‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 13 sur 193 · LES COLONS DE L'OTTAWA · texte numérisé non relu

LES COLONS DE L'OTTAWA

A page suivante de M. Rameau de Saint- Père, va servir de prologue à ce chapitre.

" La paix suivit, en Amérique, celle qui fut conclue dans toute l'Europe, après la chute de Napoléon (1815.) L'Angleterre, désireuse d'asseoir plus solidement sa domination dans l'Amérique du Nord et d'y préparer un contre-poids sérieux à la puissance si menaçante des Etats-Unis, reprit aussitôt ses projets d'immigration. Quelques riches Anglais, avec ce patriotisme intelligent qui distingue leur nation, consacrèrent leurs ressources et leurs efforts à seconder cette œuvre, et tout contribua bientôt à donner une vive impulsion à l'immigration anglaise au Canada. Beaucoup de distributions de terres furent faites aux officiers et aux soldats que la paix avait rendus libres ; plusieurs seigneurs écossais démembrèrent leurs clans, devenus très nombreux, et vinrent eux-mêmes, à la tête de leurs vassaux, présider à leur installation dans cette nouvelle patrie ; on commença, dès lors, à voir naître ce mouvement considérable d'émigration qui, chaque année, vient grossir les habitants du Haut-Canada ; même dans le Bas-Canada, beaucoup de colons vinrent se joindre aux Anglais et aux Amériricains déjà établis en ce pays ; et c'est à cette époque que se rapporte l'oiigine ou le développement de presque tous les groupes agricoles anglais dispersés, çà et là, dans quelques comtés du Bas-Canada.

" Les premiers colons de Perth, (comté de Lanark) furent des Ecossais sortis des régiments qui avaient combattu contre la France, en Espagne et en Belgique, durant les années 1809-1815. Perth est le nom d'une des villes les plus célèbres de l'Ecosse.

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** Les Canadiens-français, pendant toute la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième s'entassèrent dans les seig^neuries des bords du fleuve. En 183 1, ils commencèrent à déborder. De 1831 à 1840, quarante mille émigrèrent. Dans l'Ontario, les premiers envahissements se font par Vaudreuil et Soulanges, dans Gleng-arry, Prescott, Russell, Carleton, et par l'Ottawa.

" Dès 1844, des noyaux importants sont formés. La seig^neurie de l'Orig-nal et les cantons environnants comptent quinze cents Canadiens.

"D'ailleurs, les voyageurs, draveurs, navigateurs de l'Ottawa sont presque tous Canadiens. Ils forment de petits établissements sur le bord du fleuve. A Bytown, ils occupent la basse-ville. Dans les quatre comtés, ils comptaient, en 1844, environ 3,400 âmes, dont 900 dans Glengarry. "*

Il y a de l'emphase dans cette page, qui généralise un peu trop, surtout au sujet des seigneurs écossais, mais on n'y tronve pas moins un tableau vivant du mouvement de colonisation en Ontario, à l'époque qui nous occupe. L'histoire détaillée de ce mouvement va faire le sujet de ce chapitre.

Nous n'avons point à raconter ici la guerre de 18 12, entre le Canada et les Etats-Unis, avec ses péripéties si glorieuses pour les Canadiens-français. Ce serait sortir de notre sujet.

Cette guerre alarma grandement l'Angleterre ; et, même après la signature de la paix, le gouvernement britannique continua de porter son attention sur le peu de solidité de sa position en Amérique. Les dangers de la proximité de Montréal et du Saint-Laurent de la frontière américaine, devinrent évidents à tous les yeux. Rien n'était plus aisé, pour les Américains, que d'intercepter les communications fluviales, les seules possibles alors, entre le Haut et le Bas-Canada.

Dans ces conjonctures, on prit deux résolutions : la première, d'arrêter le défrichement de la rive sud du Saint-Laurent, afin que la forêt vierge y demeurât comme un rideau infranchissable à une

* Rameau de Saint-Père : La France aux Colonies. II p. 140.

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armée ennemie marchant sur Montréal ; la seconde, d'ouvrir, au nord, entre les deux provinces, par l'Ottawa, une route nouvelle, non plus de canots mais de navires, à l'abri d'un coup de main. Pour obtenir ce dernier objet, trois choses étaient nécessaires : premièrement, coloniser la vallée de l'Ottawa ; secondement obvier k l'obstacle des rapides qui embarrassait la rivière, par le creusement de petits canaux latéraux ; troisièmement, enfin, relier, par un canal, le lac Ontario h l'Ottawa. C'est k quoi le gouvernement anglais se résolut, en 1816.

Au duc de Wellington est dû le premier mouvement sérieux d'émigration en Canada. Les secours en bois et en blé que le Canada avait fournis à l'Angleterre, firent connaître les immenses ressources de ce pays si dédaigné, et comprendre l'avantage qu'il y aurait de détourner le courant d'émigration, vers une colonie britannique, au lieu de le voir se perdre aux Etats-Unis, sans profit pour la mère-patrie.

