou encore la date du dimanche où se lisent, dans le cahier ad hoc, leurs premières annonces.

3. Copie des Actes de bénédictions de chapelle, église, cloche, presbytère, de l'érection du chemin de la croix, de congrégations, de confréries, de croix sur la voie publique, etc., etc., etc,

4. Date et noms des prédicateurs de retraites, missions, etc., etc., etc.

5. Date de l'établissement de chacune des écoles catholiques de vos paroisses et missions.

6. Tout ce que vous pourrez, en outre, donner de faits, de dates, de traditions qui pourraient entrer dans une notice sur vos paroisses et missions."

Un reproche plus grave que pourrait nous faire, dans l'avenir, quelque archiviste, si nous ne nous hâtions de le prévenir, serait de n'avoir pas toujours cité textuellement nos vieux missionnaires. A ce reproche nous répondons que ces apôtres n'étaient pas des littérateurs, que plusieurs même étaient anglais, et qu'aucun d'eux n'écrivait pour la publicité. Nous avons donc cru bon, pour l'inté-

rêt du récit, et l'honneur de leur mémoire, de faire quelques corrections dans leur correspondance, quelques modifications de forme, et surtout des omissions de passag-es trop longs ou d'allusions inutiles. Nous avons, peut-être, poussé trop loin les scrupules dans le sens contraire, en insérant des lettres trop incorrectes et remplies de répétitions. Quoiqu'il en soit, nous n'avons jamais rien omis d'essentiel dans ces documents ni dénaturé leur portée.

Nous sentons le besoin d'expliquer dans quel sens sont employés, ici, les mots de paroisses et missions. Il n'y a, à proprement parler, qu'un tout petit nombre de paroisses dans la Province d'Ottawa, et elles appartiennent au Bas-Canada.

En voici la liste : —

Saint-Alphonse des Allumettes.

Sainte-Anne du Grand Calumet.

Saint-Alexandre de Clarendon.

Saint-Paul d'Aylmer.

Saint-François de Sales de la Pointe-Gatineau.

Saint-Etienne de Chelsea.

Sainte-Cécile de Masham.

L'Ange-Gardien d'Angers.

Saint-Grégoire de Buckingham.

Sainte-Angélique de Papineauville.

Notre-Dame du Bon-Sècours de Montebello.

Saint-André Avellin.

Saint-Casimir de Ripon.

Saint-Félix de Valois de Chèneville.

Saint-Philippe d'Argenteuil.

Sainte-Agathe des Monts.

Toutefois, pour suivre le langage courant et pour être compris, nous avons donné le nom de paroisse à toute église possédant

un prêtre résidant, et celui de mission à toute chapelle desservie par un prêtre voisin, c'est-à-dire à toute annexe.

On remarquera, sans doute, que nous nous sommes étendu assez longuement sur certaines paroisses et que nous avons été trop court, peut-être, pour d'autres. La raison de ces différences provient de l'abondance ou de la pénurie de nos notes.

Malgré notre bonne volonté il nous est impossible d'inventer l'histoire, et nous renvoyons à d'autres la responsabilité d'une lacune que nous sommes le premier à constater.

Peut-être, quelques-uns, pour une raison ou pour une autre, éprouveront du chagrin au sujet de ce livre ; on y verra des allusions, des omissions, des intentions fâcheuses. Nous supplions nos chers confrères et nos lecteurs de repousser bien vite de tels sentiments. Ce serait mal nous connaître et mal nous payer de nos peines que de nous croire coupable d'aucun mauvais vouloir. Nous avons écrit sous l'œil de Dieu, avec l'intention de faire du bien, et nous répudions ici bien haut toute interprétation malveillante. Nous avons évité soigneusement de louer ou de blâmer les personnes, laissant ce soin à nos arrière-neveux, s'ils daignent jamais penser à nous. Nous avons même évité toute espèce de jugement. Excepté dans les manuels à l'usage des écoles, il convient de laisser au lecteur le soin de conclure lui-même, et ne pas lui imposer une opinion. .

Nous dirons maintenant un mot sur la forme littéraire de cet ouvrage. On la trouvera sans doute bien inférieure. Nous sommes le premier, hélas, à convenir de ce défaut. Un livre de documents est toujours d'une rédaction difficile ; nous avouons, d'ailleurs, humblement, notre incompétence. Puis, le temps nous a manqué. Nous tremblons à la pensée de recommencer jamais une si gigantesque entreprise, menée, tant bien que mal, à benne fin, en deux années, malgré des prédications continuelles, et sous la crainte, qu'a tout religieux, d'être appelé à d'autres fonctions ou en d'autres lieux, avant de l'avoir terminée. Puisse cette hâte, dont nous ne sommes point responsable, nous servir d'excuse.

Il nous reste, en terminant, à former le vœu de voir les autres diocèses du Canada suivre notre exemple, et publier leurs

annales. Quel mag"nifique présent ne serait-ce pas faire au Saint Père que de lui offrir l'histoire complète de la jeune et florissante église canadienne ! Ce serait un monument unique au monde, monument que tous les peuples nous envieraient. La France, pour en posséder un semblable, donnerait des trésors.

Ottawa, ler Janvier 1897.

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