‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 63 sur 193 · SAINT-LUC DE CURRAN ET SAINT-PAUL DE PLANTAGENET · texte numérisé non relu

SAINT-LUC DE CURRAN ET SAINT-PAUL DE PLANTAGENET

Nous possédons des détails intéressants sur les origines de la mission de Plantagenet. Un vieux colon centenaire, M. Etienne Châtelain, ancien soldat de 1812, établi depuis lors dans ce* pays, raconte que les premiers missionnaires qui visitèrent l'Orig-nal, avaient coutume, également, de faire mission dans le canton de Plantagenet, et disaient la messe dans diverses maisons, à la convenance des rares habitants. Le premier service régulier date de 1839, et fut inauguré par le Rév. M. Lefaivre, qui faisait, tous les quinze jours, à pied, le voyage de l'Orignal, par les rudes sentiers de la forêt.

Voici la liste des missionnaires qui ont desservi Plantagenet, telle qu'on a pu la dresser en contrôlant les signatures des actes paroissiaux.*

Rév. Lefaivre du 4 janvier 1839 au 16 mars

W. Dolan du 21 mars 1848 au 6 octobre

Charles Cassidy. ... du 31 mai 1842 au 6 octobre

P. Lefaivre du 4 décembre 1842 au 6 juin

Pat McEvoy du 7 juillet 1844 au 4 août

1845 au 4 mai

M. Monagham du 21 janvier

John Farrell du 5 mai 1846 au 26 septembre 1847

Alex. MacDonell. .. du 14 janvier 1848 au 6 mai 1849

Nous retrouvons la plupart de ces noms à l'Orignal. Toutefois il paraît que M. Monagham a résidé pendant quelques mois à Plantagenet. M. Lefaivre est donc considéré, à bon droit, comme le fondateur de cette mission. C'est lui qui construisit la première chapelle et qui tint les premiers registres, 1839.

Cette chapelle érigée dans l'emplacement du cimetière actuel de Saint-Paul de Plantagenet, était d'une construction fort bizarre. On l'avait juchée sur des poteaux, à une douzaine de pieds de hauteur, dans l'intention de bâtir subséquemment un rez-de-

* C'est le système que nous avons généralement adopté dans cette histoire. Nous ne possédons pas les actes de nomination des missionnaires, qui ne furent point conservés Le premier acte sig'né par eux dans les reg'istres oaroissiaux, suffit pour fournir une date satisfaisante.

chaussée qui pût servir de pied-à-terre au missionnaire. Ce projet ne fut jamais mis à exécution, et quelques années plus tard, un charpentier, mandé exprès de Bytown, scia ces longues échasses et fit glisser, par un plan incliné, la chapelle jusqu'au sol.

Par les soins de M. Dolan un petit presbytère fut alors construit.

Le premier registre de la mission, précieusement conservé dans les archives de Saint-Luc de Curran, porte ce titre : "Registre des baptêmes, mariages et ségultures pour Plantagenet, Alfred et Cumberland ;" ce qui prouve que la juridiction des missionnaires de l'Orignal s'étendait sur les deux comtés de Prescott et Russell. Il s'ouvre par les actes de baptême de deux protestantes converties. Nous reproduisons le premier, traduit en français : '* Le 4 janvier 1839, je, prêtre soussigné, ai baptisé Elisabeth Fitzpatrick, âgée de 72 ans, épouse de Joseph Baxter, fermier à Plantagenet. Parrain, David Bellair. Signé : P. Lefaivre, ptre." Le second acte est le baptême de Rose Fragan, âgée de 90 ans. Un autre acte important est celui de l'élection des premiers syndics de la mission, le voici : "A une assemblée, ce trois février 1839, ont été élus Georges Ryan, syndic en charge, Duncan McGregor et Wm. Baxter, syndics assistants. Signé, John Baxter, secrétaire,"

Le 5 février 1840, Mgr. Gaulin, évêque de Kingston fit la première visite pastorale à Plantagenet. Le 8 juillet 1842, les RR. PP. Lefaivre et Ch. Cassidy, procédèrent à l'érection d'un chemin de croix dans la chapelle de la mission.

Comme nous l'avons dit plus haut dans l'histoire de la paroisse de l'Orignal, Mgr. Guigues, cédant aux instances de M. McDonell et des habitants de Plantagenet, nomma le 10 juin 1849, à cette mission, un jeune irlandais récemment ordonné, le Rév. Patrick McGoey. Le séjour à Plantagenet du premier prêtre résidant fut loin d'être heureux ; et bientôt l'évêque de Bytown reçut lettres sur lettres, tant du missionnaire qui se plaignait de mourir de faim et qui demandait des subsides, que des paroissiens, qui l'accusaient de vivre en ermite, et de refuser le gram qu'on lui portait.

