ASSOCIATION DES QUATRE-MILLE
formée et inaugurée à Bytown, le 17 mars 1839, jour de la Saint- Patrice, comprenant des personnes de toutes races et de toutes religions unies dans le but de construire une église catholique romaine, en pierre, assez convenable pour servir de digne monument de l'heureuse harmonie qui règne entre tous nos concitoyens. Quelle meilleure occasion donnée à la jeunesse, aux pauvres aussi bien qu'aux favoris de la fortune, et à nos frères protestants, de contribuer à une bonne œuvre ? La cotisation de chaque sociétaire est d'une piastre. Pour cette somme modique il verra son nom inscrit au registre de la société et transmis à la postérité. Une messe sera célébrée mensuellement, à perpétuité, à l'intention des associés. Suivent les noms des membres du comité. Approuvé, Kingston ler mars 1839. Rémi Gaulin.
L'idée eut quelque succès, et, si les associés n'atteignirent jamais le chiffre de quatre mille auquel on aspirait, ils dépassèrent du moins celui de deux mille. La postérité désireuse de connaître les noms des sociétaires en trouvera la longue liste aux archives de l'archevêché d'Ottavt'a. Le comité, satisfait, résolut donc de pousser sans plus tarder l'entreprise.
Le plan primitif de cette église fut copié de celui de Saint- Patrick de Québec ; style "rustique" à l'extérieur, avec deux tours carrées. L'intérieur devait être d'ordre ionien et comportait des galeries. Le presbytère et la sacristie devaient être adossés à l'église. Les dimensions prévues étaient : 90 pieds de longueur sur 70 de largeur et 40 de hauteur. Les soumissions des entrepreneurs devaient être envoyées au comité avant le 16 décembre
L'année suivante, permission de commencer les constructions fut demandée à Mg-r. Gaulin qui la donna dans les termes sui vants : " Nous avons lu la susdite pétition et nous accordons la demande, exhortant en même temps les pétitionnaires à bâtir leur église en toute paix et harmonie." Montréal, 20 août 1840. Rémi Gaulin.
Ce fut l'entrepreneur Antoine Robillard qui obtint, le i ï janvier 1841, le contrat pour la maçonnerie de rég"lise et des bâtiments attenants.
Le ler mars de la même année (1841) eut lieu l'érection d'un chemin de croix dans la vieille chapelle.
Cet automne, un voyag"eur illustre, Mgr. de Forbin-Janson, évêque exilé de Nancy, qui faisait retentir alors le Bas-Canada du bruit de sa parole apostolique, remonta l'Ottawa et visita successivement l'Orignal et Bytown ; il administra le sacrement de confirmation dans cette dernière ville et bénit la première pierre de l'église en construction, comme en témoigne l'acte suivant :
" Le 21 octobre 1841, fut bénite et posée solennellement au pied du mur, côté de l'Evangile, la pierre angulaire de la nouvelle église catholique romaine présentement en construction, autour de la vieille église actuelle, dans la basse-ville de Bytown, rue Sussex. En foi de quoi nous avons mis notre signature et notre sceau. Charles de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul."
Comme on le voit, on avait prétendu envelopper la vieille église dans les murs de la nouvelle, mais bientôt elle gêna tellement les maçons qu'on dut l'enlever. Ce fut John Perkins qui se chargea de l'opération et qui la transporta de l'autre côté de la rue Sussex, en face, pour la somme de cent louis. 9 mai 1842.
Quelques jours plus tard, 4 juin 1842, M. Cannon quittait Bytown emportant les regrets universels. Nous le perdons désormais de vue. Tout ce que nous savons de lui c'est que, après un court séjour à l'Orignal, il devint curé de Cornwall où il serait mort en 1848. Lorsqu'il quitta sa paroisse, les murs de l'église s'élevaient déjà à vingt pieds au-dessus du sol.
Le départ de M. Cannon semble avoir plong-é Bytown dans l'anarchie. Du 4 juin au 21 août, cette ville fut desservie alternativement par les missionnaires du voisinag-e, les révérends Térence Smith, de Richmond, Désautels d'Aylmer, Brady de Bucking-ham et Lefaivre de l'Orig-nal.