Devenu premier ministre, Wellington conçut un plan qui lui réussit mieux qu'au maréchal Bugeaud en Algérie. Ce fut de former des colonies militaires. Choisir des vieux soldats ayant du goût pour l'agriculture, leur donner des terres, les instruments agricoles indispensables, et des rations de vivres pour plusieurs années, telle fut sa politique. On a dit que beaucoup de ces soldats se découragèrent et vendirent leurs lots pour une bouteille de brandy, qu'il se fit un agio effréné sur ces concessions du gouvernement, et que presque toutes ces terres changèrent de main. Cela est vrai assurément, et nous confessons volontiers que la seule grande colonisation est la colonisation libre, entreprise par des fermiers de bonne volonté, comme celle qui commença dix ans plus tard. Mais cela n'empêche pas de proclamer le succès relatif du duc de Wellington. C'est à la colonisation militaire que les comtés de Lanark et Carleton doivent leur existence.

En même temps que les soldats, et à leur suite, arrivèrent des lairds écossais, pauvres gentilhommes campagnards qui s'y établirent avec un certain nombre d'hommes de leur clan. Le plus célèbre d'entre eux fut MacNab, qui se fixa à la chute des Chats, et forma le canton qui porte encore aujourd'hui son nom. La capitale de tout le pays fut Perth.

" En 1815, dit Benjamin Suite, un appel fut fait en Ang-leterre, aux classes susceptibles d'émigrer dans les colonies. On promettait monts et merveilles. Les pauvres diables qui se laissèrent eng-luer par les prospectus eurent à s'en repentir. A leur arrivée ici, ils virent de suite, qu'on n'avait pris encore aucune mesure pour les établir. Un grand désappointement s'ensuivit. Déjà nous commencions à enseigner aux étrangers la voie qui mène aux Etats-Unis. Ni chemins, ni outils, ni nourriture pour les colons. On fut deux années à tâtonner, avant de leur donner des terres. Pendant ce temps la plupart des immigrants se mettaient à la ration que le commandant de troupes voulut bien leur accorder par un sentiment de pitié, les autres repartirent. Enfin on s'imagina avoir conçu un plan de colonisation sans pareil, et pour l'exécuter, vers 1817, près de mille soldats, vétérans des guerres d'Espagne et de France, reçurent des terres dans la région de Perth, aujourd'hui à quinze lieues en arrière d'Ottawa. Le plus grand nombre de ces guerriers attendirent qu'ils eussent le droit de vendre, ou que le gouvernement cessât de leur fournir des rations, puis ils décampèrent. On vit vendre des lots de terres pour une bouteille de rhum.

" De 1816 à 1825, un assez fort contingent d'Ecossais prit possession des terres aux environs d'Ottawa.

"Plusieurs officiers et soldats des Meurons, si je ne me trompe, soldats français et suisses, au service de l'Angleterre, reçurent des billets de location dans cette partie du pays. M. l'abbé de la Mothe, chapelain des Meurons, se fit donner des concessions près de Perth."

Mais entrons dans de plus grands détails sur des événements intéressants pour notre histoire.*

Après les grandes guerres de l'empire, la paix universelle, qui suivit, permit de licencier l'armée anglaise trop considérable pour les besoins actuels. A Québec, les deux régiments 99 et 100, furent tondus en un seul. On offrit à la foule des vétérans, soldats et officiers réformés, de leur concéder des terres dans le Haut- Canada.

*Ces détails sont tirés du Ne7v Historical Atlas of Carleton Coinitry,

Ils acceptèrent, et le 28 juillet 1818, les nouveaux colons et leurs familles, sous la conduite du colonel Burke, s'embarquèrent par le haut de l'Ottawa. Au moment de partir, ils virent entrer dans le port de Québec, le navire qui portait le nouv^eau gouverneur du Canada, le duc de Richmond, dont ils devaient honorer la mémoire.

Arrivés au pied de nos Chaudières, les vétérans dressèrent leurs tentes dans la plaine qui porte encore aujourd'hui comme alors le nom àç.fiats. C'est là que les femmes et les enfants passèrent toute la belle saison. Quant aux hommes, ils partirent pour visiter, partager et défricher les terres qu'on leur avait concédées. Il leur fallut se frayer un chemin, la hache à la main, à travers la forêt vierge, sur une longueur d'une vingtaine de milles. La nouvelle colonie fut appelée Richmond, en l'honneur du gouverneur, et le chemin qui y menait, le premier du pays, fut connu sous le nom de Richmond Road. Cinq ou six familles s'établirent, soit au débarcadère des Flats, soit sur le Richmond Road.

A la même époque, d'autres colons, également militaires, étaient déjà installés dans le canton de Perth. D'autres arrivèrent immédiatement après, et prirent possession des meilleurs lots du canton de March et de Torbolton, sur le bord de la rivière ; et de quelques terres de Nepean.

En 1820, le canton de Huntley fut ouvert à son tour. Le premier colon de Gloucester fut un Américain, du nom de Billings. Il y resta seul jusqu'en 1819. Fitzroy date de 1819-1823, North Gower de 182 1, Osgoode, de 1826.

