‹ Histoire de la province ecclesiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 4)Chapitre 86 sur 193 · NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL DE LA PASSE, OU GOWER POINT · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL DE LA PASSE, OU GOWER POINT

La petite paroisse de la Passe, qui comprend le canton de Westmeath et une partie de celui de Ross, en Ontario, à laquelle sont rattachées les missions du Fort-Coulonge et des Bois-Francs, dans la province de Québec, est située en face de l'île du Calumet

dont elle a longtemps suivi la fortune. Son histoire remonte, qu'on nous pardonne l'expression, à la plus haute antiquité, c'està-dire au premier tiers de ce siècle. Nous avons eu maintes fois l'occasion d'en parler au cours de cet ouvrage, et non pas toujours dans les termes les plus flatteurs, sort qui lui est commun avec tous les anciens centres des voyageurs. Les longues stations annuelles de jeunes gens non surveillés engendraient nécessairement des désordres et des abus.f

Les premiers habitants de la Passe, canton envahi aujourd'hui par l'élément anglais et protestant, furent des voyageurs canadiens, qui s'y établirent avant 1840. Citons Frs. Bertrand, venu du Saint-Esprit ; Benoni Soucie et Etienne Laçasse, de Québec ; Simon Barbeau, Augustin Romain et Jules Romain, de Montréal ; J. Thayer, américain ; Becwitt, Cyrille Gervais, Julien Lavallée, L. Lamarche et Philippe Gervais. On rapporte que ces premiers habitants étaient obligés, pour avoir de la farine, de descendre en canot d'écorce leurs grains jusqu'aux moulins de Bytown.

On rapporte également que dans ces premières années, ne se sentant pas encore capables de construire une chapelle, sur l'avis de Mgr. Bourget, coadjuteur de Montréal, ils s'entendirent avec les gens du Calumet et élevèrent une croix sur " la pointe d'en haut de l'île." C'est là que, le dimanche, on se réunissait pour réciter ensemble le chapelet et chanter des cantiques à la bonne sainte Anne, dont la statuette était fixée au pied de la croix. Des guérisons furent opérées, paraît-il, à cette croix, et une dame Léveillée, subitement soulagée, y aurait laissé ses béquilles en ex voio. Bref, la Pointe d'en haut du Calumet devint pendant quelque temps le point de rendez-vous religieux et social de ces colons abandonnés.

Les premiers prêtres qui s'arrêtèrent à la Passe furent sans doute les missionnaires de la Rivière-Rouge. Après eux, et successivement MM. Cannon et Brunet, de Bellefeuille et Dupuis,

t La chapelle de la Passe est dans une très belle position et ce lieu promettait de devenir considérable, si les canadiens étaient plus économes et savaient conserver leurs terres. Malheureusement quelques-uns en ont déjà vendu aux protestants ; d'autres le feront probablement encore, car Dieu ne peut pas bénir une localité où règne tant d'indifférence religieuse (Première visite de Mgr. Guigues, en 1849).

Poiré et Moreau, puis bien d'autres y firent mission. Les sauvages qui abondaient alors dans les îles donnèrent même un nom aux deux plus célèbres de ces missionnaires. M. de Bellefeuille fut appelé Kouanotchnapich (feuille belle) et M. Moreau reçut le titre glorieux de Kouacinamagat (homme de lumières).

Les missions se tenaient soit chez Frs. Leclair, province de Québec, soit chez J.-B. Renaud, Ontario. C'est là qu'on enregistrait les baptêmes, les mariages, etc. . . . Plusieurs de ces actes datant de juillet 1836 à août 1842, et consignés dans trois registres, sont conservés dans les archives de Pembroke. Ils portent les signatures de MM. de Bellefeuille, Poiré, Dupuis, Brunet, McDonagh, Moreau, Bourassa, Payment et Morin.

Les actes faits à la Passe, au Calumet et aux Allumettes, en janvier 1836, sont inscrits au registre de l'évêché de Montréal.