Le 21 août, deux prêtres arrivèrent dans la petite ville : MM. Neyron et Colgan. M. Neyron, prêtre français, récemment débarqué, fut dix ans curé de l'Industrie, et retourna dans son pays en 1852. M. Colgan, prêtre irlandais, fut envoyé à Saint- André d'Arg-enteuil où il mourut cinq ans plus tard, du typhus, à la fleur de l'âge.
A peine installés à Bytown, ces deux prêties comprirent que eur situation était intenable et demandèrent leur rappel. Dans une lettre du 12 septembre à Mgr. de Montréal, M. Neyron l'informe que la ville était divisée en deux factions. La vente des bancs avait donné occasion à des scènes scandaleuses, en pleine église, devant le saint Sacrement exposé. La présence d'un prêtre qui parlât également bien l'anglais et le français s'imposait à Bytown. Quant à lui, ignorant l'anglais, malgré le précieux concours de M. Colgan, il ne se sentait point "égal à la tâche."
Il disait dans la même lettre qu'un Père Dominicain, de passage, le P. Wilson, avait prêché trois sermons à Bytown et deux à Aylmer avec le plus grand succès ; et il terminait en implorant les prières de l'évêque pour cette *' Babylone."
Au reçu de cette lettre, Mgr. Bourget comprit la gravité de la situation et il jeta les yeux sur un homme éminent qu'il destinait à l'épiscopat. Dès cette époque, Mgr. Bourget envisageait comme prochaine la création d'un nouveau diocèse dans la vallée de l'Ottawa, et il crut préparer les voies à cette création en envoyant à Bytown celui dont il voulait se faire un coopérateur dans cette œuvre difficile. C'était le Rév. Patrick Phelan.
M. Phelan arriva donc à Bytown le 26 octobre 1842, avec le
double prestige de son nom et du titre de vicaire général dont il
était muni. Il reçut de M. Neyron, le 22 novembre suivant,
l'administration de la paroisse. M. Colgan quitta Bytown, le 9
novembre, pour Saint-André d'Argenteuil, et M. Neyron partit, le 22 du même mois, pour l'Industrie.
Deux assistants temporaires lui furent adjoints ; M. Moreau, futur vicaire général de Montréal, du 3 décembre 1842 au 21 mai 1843 ; et M. Leclaire, futur curé de Stanbridge, du 26 décembre 1842 au 17 novembre 1843. Le successeur de ce dernier fut M. Byrne qui résida à Bytovvn, du 13 novembre 1843 au 28 avril 1844.
A peine installé, M. Phelan inaugura son minisfère en ouvrant le jubilé accordé par le pape Grégoire XVI à l'univers catholique. La lettre qu'il écrivit à Mgr. Bourget, à ce sujet, est trop intéresrante pour que nous ne la citions pas ici : —
" Bytown, 8 novembre 1842.
Monseigneur, — ^J'ai à vous annoncer que le jubilé se fait ici avec beaucoup de succès. Il n'y a rien de plus consolant pour moi que de voir de quelle manière tout le monde est disposé à m'écouter. Si je leur avais permis, ils auraient fait une adresse à Votre Grandeur pour vous remercier de la bonté que vous leur avez montrée en leur envoyant les secours spirituels dont ils jouissent actuellement ; mais, comme il s'agit de moi dans cette affaire, je leur ai défendu toute manifestation publique. Nous laisserons tout à la gloire de l'Auteur de tous les biens et de tous les dons. Ad 77iajorem dei gloriam . .
Je vous annonce pour votre consolation que j'ai déjà trois ou quatre protestants qui se préparent au baptême sous conditions ; et des pauvre catholiques qui m'apportent des enfants de dix ans à baptiser. Le bon père Martin travaille avec nous. Ses discours sont bien écoutés et ramènent beaucoup de pécheurs. Nous sommes sept prêtres à travailler et nous restons au confessional jusqu'à neuf et dix heures du soir. Laudetur Jésus Christus.
Je me propose d'aller en mission à Gloucester et à Osgoode, lundi prochain, pour faire gagner le jubilé à ses pauvres gens. J'y resterai jusqu'au vendredi. A mon retour j'irai, dimanche prochain, comme je l'ai promis à M. Desautels, visiter les gens d'Aylmer et les exhorter à faire vivre leurs prêtres. J'ai l'intention de faire
une visite à Bucking-ham, chez M. Brady, dans le même but, etc., etc., etc. Je suis, Monseigneur, etc., P. Phelan, prêtre."
