‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 11 sur 193 · WRITTEN ON THE RIVER ST. LAWRENCE · texte numérisé non relu

WRITTEN ON THE RIVER ST. LAWRENCE

Faintly as tolls the turning chimes Our voices keep tunes and our oars keep time. Soon as thé woods on shore look dim We'll sing at St. Ann's our parting hymn.

Row, brothers, row, the stream runs fast, The Rapids are near, and the day light's past !

Why should we get our sail unfurl !

There is not a breath the blue wave to curl ! But when the wind blows ofi" the shore, Oh ! sweetly we'll rest on our weary oar.

Blow, breezes, blow, the stream runs fast, The Rapids are near and the daylight's past !

Utawas' tide, this trembling moon Shall see us float over thy surge soon, Saint of this green Isle ! hear our prayers, Oh ! grant us cool heavens and favouring airs.

Blow, breeze, blow, the stream runs fast, The Rapids are near, and the daylight's past !

Nous ne terminerons pas ce chapitre sans offrir à nos lecteurs un régal littéraire qui les délassera des aridités de l'histoire. C'est la légende de Cadieux, due à la plume du docteur Taché dont les lettres pleurent encore la perte, t

* Benj. Suite. Œuvres diverses.

t Forestiers et Voyageurs, par le docteur Taché.

" En remontant la grande rivière des Outaouais, on ne manque pas de s'arrêter au " Petit-Rocher de la haute montagne " qui est au milieu du portage de cette chute, en bas de l'île du *' Grand-Calumet" : c'est là qu'est la fosse de Cadieux, dont tout le monde a entendu parler.

Chaque fois que les canots de la compagnie passent au Petit- Rocher, un vieux voyageur raconte aux jeunes gens l'histoire de Cadieux ; les anciens voyageurs qui l'ont déjà entendu raconter aiment à l'entendre quand ils ne la redisent pas eux-mêmes. Cette fois-là, ce fut le vieux Morache, un ancien guide, qui nous déroula le récit des aventures de Cadieux.

Cadieux était un voyageur interprète marié à une Algonquine ; il passait d'ordinaire l'hiver à la chasse, et, l'été, il traitait avec les sauvages, pour le compte des marchands. C'était au temps des dernières expéditions des Iroquois : Cadieux avait passé la saison de chasse au portage des Sept-Chutes où il était cabane avec quelques autres familles : on était alors au mois de mai, et Cadieux attendait des sauvages de l'Ile et des "Courte-Oreille (Outaouais), qui devaient descendre en même temps que lui jusqu'à Montréal avec des pelleteries.

La plus grande tranquillité régnait dans les cabanes du Petit Rocher, lorsqu'un beau jour un jeune sauvage, qui était allé rôder autour des rapides et en bas du portage, arriva tout essoufflé au milieu des familles dispersées autour des cabanes, en criant : Nattaoué ! Nattaoué ! les Iroquois ! les Iroquois !

En effet un parti de guerre iroquois était, en ce moment, à environ une lieue en bas du portage des Sept-Chutes : ils savaient que c'était le temps où les canots descendaient la Grande-Rivière venant des pays de chasse, et ils voulaient " faire coup ".

Il n'y avait qu'un seul moyen d'échapper, c'était de tenter de sauter les rapides, chose à peu près inouïe ; car, comme le disait le vieux Morache, " ils ne sont pas drus les canots qui sautent les Sept-Chutes."

Mais ce n'était pas tout cependant, il fallait encore que quelqu'un restât sur place pour opérer une diversion, attirer les Iro-

quois dans le bois et les empêcher ainsi, une fois engfagés dans le portag-e, de porter leur attention sur les rapides et de connaître ce qui était arrivé. Pour qui sait ce que c'était que les Iroquois dans ce temps Ik, il sera facile de comprendre que sans un pareil stratagème, l'examen des traces toute fraîches laissées par les feuilles les eut fait de suite partagé en deux bandes dont l'une eut remonté et l'autre descendu la rivière, à la poursuite des fugitifs*

Cadieùx comme le plus capable et le plus entendu de tous, se chargea de la périlleuse mais généreuse mission, prenant avec lui un jeune Algonquin dans le courage et la fidélité duquel il avait une grande confiance. Leur but atteint, Cadieux et son compagnon se proposaient de prendre le chemin le plus sûr pour rejoindre leurs gens, qui devaient envoyer à leur rencontre en cas d'un trop long retard.