La première chapelle en bois fut bâtie sur l'emplacement du du presbytère actuel, en 184 1, du temps de M. Moreau, par l'entrepreneur J.-B. Larivière. C'était une construction à plusieurs fins. Destinée à devenir maison du prêtre, elle servait en attendant, d'école et d'église. Une cloison pratiquée dans l'intérieur l'adaptait à ce double emploi. Elle avait sa façade sur la rivière. J.-B. Gervais avait fait don du bois scié. Malheureusement, cette même année, avant d'être terminée, elle devint la proie des flammes.

Sans se laisser abattre par ce contre-temps, les catholiques recommencèrent dès l'année suivante (1842) une nouvelle chapelle. Ils furent aidés par M. Adams, propriétaire d'une scierie aux Allumettes, qui leur fit don de vingt piastres de bois scié. Trois ans plus tard, à côté de la chapelle, on dressa un échafaud qui devait servir de clocher ; et de fait, au temps de M. Ouellet (mars 1855) une cloche de $168 y fut suspendue. Ce clocher fit plusieurs voyages et fut enfin définitivement fixé sur le bord du chemin public. La chapelle avait à cette époque 67 pieds sur 30 et demi.

Nous avons dit que la Passe suivit longtemps le sort du Calumet. Ses missionnaires furent donc ceux de l'île. Après 1844, M. Jeannotte succéda à M. Moreau et fut lui-même remplacé

par M. Lynch. En 1846, M. Groulx devint curé du Calumet, desservant à la fois la Passe, le Portage-du-Fort et Bristol. En 1847, M. Saint- Aubin prit sa place avec les mêmes dessertes. En 1849, M. Bouvier, premier missionnaire envoyé dans ces régions par Mgr. Guigues, continua de visiter la Passe, soit par lui-môme soit par son vicaire, M. Perret. Enfin, le 30 septembre 1851, M. Ouellet fut nommé curé de l'île du Calumet où il devait rester jusqu'à sa mort.

Le bon M. Ouellet, dont le goût pour la splendeur du culte est restée légendaire, se hâta, pendant les années de 1852 et de 1853, d'acquérir les ornements et les meubles nécessaires à la mission de la Passe qu'il visitait tous les mois. Avant lui, M. Bouvier avait arrangé l'intérieur de l'église, comme le prouve la note suivante de l'évêque de Bytown.

" 1855. La Passe. — Cette mission fut longtemps négligée et a souffert beaucoup de l'incendie de sa première chapelle. Lorsque M. Bouvier fut chargé du Calumet et de la Passe, les habitants furent excités à y travailler avec ardeur, et après quelques mois, le sanctuaire fut convenablement disposé, les enduits furent mis dans toute l'église et des bancs furent confectionnés. M. Ouellet a fait ajouter la sacristie. Cette église possède dix arpents de terre, dont quatre furent concédés par M. McDonnell, de Sand-Point, et six par M. Maloney. Cette dernière donation fut confirmée depuis, par M. Aumond, qui avait une hypothèque sur la propriété." '

Les donations définitives datent : celle de Alex. McDonnell, du 18 avril 1853 ; celle de Jos. Aumond, d'Ottawa, du 23 mars

La même année (1854) M. Ouellet fit boiser l'extérieur de la chapelle. Il fit faire des travaux à la tour. En 1856, il entreprit la construction d'un presbytère en bois, de 36 pieds sur 31, lequel, toutefois, ne fut briqueté et mis en ordre parfait que trente-deux ans plus tard.

Dans sa visite de février 1858, Mgr. Guigues écrivait : "95 familles fréquentent l'église. Les gens me supplient de leur envoyer un prêtre ; ils semblent prêt à se décourager. Ils donnent

60 louis à M. Ouellet qui les visite toutes les trois semaines. On va le chercher à tour de rôle. Un bon presbytère est commencé ; les bancs se vendent 24 louis, dont on pourrait prendre 15 pour le curé. Les ornements sont beaux. Les cérémonies se font mieux que dans bien des paroisses. Je tâcherai de leur donner un prêtre."