Le colonel Burke voulait faire une ville de Richmond. On traça de larges rues. Des terrains furent concédés aux trois églises officiellement reconnues par l'armée britannique ; l'anglicane, pour les Anglais ; la presbytérienne, pour les Ecossais ; la catholique, pour les Irlandais. Mais la fondation de Bytown fut la ruine de Richmond.

Richmond fut témoin, en 1819, d'un tragique événement. Dans l'été de cette année, le gouverneur-général, qui était allé visiter son gendre, sir Peregrine Maitland, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, résolut d'inspecter, à son retour, le pays par où

devait passer le fameux canal que l'on projetait, dès lors, entre l'Ontario et l'Ottawa, et de se rendre compte, de visu, des avantages des divers projets soumis au g-ouvernement.

Il fit, à pied, péniblement, le voyage de Kingston à Richmond, où les officiers de la nouvelle colonie lui préparaient une grande réception. C'est dans ce village qui devait lui être si cher, que la mort l'attendait. Pendant la fête, le duc se sentit indisposé et le lendemain, comme il prenait le chemin des Chaudières pour, de là, descendre en bateau à Québec, il fut, tout-à-coup, saisi d'un accès d'hydrophobie si violent qu'il en mourut misérablement dans une cabane. On a dit qu'il avait été mordu, quelque temps auparavant, à Sorel, par un renard apprivoisé qu'il aimait à caresser.

Son corps fut transporté à Québec, et enterré, en grande pompe, dans la cathédrale anglicane le 4 septembre 1819.

Le canton de Nepean fut lent à progresser. En voici la raison. Beaucoup des meilleures terres, là et ailleurs, sur les bords de l'Ottawa, avaient été concédées, dès avant 1800, à des loyalistes qui n'y mirent jamais les pieds, mais qui les conservèrent dans la prévision d'un " boom " futur. Cette spéculation, sur une hausse éventuelle du prix des biens-fonds, paralysa, dans beaucoup d'endroits, la colonisation. Aussi, ne comptait-on, dans Nepean, que dix familles à peine, avant 1818.

A cette époque, un mauvais chemin avait été ouvert, depuis le Long-Saut jusqu'à Hull, et la première diligence du pays était conduite par un certain Moses Holt. De Hull, on montait en canot jusqu'au lac des Chats. Le voyage n'était guère confortable, car il fallait payer si place et ramer, par dessus le marché. Les premiers marchands de bois étaient tous Américains. C'était à Hull que les colons de Nepean passaient pour les affaires, le service religieux, et même pour les enterrements, Cet état de choses dura jusqu'en 1826.

Voilà ce qui explique la fondation de Richmond. Les colons vétérans n'avaient pu s'établir dans le canton de Nepean, dont les terres étaient concédées, et avaient dû se frayer, à travers les bois, une route jusqu'au canton de Goulburn.

La plupart des cantons voisins eurent, pour premiers colons, les ouvriers du canal Rideau, licenciés à la fin de cette grande entreprise.

Un Irlandais, John Hinton, s'établit en 1820, à Richmond. Il devint reeve, puis warden du comté ; puis il s'établit à Hintonburg, faubourg, aujourd'hui, de la capitale.

Telles sont les origines du comté de Carleton.*

Le recensement de 1824 f nous donne les chiffres suivants pour la population totale de la province ecclésiastiqe d'Ottawa.

Comté de Prescott 2,377

Comté de Russell 183

Comté de Carleton 2,116

Comté de North Lanark ' 3> 100

Comté d'Ottawa . . J 2,488

Total 10, 264

Parmi ces colons, combien y avait-il de catholiques ? Nous l'ignorons. Mais en nous basant sur la proportion des recensements futurs, qui ont tenu compte des divers cultes, nous pouvons établir les chiffres approximatifs suivants :

Prescott 1 , 200

Russell 60

Carleton 700

North Lanark 600

Ottawa 1,000

Total 3,560

Comme on voit, en 1824, le comté de Russell n'existait, pour ainsi dire, point encore ; le comté de Prescott était peuplé surtout

* Le comté de Carleton, comme ceux de Prescott et de Russell, a porté divers noms. Il a fait partie des comtés de Dundas et de Grenville. Pour éviter les confusions, nous avons eu soin de ne jamais nommer les localités que par les noms qu'elles portent aujourd'hui.

t Census of Upper Canada, 1824.

t Recensement du Bas-Canada, 1827. Le chiffre de la population du comté d'Ottawa est donc de l'année 1827, et non de 1824, comme celui des comtés d'Ontario.

d'Ecossais venus de Gleng-arry ; quant au comté de Lanark, sa population relativement assez dense, était composée de colons militaires et d'Ecossais, groupée autour de Perth. N'oublions pas, d'ailleurs, que quatre cantons, seulement, de ce dernier comté, appartienneut au diocèse d'Ottawa. Nous ne parlons pas d'Argenteuil où il n'y avait presque point de catholiques, parmi les deux mille et quelques cents habitants appartenant à notre diocèse.

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