On leva les cabanes : une fois les préparatifs faits, Cadieux et son jeune compagnon, armés de leurs fusils, haches et couteaux, munis de quelques provisions, partirent pour aller au-devant des Iroquois. Il était convenu que les canots laisseraient le couvert de la rive pour se lancer dans les rapides, dès qu'on aurait entendu le rapport d'un ou de plusieurs coups de fusils dans la direction du portage.

Une heure ne s'était pas écoulée qu'un coup de fusil retentit, suivi bientôt d'un autre, puis de plusieurs. Pendant cette lutte, au bruit des détonations, les canots engagés dans les terribles courants, bondissaient au milieu des bouillons et de l'écume, plongeaient et se relevaient sur la crête des vagues qui les emportaient dans leur course. Les habiles canotiers, hommes et femmes, aux deux bouts de chaque canot, régularisaient leurs mouvements, évitaient les pointes acérées des rochers, et tenaient avec leurs avirons ces frêles canots d'écorce dans les "filets d'eau propices," indiqués par l'état de la surface des ondes et la forme du courant.

On s'était recommandé en partant à la bonne Sainte-Anne, et on priait de cœur tout le temps. — "Je n'ai rien vu dans les Sept- Chutes, disait ensuite la femme de Cadieux, qui était une pieuse

femme, je n'ai rien vu qu'une "grande dame blanche" qui voltig'eait devant les canots et nous montrait la route ! "

Les canots furent sauvés, et rendus en peu de jours hors d'atteinte des ennemis au lac des Deux-Montag'nes. Mais que faisait Cadieux et son sauvage pendant tout ce temps, et que devinrent-ils ? Voici ce qui s'était passé, comme on l'a su plus tard de quelques Iroquois et des gens envoyés au-devant du brave interprète.

Cadieux avait d'abord laissé les Iroquois s'engager dans le portage. Après avoir choisi l'endroit le plus favorable pour les tenir hors de la vue de la rivière, il s'était placé en embuscade à petite portée du sentier, bien caché dans d'épaisses broussailles : il avait de même embusqué son sauvage à quelques arpents plus haut pour faire croire à la présence de plusieurs partis, une fois l'affaire engagée.

Cadieux laissa passer les éclaireurs Iroquois, qui furetaient de l'œil les bords du sentier, et les premiers guerriers porteurs des canots, jusqu'à ce que les ennemis ayant atteint l'endroit occupé par le jeune Algonquin, il entendit le coup de celui-ci et le cri d'un ennemi atteint.

Les Iroquois ainsi subitement attaqués, bondirent de surprise et firent halte à l'instant ; mais avant même que les porteurs ne se fussent délivrés de leurs charges, un second coup de fusil, tiré par Cadieux au milieu du convoi, abattit un second guerrier. Il est probable que Cadieux avait donné rendez-vous à son sauvage dans une savane peu éloignée du portage ; car c'est vers cet endroit que tous les deux se dirigèrent, en faisant avec succès le coup de feu à l'abri des taillis.

Les avantages avec lesquels les deux braves faisaient la guerre à leurs nombreux ennemis, n'empêchèrent pas cependant le jeune Algonquiu de tomber sous leurs coups. Il ne rejoignit pas Cadieux au lieu du rendez-vous, mais il vendit chèrement sa vie.

