‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 189 sur 193 · ADMINISTRATION DU RÉV. PÈRE DANDURAND · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DU RÉV. PÈRE DANDURAND

ONSEIGNEUR Guignes mourut le 8 février 1874 à 10.20 heures du soir.* Les fatigues plutôt que l'âge avaient épuisé sa robuste constitution et depuis un an déjà chacun s'apercevait de l'afFaiblissemen graduel de ses forces. Le 10 décembre 1873, il nomma son fidèle vicaire-général, le Père Dandurand, administrateur du diocèse. Il était depuis longtemps sujet à de fréquentes hémorrhagies. Dans ces dernières semaines, elles se renouvelèrent avec tant de violence qu'on vit bien qu'elles déferaient toutes les ressources de l'art et que l'auguste patient succomberait dans une s)ncope occasionnée par la faiblesse, ce qui eut lieu.

Sa mort fut pieuse et douce comme sa vie ; le calme et la résignation avec lesquels il reçut les derniers sacrements, édifièrent et consolèrent tous les membres de sa maison épiscopale qui avaient pour lui les sentiments de la plus filiale affection.

La mort de Monseigneur Guigues, à laquelle tout le monde s'attendait, n'en causa pas moins une émotion profonde dans la

* Nous avons puisé tous les détails de ce chapitre dans la brochure intitulée : Mgr. J.-E.B. Guignes, ler évêque d'Ottawa, qui fut publiée quelques jours après sa mort.

ville et dans le diocèse. Pour tous les catholiques, et nous pouvons ajouter sans exagération pour un grand nombre de protestants, cet événement fut comme un deuil personnel tant la figure du premier évêque d'Ottawa était familière à tous et révérée. Une foule immense vint contempler pour la dernière fois sa dépouille mortelle exposée dans la chapelle de l'évêché.

Les funérailles, qui eurent lieu le 12 février, donnèrent occasion à la plus imposante manifestation çlont la ville d'Ottawa eut jamais jusqu'alors été témoin. Sept évêques, une centaine de prêtres, les ministres fédéraux, une toule de sénateurs et de députés se firent un devoir d'assister aux obsèques. Le funèbre cortège partit de l'évêché, descendit la rue Saint-Patrice et revint par les rues Dalhousie, Rideau et Sussex à la cathédrale. On calcule que quinze mille personnes environ assistèrent au défilé. L'archevêque de Québec, Mgr. Taschereau, chanta le service ; Mgr. Fabre, coadjuteur de Montréal, fit en français l'éloge funèbre du défunt, tandis que Mgr. W«dhams, évêque d'Ogdensburg, se chargea en anglais du même pieux office.

Le corps fut ensuite inhumé dans le soubassement de la cathédrale où une inscription gravée sur le marbre témoigne de la filiale affection de celui qui, après avoir été l'enfant de prédilection de Mgr. Guignes, devait être le digne héritier de ses dignités et de ses œuvres.

Nous reproduisons ici l'acte de sépulture du premier évêque d'Ottawa, avec les noms des prélats présents à ses funérailles.

" Le 12 février 1874. — Nous, soussigné archevêque de Québec, avons inhumé dans la voûte réservé aux évêques défunts, sous la cathédrale, dans la tour sud, le corps de Sa Grandeur Monseigneur Eugène Bruno Guigues, décédé en son palais épiscopal, le huit du présent mois, dimanche, solennité de la Chandeleur, muni des sacrements de notre mère la sainte Eglise, entouré de son clergé affligé et de nombreux fidèles.

" Sa Grandeur est né le 28 août 1808, à Gap, France, du sieur Bruno Guigues, capitaine de cavalerie, sous le premier empereur français, et de dame . Fait prêtre le 26 mai 1828, élu évêque de Bytown le 9 juillet 1847, sacré évêque de

Bytown dans la cathédrale de Bytown, plus tard Ottawa, le 30 juillet 1848, par Sa Grandeur Mgr. Gaulin, évêque de Kingston, assisté de Leurs Grandeurs Messeigneurs J. Bourget, évêque de Montréal et Patrick Phelan, évêque coadjuteur de Kingston.