Le 13 novembre M. Phelan écrivait une nouvelle lettre des plus consolantes. Il avait eu plus de douze cents communiants. Un chang-ement merveilleux se manifestait dans les esprits ; tous les fidèles ne faisaient plus qu'un cœur et qu'une âme. Ils se proposaient de faire planter près de l'ég-lise, à la clôture du jubilé, une mag-nifique croix de 48 pieds de hauteur. Tout le monde lui témoignait le plus grand attachement, et il attribuait modestement cet amour au titre de vicaire général qu'il tenait de Mgr. Bourget.
Le 20 décembre, il écrivait une autre lettre annonçant qu'il était parti avec M. Morcau pour préparer la visite pastorale de Mgr. Gaulin et qu'il évangélisait les deux bords de la rivière. Pendant son absence, M. Brady se chargeait de la paroisse.
Cette visite pastorale de Mgr. Gaulin eut lieu dans les mois de janvier et de févier 1843. Accompagné de MM. Phelan et Moreau il monta jusqu'aux Allumettes et donna la confirmation aux catholiques épars dans les deux provinces, dispensant ainsi Mgr. Bourget d'un long et pénible voyage.
Le départ de M. Moreau, au mois de mai 1843, fut l'occasion d'une grande manifestation des Canadiens de Bytown qui envoyèrent à Mgr. de Montréal une adresse, en témoignage d'amour et de regrets, signée d'environ deux cents noms.
Cependant Bytown grandissait. Depuis 1840, elle avait le droit, en sa qualité de ville, d'envoyer un représentant au parlement. Dès cette époque, dit-on, le g"ouverneur-général, lord Sydenham, avait l'intention d'en faire la capitale des Canadas- Unis, sous le prétexte que Kingston, Toronto et Montréal étaient trop voisins de la frontière américaine. Les habitants de Bytown, pleins d'ambition, n'oublièrent point des projets si favorables au développement de leur v'ille, et n'épargnèrent rien pour qu'ils se réalisassent dans un prochain avenir.
En 1843, Bytown comptait déjà 2,362 catholiques dont 1,298 irlandais et 1,064 canadiens-français. Ce chiffre considérable, et qui promettait de s'accroître rapidement, inquiétait à juste titre M. Phelan et lui faisait trouver insuffisantes les proportions de la
nouvelle église que l'on bâtissait. Il pouvait tout, en ce moment ; les marguillers, suivant sa propre expression, lui laissaient toute liberté de faire ou de défaire. Il fit donc venir, de Montréal, le Père Martin, jésuite et architecte fameux, moins encore pour l'aider à prêcher le jubilé que pour lui faire faire des nouveaux plans modifiant les plans primitifs. Les murs de l'église n'étaient toujours qu'à vingt pieds, tout ayant été suspendu depuis le départ du Père Cannon. On résolut de raser le rond-point du fond et de prolonger l'église, sans rond-point ni abside, jusqu'à lui donner une longueur de 13g pieds. L'idée d'adosser le presbytère à l'église fut dès lors abandonnée.
Les changements importants qu'on méditait ne plurent point à tout le monde ; il y eut des récriminations ; mais le bon sens public et le prestige de M, Phelan l'emportèrent. Le comité de construction, dans sa réunion du 2 mai 1843, vota la résolution suivante : " Cette assemblée ne peut se séparer sans exprimer ses remerciements sincères au Très Rév. Père Phelan, vicaire général, pour son zèle et ses efforts infatigables à nous retirer de l'état déplorable de dégradation tant spirituelle que temporelle dans lequel nous étions tombés dans ces derniers temps, jusqu'au moment où, par l'intervention de la Providence, il a été placé à notre tête pour nous guider en pilote sûr dans la voie du paradis, (signé) Thos. Donnelly, secrétaire."