Pendant trois jours les Iroquois battirent la forêt pour retrouver les traces des familles, ne s'imaginant pas même qu'elles eussent entrepris la descente des rapides ; pendant trois jours

aussi ils traquèrent le brave voyageur dans le bois. Trois jours et trois nuits qui furent sans sommeil et sans repos pour le brave Cadieux ! Au bout de ce temps les envahisseurs, désespérant de rejoindre les familles et de se rendre maîtres de leur imprenable adversaire, convaincus du reste qu'ils étaient frustrés du fruit de leur expédition remirent leurs canots à l'eau pour redescendre la Grande-Rivière.

Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis le départ des familles du Petit-Rocher ; on avait eu connaissance du retour des Iroquois, et Cadieux n'était pas encore arrivé : trois hommes partirent donc pour aller à la rencontre de l'interprète et de son compagnon. Ces trois voyageurs remontèrent l'Outaouais jusqu'au Portage-du- Fort sans trouver de traces de quoi que ce fût ; là ils commencèrent à observer les marques du passages des Iroquois, et plus haut des signes qu'ils reconnurent comme indiquant que leur ami avait séjourné dans le voisinage.

Quand, arrivés au portage des Sept-Chutes, ils trouvèrent un petit abri construit de branches qui paraissait avoir été abandonné, ils résolurent de pousser un peu plus loin dans leurs recherches, pensant que Cadieux et son camarade avaient peut-être été obligés de remonter la rivière, pour prendre refuge chez les sauvages de l'Ile.

Deux jours plus tard, c'était le treizième depuis la séparation de Cadieux et des familles, ils revinrent sur leurs pas après avoir consulté les sauvages qu'ils rencontrèrent, certains que leurs deux amis devaient être rendus au lac des Deux-Montagnes ou morts.

En repassant de nouveau près du Petit-Rocher, ils aperçurent de loin, sur le bord du sentier du portage, à côté de la petite loge qu'ils avaient crue abandonnée quelques jours auparavant, une croix de bois dont ils s'approchèrent avec un respect mêlé d'un étonnement étrange.

La croix était plantée à la tête d'une fosse à peine creusée dans le sol, et dans cette fosse gisait le corps encore frais de Cadieux, à demi enseveli dans des branches vertes. Les mains du mort étaient jointes sur sa poitrine, sur laquelle reposait un large feuillet d'écorce de bouleau couvert d'écriture.

Les voyageurs prirent cette écorce qui devait leur révéler le mystère de la mort de leur ami, et leur en expliquer les circonstances extraordinaires ; celui d'entre eux qui savait lire lut les écritures confiés à ce papier des bois et les relut plusieurs fois, en face du cadavre à peine refroidi du brave Cadieux.

De tout ce qu'ils voyaient et de ce qui était écrit sur cette écorce, les voyageurs conclurent que le pauvre Cadieux, le cerveau épuisé par la fatigue, les veilles, l'inquiétude et les privations, avait fini, comme c'est presque toujours le cas dans ces circonstances, par errer à l'aventure jusqu'à ce qu'il fut revenu à l'endroit même d'où il était parti ; qu'une fois là, il avait vécu "sans dessein," suivant l'expression du vieux Morache, pendant quelques jours, se nourrissant de fruits et d'un peu de chasse, sans faire de feu dans sa petite loge de crainte des Iroquois, allant s'affaiblissant de jour en jour; il les avait reconnus après examen, mais que l'émotion de la joie avait produit en lui un choc tel qu'il était resté sans parole sans mouvement ; qu'après leur départ, enfin, ayant perdu tout espoir, se sentant près de mourir et retrouvant un peu de force dans ces moments solennels, il avait, après avoir écrits ces derniers adieux au monde des vivants, fait les préparatifs de sa sépulture, mis la croix sur sa tombe, s'était placé dans sa fosse et avait amoncelé de son mieux, sur lui, ces branches dont son corps était recouvert, pour attendre ainsi, dans sa prière, la mort qu'il comprenait ne devoir point retarder à venir.

