‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 105 sur 193 · MOYENS DE SUPPORT POUR LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

MOYENS DE SUPPORT POUR LE PRÊTRE

" Buckingham pourrait, dans les bonnes années, soutenir un prêtre en comprenant les riverains de la Lièvre. Cumberland n'a rien donné. Je les ai engagés à fournir 25 louis pour avoir une messe chaque mois. Lochaber pourra faire quelque chose si le projet de bâtir une chapelle se réalise.

" M. Brady fait chaque année la visite dans les chantiers. Les jeunes gens donneront quelque chose. Les habitants du haut de la rivière aussi. M. Brady a sa famille qui ne lui est point à charge, il a lui-même quelque bien.

" La majorité dans ces réglions est catholique. Il s'opère chaque année trois ou quatre conversions. Les protestants sont en général plus riches que les catholiques, la majorité des conseillers et des magistrats sont protestants. Ces protestants sont tolérants à Buckingham, fanatiques à Lochaber. Les canadiens se plaignent un peu de n'avoir pas d'instructions en français. Les jeunes gens des chantiers occasionnent des désordres. Il n'y a

qu'une école catholique à Bucking-ham et une autre à Cumberland. Le curé va une fois par an sur le haut de la rivière. Il avait coutume d'aller à Cumberland et à Lochaber, l'indifférence des gens l'a fait discontinuer. Des PP. MoUoy et Chevalier m'avaient précédé. J'ai grondé les gens de leur négligence."

Nous possédons des documents précieux pour l'histoire de Buckingham, mais comme nous avons l'intention de consacrer un chapitre spécial à l'étude de la rivière du Lièvre, nous nous réservons de les utiliser alors. Nous nous contenterons donc aujourd'hui de raconter brièvement les événements religieux qui se sont passés dans ce village de 1849 à 1861.

Le bon M. Brady dont nous avons raconté les glorieuses missions en 1838-39-40, n'était déjà plus le même homme qu'avitrefois : boiteux, atteint d'une myopie qui touchait presque à la cécité, brisé avant l'âge, il n'avait plus ni la force ni l'énergie nécessaires pour administrer une paroisse qui s'étendait sur toute la Lièvre, et comprenait Sainte-Malachie, Thurso et presque tout le comté de Russell, dans le Haut-Canada. Aussi Mgr. Guignes fut-il obligé (15 juillet 1854) de lui donner un vicaire dans la personne de M. Michel, jeune prêtre français récemment ordonné, et plus tard (ler septembre 1855) de lui enlever Cumberland, pour en faire une mission séparée dont M. Michel devint premier prêtre résidant.

De grands abus s'implantaient dans ce village de Buckingham, la jeunesse des chantiers y était dissolue, et le curé qui demeurait à près d'un mille dans la campagne, était dans l'impossibilité d'y porter remède. Pour comble de malheur, un incendie ayant détruit, en 1849, le presbytère, M. Brady au lieu de profiter de l'occasion pour venir s'installer dans le village, eut la malencontreuse idée de construire sa maison sur une terre à lui, d'un mille encore plus éloignée. Les paroissiens mécontents murmurèrent et commencèrent à faire entendre des récriminations qui ne finirent plus et qui remplirent d'amertumes les derniers jours de M. Bradv.

Cependant le besoin de construire une nouvelle église devenait chaque jour plus pressant, et Mgr. Guig-ues, d'accord avec les habitants, exigeait qu'elle fut bâtie dans le village. D'un autre côté, l'arpent de terre donné par M. Bigelow était bien insuffisant. Heureusement, sur ces entrefaites, M. Newman, exécuteur des volontés d'une pieuse chrétienne, madame Burke, fit don d'un autre terrain plus considérable, ce qui leva toutes les difficultés. Le creusement des fondations fut commencé en 1855.

Les citoyens de Buckingham, par négligence et par mauvaise volonté, affectèrent de se désintéresser de l'entreprise dont tout le poids retomba sur les épaules peu solides de M. Brady. Celui-ci qui n'entendait rien aux affaires financières, parvint à élever, à ses frais, un édifice en bois, vaste, et qui pouvait devenir convenable, une fois terminé, mais dans la construction duquel des sommes considérables furent gaspillées, pour ne pas employer d'expressions plus sévères. Ce fut une grosse perte pour M. Brady qui ne fut jamais remboursé totalement des fonds que son inexpérience lui avait fait perdre.

Lorsque, en juillet 1857, Mgr. Guigues vint visiter le nouveau temple, la vue des maux dont souffrait Buckingham le frappa si fort, qu'il exigea la construction immédiate d'un presbytère à côté de l'église, sous peine de retirer le prêtre et d'abandonner les habitants.

On obéit sans enthousiasme. La nouvelle bâtisse avança lentement et lorsqu'elle fut terminée (en 185g) l'évêque constata avec chagrin qu'elle ne faisait honneur ni aux pasteurs ni aux fidèles.

Dans ces tristes conjectures, les dissensions croissant sans cesse au lieu de s'apaiser, M. Brady crut de son devoir de se retirer du ministère (mars 1862). Il fut remplacé par M. Jouvent, curé de Saint-Philippe.

Ce vieillard vénérable vécut longtemps encore, et lorsque en 1880, il termina saintement sa carrière, il fut unanimement pleuré de ce même peuple qui l'avait autrefois tant fait souffrir.

SAINT-JEAN l'ÉVANGÉLISTE DE THURSO.— (ANCIENNEMENT LOCHABER DU NOM DU canton).