Cependant Mgr. Guigues éprouvait une grande inquiétude au sujet de l'emplacement de la chapelle. M. McMartin, propriétaire

du moulin de Saint-Paul de Plantagenet et du terrain sur lequel la chapelle était située, refusait toujours, malgré les pressantes sollicitations du curé et de l'évêque, d'en céder la propriété à la corporation épiscopale. Dans ces conditions, c'eut été folie de songer à y faire un établissement sérieux. D'ailleurs la colonisation s'étendait surtout au sud du canton. Monseigneur se décida donc à accepter une offre de cinq arpents qu'on lui faisait à quelques milles de là et donna ordre d'y transporter la chapelle.

Cette nouvelle, à laquelle ils étaient loin de s'attendre, exaspéra les gens du moulin, tant catholiques que protestants, qui craignaient pour l'avenir de leur village. Leur colère monta à un tel point qu'ils proférèrent des menaces de mort contre quiconque serait assez malicieux pour s'emparer de la chapelle. Mais les colons de Curran, conduits par le vieux soldat Etienne Châtelain, ne se laissèrent point intimider, et forts de l'autorisation épiscopale, ils se remirent bravement au moulin, démolirent la chapelle, la transportèrent chez eux et la reconstruisirent sur le site qu'occupe actuellement l'église. Les choses n'en restèrent pas là. Comme on voulait placer la chapelle sur des fondations solides, on acheta à cet effet quelques toises de pierre, destinées aux murs du soubassement. Mais quatre ou cinq de ces toises furent volées par les mécontents ; et les coupables, cités en justice eurent la criminelle audace de se parjurer et de nier leur délit (avril 1853), Tous ces déboires amenèrent le départ de M. McGoey, qui fut remplacé le 7 septembre 1863, par le Rév. M. O'Boyle. M. McGoey devint curé de Wakefield.

M. O'Boyle ne demeura que deux années dans cette mission divisée par des haines mortelles, et ne fit que terminer l'intérieur de son presbytère. M. Aimeras, prêtre français nouvellement ordonné lui succéda (12 septembre 1855). Comme on l'avait chargé de la desserte de Lochaber (Thurso), sur l'autre côté de la rivière, Mgr, lui adjoignit un assistant. Ce fut d'abord M. Sterkendries, qui venait de quitter, abreuvé d'amertumes, sa paroisse de Saint-André-Avellin. Mais le pauvre homme ne tarda pas à tomber malade (12 avril 1856) et fut transporté à l'hôpital d'Ottawa où il mourut (février 1857). Après lui vint à Plantagenet

un nouveau vicaire, M. Deligny, qui ne fit que passer, et qui n'a pas laissé de traces dans le diocèse. Puis ce fut le tour de M. Hand, jeune prêtre irlandais (25 mai 1856-14 décembre 1857) que nous retrouverons curé d'Aylmer.

Cependant la colonisation faisait chaque année des prog^rès, et la vieille chapelle était devenue absolument insuffisante à contenir la foule des fidèles. Malgré les pressantes sollicitations de Mg-r. , les catholiques de Curran retardaient sans cesse de bâtir l'égflise en pierre qu'ils avaient promis de construire. Les gens du moulin crurent l'occasion favorable pour prendre leur revanche et pour obtenir la réintégration du prêtre et de l'église dans leur villag-e. Profitant donc d'un voyage en France du curé, M. Aimeras, 1857, et de l'inexpérience de son vicaire, M. Hand, ils se hâtèrent de souscrire des billets pour un montant considérable, et M. MacMartin, généreux par intérêt, leur fit don de huit arpents de terre. Pour plus de précaution, ils vinrent emprunter au secrétaire du conseil, une somme d'argent assez ronde, qu'ils emportèrent avec eux.

Ainsi équipés, nos gens se présentèrent hardiment à Ottawa et demandèrent la permission de bâtir une belle église en pierre. Mgr. Guigues qui ne prenait les mesures de rigueur qu'à son corps défendant, voyant l'argent qu'ils avaient en main, la somme qu'ils avaient souscrite, et le terrain qu'ils possédaient, ne crut pas devoir se montrer inflexible et leur accorda l'autorisation désirée. Triomphants, les délég^ués rentrèrent à Plantagenet et commencèrent immédiatement les travaux. Ils pensaient bien que les gens de Curran, surpris et désarçonnés par cette attaque imprévue, perdraient courage et s'uniraient à eux, tôt ou tard. La bénédiction de la première pierre de la nouvelle église se fit solennellement, le 14 juillet 1857. Tout marcha d'abord comme par enchantement ; à la fin de l'automne, les murs se trouvèrent montés. Mais voilà que - tout-à-coup les travaux furent interrompus. Les fonds étaient épuisés, l'argent du conseil était rentré dans sa caisse, les billets des pauvres ouvriers du moulin ne valaient rien ; et pour comble de malheur, les catholiques de Curran, fermiers à l'aise, ne se rendaient pas,

Ceux-ci en effet, avaient flairé un piège et s'étaient tenus obstinément à l'écart. Sans eux on ne pouvait rien faire. L'entreprise fut donc définitivement abandonnée, et les grandes murailles de l'église de Saint-Paul de Plantagenet et restèrent pendant vingt ans démantelées, éclatant témoignage de la défaite de ses habitants.

