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LES ÉCOLES SÉPARÉES

La question des écoles séparées a pris, dans ces derniers temps une importance si capitale pour les catholiques, qu'il nous a semblé utile d'écrire ici brièvement leur histoire. Dans ce but nous nous sommes adressé à l'honorable sénateur R. W. Scott, qui fut jadis au parlement leur g-lorieux champion, et qui connaît parfaitement les vicissitudes par lesquelles elles ont passées. Voici la traduction du mémoire qu'il a bien voulu nous adresser.

*' Avant l'union des deux Canadas, les protestants de Québec jouissaient, de par la libéralité des catholiques, du privilège d'avoir leurs écoles propres, auxquelles le gouvernement octroyait une subvention. C'était là une faveur administrative, plutôt qu'un droit consacré par une loi.

" Lors de la première session du nouveau parlement, sous l'acte d'Union, en 1841, une loi fut votée qui établissait un système scolaire uniforme pour les deux provinces, dirigé par un surintendant unique. Les sommes réalisées sur la vente des terres publiques affectées aux écoles, étaient distribuées, au pro rata, entre les écoles des cantons du Haut-Canada et des paroisses du Bas-Canada. Or, il arriva qu'un des effets de cette loi fut de réduire singulièrement les privilèges dont jouissaient les protestants du Bas-Canada, ce qui leur fit pousser les hauts cris. Afin de leur donner satisfaction, la loi fut donc amendée, de façon à pourvoir au soutien de leurs écoles en Bas-Canada ; mais alors, en vertu du principe de l'uniformité, la nouvelle loi des écoles séparées devint applicable aux deux provinces et aux catholiques aussi bien qu'aux protestants. Voilà comment, pour la première fois, l'existence légale des écoles séparées fut reconnue dans le Haut-Canada.

" Le gouverneur en conseil nommait, dans chaque comté, village ou ville, un bureau d'examinateurs composé d'un nombre égal de catholiques et protestants, lesquels avaient l'administration de leurs écoles respectives. En 1843, on vota, sur le fonds des écoles, un subside de cent vingt mille piastres au Bas-Canada et quatre-vingts mille pour le Haut-Canada. Malheureusement, peu après, vme nouvelle loi fut votée, abolissant, pour cette dernière

province, un certain nombre de clauses de la loi fondamentale de 1841, au grand détriment des catholiques dans cette province. Il s'agissait de la fondation des écoles séparées ; elles ne pouvaient plus être établies que quand le maître d'école appartenait à un culte dissident.

" En 1846, nouvelle loi confirmant tous les droits de la minorité protestante du Bas-Canada et autorisant la création d'un surintendant et d'un bureau d'éducation spécial pour cette province. Chaque année apportait une augmentation des droits de la minorité protestante du Bas-Canada et une diminution proportionnelle de ceux de la minorité catholique du Haut-Cnnada.

" En 1846 le docteur Ryerson, ministre méthodiste, fut nommé surintendant de l'éducation pour le Haut-Canada, avec commission de visiter divers pays étrangers et de s'enquérir de leurs systèmes scolaires. Ce ministre rédigea un projet de loi, voté la même année, qui attribuait le contrôle de l'instruction publique à un bureau d'éducation, composé du surintendant et de six membres nommés par le gouverneur en conseil. Ce bureau avait le pouvoir d'approuver ou de condamner les livres de toutes les écoles.

" D'après la loi d'alors, il fallait la signature de douze catholiques francs-tenanciers ou propriétaires, au bas d'une demande de formation d'école séparée ; et les catholiques d'une section scolaire limitrophe, ne pouvaient point s'unir à leurs voisins pour soutenir leur école, quelle que fut la distance. La pétition devait être adressée au maire de la municipalité ou au président du comité des bureaux scolaires, lesquels étaient souvent d'ardents adversaires et réussissaient fréquemment à faire échouer la demande des catholiques. De plus, comme le surintendant lui-même était hostile aux écoles séparées, les catholiques éprouvaient les plus grandes difficultés à les fonder.

" Cette hostilité du docteur Ryerson, et ces difficultés qu'éprouvaient les catholiques dans l'administration de leurs écoles, donnaient naissance à une agitation, ayant pour but d'obtenir des modifications à la loi, qui la rendissent plus praticable. Les divers gouvernements qui se succédèrent, firent bien, de temps en

temps, la promesse de passer des amendements favorables à la minorité. Même, en 1855, une loi fut votée en ce sens, réduisant à cinq le nombre de signatures nécessaires pour obtenir l'ouverture d'une école, mais ces modifications satisfirent si peu les catholiques que Mgr. de Charbonnel, évêque de Toronto, donna sa démission de membre du bureau des écoles.

" L'agitation continua donc avec une intensité toujours croissante, et, en 1860, M. R. W. Scott présenta, à la chambre d'assemblée, un bill qui conférait à la minorité, les privilèges pour lesquels elle luttait depuis tant d'années.

"Le bill, vigoureusement combattu, n'obtint pas même, dans cette session, l'honneur d'une seconde lecture. L'année suivante, il fut présenté de nouveau, et quoique parvenu à la seconde lecture, l'opposition qu'on lui fit était si acharnée, qu'il fut retiré à la demande du gouvernement, lequel, toutefois, s'engagea, par la bouche du premier ministre l'honorable J. S. Macdonald, à le laisser présenter de bonne heure, dans la session prochaine,

** Enfin, l'année suivante, 1863, M. Scott eut le bonheur, sous les auspices du gouvernement libéral d'alors, de faire passer son projet de loi.