La paroisse de Saint-Jean l'Evang-éliste de Thurso passa longtemps pour un des boulevards du protestantisme dans la province de Québec, mais grâce à Dieu, depuis quelques années l'influence des catholiques y grandit et semble destinée à devenir prédominante.

La première fois que nous ayons eu l'occasion d'entendre parler de Thurso c'est en 1848, à l'occasion de la visite de Mgr. Guignes à Buckingham.

Thurso comptait alors de 30 à 40 familles catholiques ; les terres y étaient bonnes mais les protestants, quoique en minorité, régnaient en maîtres dans tout le pays.

Monseigneur forma donc le projet de construire une chapelle dans cette mission. Il fallait auparavant s'assurer d'un lopin de terre assez considérable pour satisfaire à tous les besoins futurs d'une paroisse. Dans ce but, il chargea un excellent catholique, M. Galipeau, de communiquer son projet à l'hon. M. Fraser, M. P. qui possédait de grandes terres à Thurso, et de lui demander son concours.

Ce concours ne fit point défaut. M. Fraser, aussi habile négociant que catholique généreux, s'empressa d'envoyer à Mgr. Guigues, qui se trouvait encore à Buckingham, la lettre suivante :

" (Thurso) Lochaber, 13 octobre i!

" Monseigneur,

" Lorsque j'eus le plaisir de vous entendre et ensuite le plaisir de vous voir à Terrebonne et ensuite à Sainte-Thérèse, je ne pensais pas pouvoir un jour vous aidei dans votre diocèse futur. Je me trouve cependant en ce moment placé de manière à favoriser votre troupeau et à vous être personnellement agréable. Je possède un lot de terre qui est au centre des catholiques, qui commande une vue avantageuse de la localité et réunit toutes les qualités nécessaires pour ériger une chapelle et y établir un cimetière dans un endroit élevé et sablonneux, très sûr. Je viens vous

faire les offres les plus libérales qui soient en mon pouvoir et j'ose me flatter que vous les agréerez.

" Je donnerai deux arpents de largeur depuis le chemin du roi, au trait carré, à prendre à un arpent et demi de ma ligne est, ce qui fera près de quatre arpents. Et ensuite, deux arpents de largeur sur dix de profondeur à prendre à trois arpents nord du chemin du roi, avec un chemin de 50 pieds pour y communiquer. Ce terrain ne sera pas immédiatement vis-à-vis de l'église afin de me procurer l'avantage de concéder des emplacements.

" Je m'obligerai aussi, Monseigneur, à vous donner 26 louis soit en argent, soit par l'ouvrage de mes débiteurs, pour vous aider à bâtir. Si, plus tard, la Providence me le permet, j'aurai beaucoup de plaisir à vous aider à orner votre chapelle.

" Cette lettre vous sera donnée par M. Galipeau chez qui j'écris. Il vous dira mieux que moi les avantages que vous aurez à accepter ces offres qui sont faites de tout cœur.

J'ai l'honneur d'être,

John Fraser."

L'offre de ce généreux catholique fut acceptée avec reconnaissance. C'est ainsi que la paroisse de Thurso est devenue propriétaire d'un vaste terrain de vingt-quatre arpents. Malheureusement quand on en prit possession, il se commit des erreurs dans le bornage, si bien que la chapelle fut construite en dehors du terrain concédé, erreur qui, d'ailleurs, fut réparée plus tard à l'amiable, par quelques ardents. La chapelle fut bâtie en 1854 et 1855. Voici en quels termes Mgr. Guignes parlait de cette mission : " 1855, Thurso. — M. Fraser a donné, par acte authentique vingtquatre arpents, dont quatre au village de FraserviUe (ce nom n'a point prévalu) et vingt, en bois debout, pour l'usage de l'église et du curé. Une église en bois, bien décente, a été élevée, grâce aux soins de M. Galipeau qui y a fait des dépenses, et grâce à M. Michel qui fait terminer actuellement cet ouvrage.

Nous avons parlé de l'influence des protestants. Ils étaient fort fanatiques. Un nommé Tucker, à Papineauville, et un M. Cameron, propriétaire d'une scierie à Thurso, cherchaient à per-

vertir les pauvres canadiens. Les suisses venaient y faire des assemblées auxquelles ceux-ci étaient invités. Cet état de choses inquiétaient fort le vigilant évêque. Lorsque M. Michel fut parti, le curé de Saint-André-Avellin fut chargé de le remplacer, ce qui était peu commode. " Le curé de Saint-André-Avellin, écrivait en juillet 1857 Mg-r. Guigues, vient ici une fois par mois. Ce n'est point assez. Il faudrait un curé. M. Galipeau s'offre de le nourrir pendant un an. Beau terrain, chapelle convenable, 80 familles, tant à Thurso qu'à Saint-Sixte ; beaucoup de gens négligents à leurs devoirs. Un curé résidant ferait du bien et aurait tôt fait de payer la dette et de bâtir un presbytère."

L'année suivante (juin 1859) il ajoutait cette note : " Il faut un prêtre à Thurso, d'ici à deux ans, pour contrebalancer l'influence protestante. Depuis que M. David visite la mission, l'état de chose s'améliore un peu."

En 1861, les habitants pétitionnèrent pour avoir un prêtre, Mgr. se décida à leur donner le curé de Saint-Philippe, M. Jouvent, qui devait desservir en même temps Sainte-Malachie. Toutefois cette nominatiori fut suspendue comme prématuré. M, Jouvent fut envoyé, peu après (1862) à Buckingham, et ce ne fut qu'en 1864 que Thurso devint définitivement une paroisse,

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