Cadieux était voyageur, poète et guerrier ; ce qu'il avait écrit, sur l'écorce dont il est parlé, était son '* chant de mort." Avant de se coucher dans cette froide tombe du portage des Sept-Chutes, l'imagination de celui qui avait tant vécu avec la nature s'était exaltée, et comme il avait l'habitude de composer des chansons de voyageurs, il avait écrit sur ce feuillet de bois son dernier chant. . .

Voici cette "Complainte de Cadieux," écrite par lui-même sur de l'écorce, au Petit-Rocher des Sept-Chutes, avant de se placer dans la fosse creusée de ses mains :—

Petit-Rocher de la Haute-Montagne, Je viens ici finir cette campagne ! Ah ! doux échos, entendez mes soupirs, En languissants, je vais bientôt mourir !

go

Petits oiseaux, vos douces harmonies, Quant vous chantez, me rattachent h la vie : Ah ! si j'avais des ailes commes vous. Je s'rais heureux avant qu'il fut deux jours !

Seul dans ces bois, que j'ai eu de soucis. Pensant toujours h mes si chers amis ; Je demandais : hélas ! sont-ils noyés ? Les Iroquois les auraient-ils tués?

Un de ces jours que m'étant éloigné,

En revenant je vis une fumée ;

Je me suis dit : ah ! Grand Dieu ! qu'est ceci ?

Les Iroquois m'ont-ils pris mon log'is ?

Je me suis mis un peu à l'ambassade, Afin de voir si c'était embuscade ; Alors je vis trois visages français.

M'ont mis le cœur d'une trop grande joie !

Mes genoux plient, ma faible voix s'arrête. Je tombe. . . .hélas ! à partir ils s'apprêtent : Je reste seul. . . .pas un qui me console, Quand la mort vient par un si grand désole !

Un loup hurlant vient près de ma cabane. Voir si mon feu n'avait plus de boucane ! Je lui ai dit : Retire-toi d'ici ; Car par ma foi, je perc'rai ton habit !

Un noir corbeau volant à l'aventure, Vient se percher tout près de ma toiture ; Je lui ai dit ; mangeur de chair humaine, Va-t-en chercher autre viande que mienne.

Va-t-en là-bas dans ces bois et marais. Tu trouveras plusieurs corps iroquois ; Tu trouveras des chairs aussi des os ; Va-t-en plus loin, laisse-moi en repos !

Rossignolet, va dire à ma maîtresse, A mes enfants, qu'un adieu je leur laisse, Que j'ai gardé mon amour et ma foi, Et désormais faut renoncer à moi !

C'est donc ici que 1' monde m'abandonne. Mais j'ai recours en vous Sauveur des hommes ! Très-Sainte Vierg^e, ah! m'abandonnez pas, Permettez-moi d' mourir entre vos bras !

Les Canadiens pleurèrent en lisant sur l'écorce le chant de mort du brave Cadieux. Ils consolidèrent la croix de bois, remplirent la fosse qui contenait les restes de cet homme fort, élevèrent un tertre sur cette tombe solitaire, et prièrent pour le repos de l'âme de leur ami.

L'écorce sur laquelle était écrite la complainte de Cadieux fut apportée au poste du Lac ; les voyageurs adaptèrent un air approprié à ce chant si caractéristique de la rude vie de chasseur et de guerrier des bois, si étonnant par les idées et si digne de remarque à cause des circonstances de sa composition.

On prit la coutume d'entretenir une copie de cette complainte, aussi écrite sur de l'écorce, attachée à un arbre voisin de la tombe de Cadieux au portage des Sept-Chutes. La chose se faisait encore de mon temps et c'est dans cet endroit même que j'ai appris l'histoire de Cadieux, dont les voyageurs sont si fiers. La vieille croix de bois a disparu. Un patriote, M. Joseph Bourque, entrepreneur à Hull, qui bâtit, en 1893, ^^ magnifique Hôtel-de- Ville de Bryson, en face de l'île du Calumet, a voulu élever à ses frais un monument en marbre blanc à la mémoire de Cadieux.

Page 1