Alors Curran vainqueur commença à s'agiter, et demanda k son tour, l'autorisation de bâtir. Mais Mgr. Guigues devenu méfiant n'y consentit, 9 juillet 1860, qu'aux conditions suivantes : " i" qu'on ajouterait trois arpents aux cinq que passédait la paroisse ; 2° que l'on construirait l'église en pierre, ou du moins en brique ; 3° qu'elle aurait cent vingt pieds de long, avec la sacristie, ou cent dix pieds, si la sacristie se faisait sur les côtés ; 4° que les fondations seraient terminées en 1860, et l'église livrée au culte en 1861 ; 5° que des syndics responsables des dépenses seraient élus en assemblée ; 6° que les catholiques du moulin ne seraient point mis à contribution pour cette église, monseigneur conservant l'espoir que tôt ou tard, ils pourraient l'achever là de leur propre." Les conditions furent acceptées ; les murs furent élevés en 1862 et l'église de Saint-Luc de Curran fut solennellement bénite le 19 janvier 1864, comme nous verrons.

M. Aimeras n'était plus curé de Plantagenet depuis le 13 septembre 1859. Dégoûté d'une paroisse où tout était querelles et intrigues, où la foi s'en allait et où le prêtre n'avait même pas de quoi fournir à ses besoins, il avait demandé son changement et desservait la mission de Renfrew.*

Son successeur, M. Bertrand, récemment ordonné, plus habile en matières financières que ceux qui l'avaient précédé, trouva moyen de prospérer.

SAINT-BERNARD DE FOURNIER. (cANTON DE SUD GLOUCESTER.)

L'origine de la paroisse de Saint-Bernard de Fournier remonte à l'année 1855, à laquelle époque Mgr. Guigues bénit l'emplacement de la future église. Pendant quatre ans, M. Aimeras, de

* Il y avait déjà une 'année que M. Aimeras n'habitait plus Curran ; il s'était établi à Cumberland d'où il visitait tout le pays, (12 septembre 1858 — i^ septembre 1859).

Plantagenet, y fit la mission, d'abord dans la maison d'un catholique irlandais, M. Paxton, ensuite chez un canadien, M. Bernard Lemieux. Ce dernier, fervent chrétien, donna à la corporation épiscopale une terre de huit arpents pour la paroisse, et construisit à ses frais, en 1859, une chapelle convenable qu'il fournit de tous les objets nécessaires au culte. L'évêque de Bytown lui en g^arda une vive reconnaissance. Il vint lui-même le 26 octobre 1859, accompag-né des RR. Bertrand, Guillaume et Molloy, bénir le modeste sanctuaire et eut soin que la mission soldât tous les déboursés de M. Lemieux, qu'on récompensa en outre, délicatement en baptisant du nom de Bernard la nouvelle chapelle. Nous verrons dans la suite que M. Lemieux et M. Paxton, son ami, continuèrent jusqu'à la fin leurs traditions de dév^ouement.

Une année plus tard, (30 octobre 1860) M. Cholet, curé de Saint-Polycarpe, délég'ué de l'évêque, et missionnaire de Plantag-enet, bénirent solennellement un cloche et un chemin de croix achetés par les pauvres mais g-énéreux colons de Saint-Bernard de Fournier.

Pour donner une idée de la colonisation à cette époque et de la sollicitude avec laquelle l'évêque d'Ottawa les suivait, il suffit de citer une note de sa main en date du 26 octobre 1859 : " Lorsque dit-il, je plantai, en juillet 1854, la croix pour marquer la place de la future ég-lise, il n'y avait là que vingt-neuf familles, presque toutes irlandaises. Aujourd'hui, ce nombre a doublé et la majorité est devenue canadienne." Puis il ajoute : "Le bon M. Lemieux s'est dépossédé de sa terre pour nous la donner. Il a construit une église de 64 pieds de long sur 36 de large et 17 de haut. Les catholiques tiendront à cœur de le récompenser et de lui donner une somme supérieure aux 105 louis qu'ils ont souscrits.

'* Les colons sont au nombre de 120 familles catholiques ; ils sont encore pauvres, mais leurs terres sont excellentps et unies. Il y a peu de protestants. Le Rév. M. Bertrand fera la mission une fois par mois dans cette chapelle, et quelque fois dans l'année à la Scotch River. Espérons que ces avantages religieux favoriseront la colonisation dans ces parages."

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