L'évêque tint parole, et cette même année, les habitants de la Passe eurent la joie de posséder enfin un curé résident. M. Antoine de Saunhac, jeune français récemment ordonné, y fut nommé et signa son premier acte le 3 octobre 1858.

Comme tous les jeunes curés, M. de Saunhac s'empressa de faire des réparations et des améliorations, d'ailleurs nécessaires. L'église fut peinturée en dedans et au dehors et mise en bon état. Deriière l'église on construisit une sacristie et une grande salle publique pour les fidèles. Enfin, le presbytère fut achevé et rendu habitable.

Dans sa visite de 1860, Mgr. Guignes fit les réflexions suivantes par lesquelles nous terminons : "La Passe avec missions, 124 familles, à savoir : Westmeath, 71, et Mansfield ou Calumet, 53. Les bancs se vendent 29 louis. Le prêtre en reçoit 125. Comme la dette de l'église s'élève encore à 100 louis, pour aider M. le curé à payer cette dette, nous lui donnons pour une année la desserte de la mission de Snake River (Osceola). Il s'y rendra toutes les trois semaines.

SAINT-PIE d'oSCEOLA.

La belle paroisse d'Osceola fut longtemps connue sous le nom de Snake River. On attribue à Mgr. Phelan, administrateur du diocèse de Kingston, alors en visite pastorale (1842) le choix de cette localité, comme futur centre religieux. M. McNulty y construisit deux chapelles, l'une à trois milles au nord du village, et l'autre sur l'emplacement même du cimetière actuel.

Osceola fut desservie, d'abord de Mount Saint-Patrick, par M, McNulty, ensuite de Douglas (1853-1859) par M. Strain, puis de la Passe (1859-1864) par M. de Saunhac ; enfin d'Eganville

(1864) par M. Byrne, jusqu'en 1876, époque où elle eut le Père Bouvier pour premier prêtre résidant.

Nous trouvons dans les papiers de Mgr. Guignes quelques notes intéressantes au sujet de cette mission.

" 1852. — La mission de Snake River compte 45 familles. La chapelle et la sacristie sont mal situés, dans un endroit trop retiré. Il est vrai que le terrain concédé par le gouvernement a une étendue de 200 arpents, mais la valeur en est nulle, ou à peu près. Il est fort regrettable que M. McNulty n'ait point accepté l'offre qu'on lui a faite de quelques arpents dans une position plus favorable. D'ailleurs la chapelle n'est point finie et la sacristie est inconvenante. J'ai dû refuser de donner la confirmation, à cause de l'ignorance des enfants.

" 1853. — Administration du nouveau missionnaire, M. Strain. La chapelle de Snake River est bien réparée. Un autel simple mais convenable a été placé ; le chemin de la croix est érigé et le contrat est donné pour la pose des bancs. Peuple excellent. Il est bien regrettable que cette église soit si mal située. L'immense territoire desservi par MM. Strain et Bouvier demanderait les soins de deux autres prêtres. Je me propose d'en retrancher les cantons de McNab, Arnprior, que je rattacherai avec Bristol, au Portage-du-Fort. ' '

L'année suivante (24 février 1854) les habitants d'Osceola envoyèrent à Mgr. Guigues une pétition demandant d'être desservis par M. Bouvier du Portage-du-Fort, demande qui ne leur fut point accordée.

En 1858, l'évêque d'Ottawa constate de nouveau que tout va bien à Osceola. Le peuple y est pieux. Les travaux de l'église et de la sacristie sont terminés, et quelques bancs ont été placés.

En 1859, au départ de M. Strain, la desserte d'Osceola fut donnée à M. de Saunhac, curé de la Passe, pour l'aider à payer les arriérés de son église. L'intention de Mgr. Guigues était que cette desserte ne durât qu'une année ; elle se prolongea néanmoins, îusqu'en 1864. M. de Saunhac disait la messe à Osceola toutes les trois semaines, et les fidèles se montraient généreux envers lui.

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