A la date du 16 juin 1843, le Rév. Angus MacDonell, ancien missionnaire de Bytown et alors curé de Sandwich, transféra, par acte notarié, à M. Phelan, tous les droits qu'il avait, comme membre de la corporation catholique de Bytown, sur les terrains de l'église. Ainsi mis en état d'agir, M. Phelan emprunta, le 3 juillet suivant, en son nom et au nom de ses collègues, la somme de $2,000 de MM. Jobin et Dunn, marchands de Montréal. Ce fut donc en septembre 1843 que, grâce à cet emprunt, on put recommencer les travaux de l'église. Le rond-point fut rasé, et, avant la fin de la saison les murs nouveaux étaient élevés à la hauteur des anciens, c'est-à-dire à vingt pieds. Mais les ressources pécuniaires étaient complètement épuisées.
Par acte du 24 septembre de la même année, Mgr. Phelan, alors évêque, avait érigé à Bytown l'archiconfrérie du Très-Saint
et Immaculé Cœur de Marie, en union avec l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, de Paris.
Nous venons de dire qu'il était alors évêque. En effet, sous la date du 20 février 184-^, le pape Grég^oire XVI avait signé la bulle le nommant évêque de Carrha, in partibus, et coadjuteur de King^ston. Il avait été sacré sous ce titre, le 20 août 1843, dans l'église paroissiale de Montréal, par Mg-r. Bourget.
Né en Irlande, le ler février 1795, Mgr. Phelan fut le premier prêtre ordonné à Montréal par Mgr. Lartigue, 24 septembre 1825. L'anné suivante, il devint membre du séminaire de Saint-Sulpice et fut nommé chapelain des irlandais de Montréal. Il ne tarda pas à devenir très puissant auprès de ses compatriotes, tant à cause de sa force herculéenne, que de son éloquence populaire et de la bonté ds son cœur. Il joua un rôle important dans les événements politiques de cette époque troublée.
M. Phelan, n'accepta qu'avec répugnance la coadjutorerie que la maladie de Mgr. Gaulin rendait nécessaire. Il eut en effet beaucoup à souffrir, durant sa longue administration, de l'état déplorable de santé de son vénéré collègue ; et lorsque après treize années de soucis et d'inquiétudes, il succéda effectivement à Mgr. Gaulin, 8 mai 1857, il était épuisé de fatigues et ne tarda pas plus qu'un mois à le suivre dans la tombe, 6 juin 1857.
Toutefois, autant par délicatesse envers Mgr. Gaulin qui pour sa chère paroisse de Bytown, Mgr. Phelan y resta encore plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il se fût choisi de dignes successeurs. Et même, lorsqu'ils furent arrivés, il cohabita quelque temps avec eux.
Mais quels seraient ces successeurs ? On songea d'abord à M. Saint-Germain, curé de Saint-Laurent. Celui-ci fit des difficultés. Il aurait voulu qu'on lui permît de faire un an d'essai et qu'on lui gardât son ancienne paroisse pendant ce laps de temps. Il fallut donc chercher ailleurs. Mgr. Bourget, qui avait ses desseins, persuada alors à Mgr. Phelan d'appeler les Pères Oblats récemment arrivés au pays. Ce prélat n'accepta pas sans inquiétude, et mit, comme condition, que ces religieux auraient à Bytown un prêtre irlandais ou du moins parlant bien l'anglais. Il reçut à ce sujet des lettres désobligeantes de plusieurs de ses amis prévem^s
contre les étrangers, et eut à lutter contre l'opposition d'une partie de la population. A cette même époque, décembre 1843, il manifesta le désir d'avoir à Bytown des sœurs grises qu'il chargerait, de la direction des écoles et d'un hôpital, aussitôt que l'achèvement de l'église rendrait possibles de nouvelles constructions.
La réception des Pères Oblats à Bytown fut peu chaude. Le Père Telmon supérieur, envoyé seul d'abord, parlait peu ou moins l'anglais. Il écrivait, en date du 7 janvier 1844, à Mgr. Bourget : " C'est à l'Orignal que j'ai rencontré Mgr. Phelan avec le Père McDonald, qui était, comme tous les irlandais, prévenu contre moi. Je l'ai amadoué de mon mieux. J'ai pris note de toutes les observations de Monseigneur. Les ressources, je crois, seront suffisantes, pour soutenir trois ou quatre religieux et pour bâtir, un jour, une maison à nous, dans le cas que, un évêque venant dans cette ville, nous fussions mis en demeure de renoncer à la paroisse." Cette dernière phrase est significative, elle révèle la pensée favorite de Mgr. Bourget. Mgr. Phelan écrivait, de son côté le 12 février. "Certains paroissiens m'ont demandé pour curé le Père MacDonell vicaire général. Je m'en suis tiré, grâce à Dieu. J'espère que le Père Telmon apprendra vite l'anglais. Je lui laisse un bon jeune homme que j'ai ordonné hier."
