SAINT-EUGÈNE
Nous avons laissé la paroisse de Saint-Eugène aux prises avec les difficultés d'une construction d'église dans des circonstances assez douloureuses. Une partie de l'argent recueilli à cet effet fut perdue par la mauvaise administration d'une personne, d'ailleurs fort honnête, à qui on l'avait confiée, ce qui souleva la discorde dans la congrégation. L'église fut bâtie en partie sur le cimetière, en partie sur un terrain donné par M. Pierre Labrosse. D'après le contrat, elle devait être terminée et livrée dans le courant de 1861. Les embarras financiers contre lesquels on se débattait, prolongèrent indéfinitivement ce terme, et lorsqu'en 1864, M. CoUins, découragé, quitta Saint-Eugène pour la paroisse de Pakenham, l'église n'était pas encore couverte (août 1864).
Son successeur fut un jeune prêtre récemment ordonné et vicaire depuis quelque temps à Buckingham, M. Joseph Thomas Duhamel, le futur évêque d'Ottawa (10 novembre 1864).
La première sollicitude du nouveau curé fut de rétablir la concorde dans la paroisse. Il y réussit. Une partie de la dette fut payée. M. Mongenais fit un prêt important à des conditions
satisfaisantes. Les travaux furent alors poussés avec ardeur, et bientôt (9 novembre 1865) l'ég-lise, bénite solennellement par Mgr. Guigues, fut livrée au culte. L'ancienne chapelle fut convertie en presbytère (1867).. La nouvelle ég-lise de Saint-Eugène, une des plus belles assurément du diocèse, faisait l'orgueil des paroissiens, et la première vente des bans (6 janvier 1866) témoigna de leur enthousiasme puisqu'elle rapporta treize cent quatre-vingt-dix-huit piastres, somme considérable pour le temps.
Le clocher fut élevé, en 1867, par souscriptions, sans que la dette en fut accrue. Enfin, en 1872, on donna le contrat pour terminer complètement tout l'intérieur de l'église qui fut ainsi parachevée non sans de fortes dépenses.
En 1870, M. Duhamel qui, comme son prédécesseur, était chargé de la desserte de Saint-Joachim, se trouvant absorbé par un actif ministère dans sa grande et belle paroisse, obtint de Mgr. Guigues la permission de céder cette mission à M. Mancip, curé de Saint-Philippe, sur l'autre bord de la rivière.
Par une singulière coïncidence, on remarque à Saint-Eugène que le premier acte signé dans les registres par M. Duhamel fut la sépulture de Domitille Lavigne (12 novembre 1864) et que le dernier acte signé : " Jos. Thos., évêque élu d'Ottawa, " fut le mariage de Félix Perrier et d'Aurélie Lavigne, fille de la défunte Domitille Lavigne (12 octobre 1874). Mgr. Duhamel fit ses adieux à sa chère paroisse le dimanche 26 octobre 1874 et fut remplacé par M. Towner.