*' Cette loi abrogeait l'obligation de la notification préalable, faite un an d'avance par les supporteurs d'écoles, à l'effet d'être reconnus par les autorités municipales ; elle autorisait l'appel au gouverneur-général des décisions du surintendant ; elle permettait à tous les catholiques, dans un rayon de trois milles, à quelque section scolaire qu'ils appartinssent, de s'unir pour soutenir une école séparée ; elle réduisait au même chiffre que celui des écoles publiques l'assistance moyenne de nos écoles pour avoir droit à l'octroi du gouvernement ; les termes d'office et les pouvoirs des commissaires des écoles séparées étaient assimilés à ceux des commissaires des écoles publiques ; enfin, à d'autres points de vue, la loi était simplifiée et son application rendue facile.

" La minorité catholique se tint pour satisfaite de ces concessions et aucun changement ne fut plus demandé à la loi jusqu'à la Confédération (1867). Alors l'acte constitutif de l'Amérique Bri-

tannique du Nord garantit, par le statut impérial, tous les droit s de la minorité tels qu'ils existaient à cette époque.

" L'appel au gouverneur-général en conseil, par lequel la minorité manitobaine cherche maintenant le redressement de ses griefs, a sans doute été suggérée aux catholiques par l'appel au gouverneur-général inscrit dans le Scott Act de 1863."

Telle est, lumineusemement exposée, l'histoire des écoles séparées de l'Ontario.*

Mgr. Guignes employa naturellement tous ses efforts pour faire reconnnaître les droits des catholiques. On sait que dès leur arrivée, les sœurs-grises avaient organisé une petite école. Le 27 mars 1849, l'évêque de Bytown écrivit au surintendant de l'éducation, une lettre dont voici la substance : "Nous avons à Bytown une population aux deux tiers catholique et pour un tiers canadienne-française. Or, des trois instituteurs de la ville, deux sont protestants et pas un ne parle français. Nous avons des écoles de sœurs et au collège un cours primaire. Je demande au gouvernement une allocation pour ces écoles."

Mgr. Guigues prit une part active à l'agitation en faveur des écoles séparées ; des assemblées furent tenues, sous sa présidence, à rinbtitut Canadien, et des résolutions favorables y furent votées. Nous possédons même un mandement sur ce sujet palpitant, qui est conservé dans les archives de l'archevêché.

En 1853, l'évêque acheta de M. Dogherty, un lot de terre, rue Cumberland, entre les rues Clarence et Murray, sur lequel il bâtit une grande école en pierre pour les filles. En 1863, il acheta, de M. O'Hally, le lot No. 21, rue Murray, sur lequel il construisit en briques une grande école de garçons. L'année suivante, il éleva, sur le lot No. 6, nord de la rue Saint-Patrice, une maison en pierre pour les frères.

Enfin, sur les instances des commissaires, il leur loua la grande maison de pierre, coin des rues Church et Sussex, occupée jadis par le collège et puis par des soldats. C'est aujourd'hui l'école La Salle.

* Le lecteur comprendra, en lisant cette intéressante page d'histoire, que nous n'avons à faire aucune allusion à la question actuelle des écoles du Manitoba.

Nous ignorons la date précise de la fondation des écoles séparées à Bytown. Ce que nous savons c'est que leur origine fut des plus pénibles, tant par défaut de talent administratif de la part des commissaires encore novices, ayant à lutter contre une loi tortueuse, qu'à cause de la négligence de certains parents qui, pour ne s'être pas fait inscrire à temps, payaient leurs taxes aux écoles publiques. Le secrétaire de l'évêché, plus tard l'abbé O'Connor, fut la providence des écoles à cette époque. En qualité de secrétaire du bureau des commissaires, il vint à bout de toutes ces difficultés.

Dès 1846, le Père Dandurand avait demandé, à Montréal, des frères de la Doctrine Chrétienne. Malgré ses instances, réitérées presque chaque année, ce ne fut qu'en 1864 que la ville d'Ottawa eut le bonheur de posséder ces admirables instituteurs de la jeunesse.

Pour terminer ce paragraphe consacré aux écoles primaires, il convient d'insérer ici quelques lignes d'up mandement de Mgr. Guigues à son clergé, en date du 25 avril 1854. On verra avec quel zèle et quel désintéressement il s'employait au progrès de l'instruction, comme au bien public sous toutes ses formes.

" Nous voyons avec la plus grande peine que le nombre des instituteurs catholiques est bien insuffisant pour les besoins du diocèse ; et comme nous avons grandement à coeur de remplir un vide qui est aussi pénible pour vous que pour nous-même, nous vous offrons de faire donner gratuitement, au collège, un cours d'instruction propre à compléter les études et obtenir les qualifications nécessaires pour l'enseignement aux personnes que vous nous enverrez munies d'une lettre de recommandation. Il ne resterait à leur charge que de pouvoir payer leur pension en ville ; car vous savez que les élèves ne sont point nourris dans le collège. Peut-être bien qu'un jour le gouvernement, touché de nos efforts, comprendra qu'en nous accordant quelque part des sommes énormes dépensées, à Toronto, pour quelques élèves privilégiés, il travaillera efficacementt à l'intérêt de l'éducation, et nous serons alors heureux de faire plus encore que ce que nous nous proposons de faire aujourd'hui."

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