A cette époque il habitait avec les Pères une maison, rue Sussex, entres les numéros 416 et 424. *
Arrêtons à cette date l'histoire de Bytown et jetons un coup d'œil sur les régions d'alentour.
Il n'y avait alors dans cette partie de l'Ontario que trois missionnaires qui visitaient les catholiques disséminés sur un immense territoire.
l'orignal.
La paroisse de l'Orignal a des origines fort obscures. Nous avons vu qu'en 1820 le Rév. Alexander MacDonell, plus tard évêque de Kingston, avait ouvert une liste de souscriptions pour y bâtir une chapelle. Quand fut-elle élevée ? Nous l'ignorons.
* Cette maison n'existe plus ; elle a été démolie l'année dernière ; à sa place s'élève une construction, en brique, qui ne porte point de numéro.
Sans doute les missionnaires de Bonsecours la visitaient de temps en temps ; le Rév. M. Moore y allait certainement, 1833-1835. Le premier acte de baptême qui ait été conservé, celui d'un enfant, James Hickey, fut signé, le 18 décembre 1835, par le Rév. W. Donald, alors vicaire à Bonsecours. Auparavant, en juillet, du 12 au 19, un sulplicien de Montréal, M. Victor Arraud, depuis procureur du séminaire, était passé par là.
Le premier prêtre résidant fut probablement le Rev. J. H, McDônagh, ler janvier 1836 à 27 mai 1838. Nous trouvons après son départ la mission vacante pendant quelques mois et visitée par le Rév. John MacDonald, du 20 au 29 juin 1838. Le 5 novembre de la même année, un nouveau missionnaire, le Rév. B. Lefaivre s'y installa à demeure : du 5 novembre 1838 à 9 novembre 1844.
L'année 1845, le Rév. W. Cannon, que nous avons vu à Bytown, y passe quelque mois : du 15 février au 15 août. Après lui c'est un M. Monaghan qui y séjourne, du 7 septembre 1845 au 12 avril 1846. Le Rév. John Farrell y réside du 3 mai 1846 au 4 octobre 1847, et est remplacé par le Rév. Alexander MacDonell, du 7 novembre 1847 au 25 février 1848.
Nous connaissons peu de chose de la plupart de ces missionnaires dont l'histoire appartient surtout au diocèse de Kingston. Un seul, l'illustre Mgr. Farrell fait exception.*
A la place de la première chapelle en bois une église de pierre fut construite aux environs de 1833, mais dans de si déplorables conditions qu'à peine terminée, elle semblait déjà menacer ruine.
Les changements incessants des missionnaires indiquent bien
* Mgr. Farrell naquit k Armag-h, Irlande, le 2 juin 1820. A l'époque du choléra de 1832, ses pieux parents émigrèrent à Kingston.
L'enfant servait la messe à Mgr. MacDonell qui le remarqua à l'autel et à l'école. Il l'envoya au collège, et à 18 ans ans, au séminaire de Montréal.
Mgr. Farrell fut ordonné à l'Assomption par Mgr. Gaulin, en mai 1846, et fut nommé immédiatement curé à l'Orignal.
Après deux ans de durs labeurs, apprenant la division du diocèse, il revint à Kingston où il passa sept ans de professorat au collège de Régiopolis. Son talent le fit tellement distinguer qu'on l'envoya alors dans la principale paroisse du diocèse, Peterborough. Il fut consacré premier évêque d'Hamilton le 2 mai 1856, et s'y fit adorer.
Au concile du Vatican, en 1870, il était le plus grand et le plus imposant des évêques, à la procession solennelle d'ouverture. Il travaillait comme un simple prêtre.
l'état de malaise qui régnait à l'Orig-nal. Les prêtres se plaignaient de l'indifférence de la population qui ne fournissait pas à leur subsistance, et celle-ci se plaignaient également de ses pasteurs qui ne faisaient que passer et qui n'avaient pas le temps de la connaître et de lui rendre les services qu'elle était en droit d'attendre d'eux.