** Etaient témoins de la sépulture : Mgr. Chs. Larocque, évêque de Trois-Rivières, Mgr. Langevin, évêque de Rimouski, Mgr. Fabre, évêque de Gratianopolis, Mgr. Horan, évêque de Kingston, Mgr. Wadhams, évêque d'Ogdensburgh. Suivent les signatures parmi lesquelles il faut signaler celles de MM. Conway et Heenan, administrateurs, sede vacante, des diocèses de Toronto et d'Hamilton."*

Le Père Dandurand, curé de la cathédrale et vicaire-général du diocèse, présenta à Mgr. Taschereau, archevêque de Québec et métropolitain de la province ecclésiastique, ses lettres d'administration datées et signées, le 10 décembre 1873, par le défunt évêque d'Ottawa. Ces lettres furent approuvées le 12 février 1874, par l'archevêque, alors présent dafts la ville à l'occasion des funérailles, et à partir de ce jour, par privilège spécial du Souverain Pontife, la juridiction épiscopale lui fut dévolue dans le diocèse d'Ottawa, durant la vacance du siège.

Cette vacance ne dura pas longtemps, car le ler septembre 1874, M. l'abbé Joseph-Thomas Duhamel, curé de Saint-Eugène, était élu évêque d'Ottawa.

Il convient, en terminant ce troisième livre de notre ouvrage, de jeter un coup d'oeil sur l'œuvre accomplie dans le diocèse, pendant l'épiscopat de Mgr. Guigues, c'est-à-dire depuis 1848 à 1874. Cette oeuvre est tellement merveilleuse que nous n'osons point en faire honneur à un homme. Les hommes peuvent être les instru-

* Mgr. Guigfues était tertiaire. Voici l'acte de sa prise d'habit.

Congrég-ation du Tiers-Ordre de saint François d'Assise, Rome.

Pour la plus grande gloire de Dieu et le salut de son âme, Mgr. Guigues, Eugène, évêque d'Ottawa, Haut-Canada, né le 28 août 1808, à Gap, Hautes- Alpes, a pris le saint habit de la pénitence de saint François d'Assise, sous le nom de frère François d'Assise, le 9 janvier 1870, au couvent des RR, PP. capucins, à Rome.

En foi de quoi j'ai signé le présent avec le frère recteur et l'ai revêtu du sceau de cette Fraternité. Le Rév. Père directeur, frère Adrien de Viterbe, lecteur capucin, le frère recteur, frère Camille de Lellis,

ments de la Providence, mais c'est toujours la Providence qui dirige : Soli Deo honor et gloria.

Mgr. Guigues, en arrivant dans son diocèse, trouva sept missionnaires oblats et huit prêtres séculiers. Il y laissait, en 1874, vingt-six pères de sa congrégation et cinquante-quatre prêtres séculiers.

En 1848, on ne ccmptait dans le diocèse, que trois églises en pierre et trente chapelles en bois. En 1874, il y avait cinquantecinq églises et trente-trois chapelles, construites ou en construction.

Enfin, la population catholique qui, d'après le recensement de 1851, s'élevait à trente-neuf mille âmes, était déjà monté en 1871, au chiffre énorme de quatre-vingt-seize mille habitants.

TABLEAU COMPARATIF DE LA POPULATION DU DIOCÈSE DOTTAWA EN i8si ET EN 1871.

Canadiens.

Irlandais catholiques.

Total catholiques.

Protestants.

Population totale.

Ce tableau est très significatif, il témoigne en faveur de la population catholique, dont les progrès sont bien supérieurs à ceux de la population protestante. En effet, pendant que, dans ces vingt ans, le nombre des protestants n'a pas doublé, celui des catholiques, au contraire, a presque triplé. Mais si le chiffre des catholiques en général est satisfaisant, celui des canadiens-français, en particulier, est plus consolant encore, puisque, en si peu d'années, il se trouve presque quadruplé.

Nous verrons dans le quatrième et dernier livre de notre travail, que ces étonnants progrès, loin de se ralentir, vont se poursuivre avec[la même rapidité.

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