‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 114 sur 199 · LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE

La cathédrale d'Ottawa n'était point encore terminée que déjà elle devenait trop petite, tant la population de la basse-ville augmentait chaque année. Le Père Dandurand, g-rand architecte, pressait monseigneur de lui laisser toute liberté d'agrandir et d'embellir l'édifice, mais celui-ci qui avait horreur des dettes et qui savait l'église déjà fort grevée, remettait toujours à plus tard la reprise des travaux. Enfin, dans l'automne de 1861 ou au printemps de 1862, le Père Dandurand profitant de l'absence de Mgr. Guigues qui se trouvait alors en Europe, fit abattre la grande muraille du fond de l'église et traça le plan du magnifique chœur et du sanctuaire que nous admirons aujourd'hui. Les travaux marchèrent lentement et ne furent achevés, à l'extérieur, que l'an-

née suivante (1863). Les entrepreneurs Rocque et Fink commencèrent alors la décoration intérieure qui fut terminée en 1864.

En même temps que l'église, le soubassement était agrandi et mis dans sa forme actuelle. Il ne fut point toutefois complètement terminé, et ne reçut qu'une première couche d'enduits. Une brève note de l'évêque d'Ottawa, en date du 8 mai 1865, nous montre dans ce fait le résultat de l'intervention personnel de Mgr. Guigues. " Comme la dette de la cathédrale augmente sans cesse et que les paroissiens ne font pas mine de vouloir venir à notre aide j'ai décidé d'arrêter radicalement tous les travaux." Il tint parole, et les travaux furent interrompus jusqu'à sa mort. C'est à cette heureuse résolution que nous devons les merveilles actuelles de la basilique d'Ottawa, fruit du génie de M. le chanoine Bouillon, et qu'aucun autre que lui n'aurait su peut-être accomplir.

L'évêché fut également l'objet des sollicitudes du Père Dandurand. Il fut alors allongé de 17 pieds et couvert d'une nouvelle toiture en ferblanc (1862-1863). On n'y a f>oint touché depuis, et il est re^té un des palais épiscopaux les plus modestes du Canada. L'année 1865, une statue en bois, dorée, œuvre du sculpteur italien Cardona, fut placée entre les tours, au sommet du frontispice de la cathédrale.

En face de la cathédrale, sur le terrain qui appartient à la corporation épiscopale, on bâtit à la même époque, une pauvre maison en bois qui servit longtemps de salle de réunion aux sociétés de Saint- Vincent de Paul, aux dames de charité et aux jeunes gens du cercle catholique. Cette maison a disparu.

La paroisse Notre-Dame a toujours été renommée pour sa dévotion. Il faut cependant lui reconnaître un grand défaut : son manque de générosité envers son clergé. On trouvera rarement des prêtres plus dévoués que ceux qui l'ont administrée ; mais on trouvera rarement aussi, des prêtres qui aient été plus mal rétribués. Dans sa circulaire du 25 avril 1854 à son clergé, Mgr. Guignes se proclamait le plus pauvre curé de son diocèse, relativement au chiffre de la population paroissiale. En mai 1865, nous l'avons vu, il se plaignait d'être peu aidé par les fidèles de la cathédrale. Enfin, le 24 mai 1871, il se vit dans la nécessité de

leur rappeler, dans un mandement solennel, l'obligation où ils étaient de payer leur support. Nous ne savons s'ils furent dociles à cet appel de leur évêque, mais il est certain qu'encore aujourd'hui, ils méritent les mêmes reproches que le bon Mgr. Guignes leur fit alors.

En 187 1, on songea à ouvrir un nouveau cimetière, en dehors de l'enceinte de la ville. Le vieux cimetière établi sur la Côte-de-Sable non loin de la rivière Rideau, à côté des divers cimetières protestants,, sur un terrain de l'ordonnance militaire, d'une superficie de deux arpents, était devenu absolument insuffisant. De plus, la ville commençait à l'envelopper dé toutes parts, et le jour approchait où il allait être nécessairement condamné. Monseigneur acquit donc (septembre 1871) d'un M. Bradley, une magnifique propriété de 50 arpents, sur le chemin de Montréal, à peu de distance de la ville et la fit clôturer et aménager pour l'usage auquel il la destinait.

Le 16 mai 1872, il annonça par mandement aux catholiques, l'ouverture du nouveau cimetière : "Nous gémissions, disait-il, en substance, sur l'état de l'ancien cimetière, si précaire et si insuffisant. Enfin, grâce à Dieu, nous avons trouvé un terrain propice, à proximité de la ville, et assez grand pour durer toujours. L'achat et l'appropriation de ce terrain nous reviendront à douze ou treize mille piastres. Nous off"rons aux paroisses de Saint- Joseph et Saint-Patrice de se charger chacune d'un quart de cette dette. Si elles s'y refusent, la cathédrale en prendra seule la responsabilité, mais elle percevra seule les revenus. Hâtez-vous donc, nos très chers frères, d'acheter des lots et d'y faire transporter les restes de vos chers défunts.

La bénédiction du cimetière eut lieu peu après, le dimanche de la Fête-Dieu. Une foule immense de catholiques et de protestants y assista.

Ce cimetière est tenu dans un ordre parfait. Dessiné avec goût par le chanoine Bouillon, il a été encore agrandi dans ces derniers temps, et donne un revenu régulier et considérable à la cathédrale qui n'a point eu à regretter d'en avoir accepté la charge.

Le 4 septembre 1872, la cathédrale d'Ottawa reçut de Rome le privilège de la fameuse indulgence franciscaine de la Portioncule.

Un g-rand nombre de prêtres habitèrent l'évêché pendant cette période de quatorze années. On trouve leurs noms dans les registres paroissiaux, au bas des actes qu'ils signèrent. Nous ne donnerons ici que ceux qui furent, pour plus ou moins de temps, attachés à la cathédrale. Ce sont d'abord les Pères Dandurand, et Molloy, compagnons inséparables de leur évêque jusqu'à sa mort. Nous voyons ensuite le nom du jeune Père Donovan, appelé à la cathédrale en 1862, mais dont nous perdons bientôt la trace.

En novembre 1864, le Père Pallier, qui avait été chapelain des sœurs-grises (d'août 1860 à septembre 1863) et qui avait été ensuite envoyé à Plattsburg (Etats-Unis) revint à son ancienne résidence de l'évêché d'Ottawa et y demeura jusqu'en août 1865, date de son départ pour Buffalo. Il était chargé, avec le Père Molloy, de la congrégation irlandaise.

Après lui, le Père Reboul passe à la cathédrale le temps qui lui reste entre ses missions des chantiers, de 1865 à 1868.

Le docteur O'Connor succède au Père Reboul. Depuis longtemps cet ecclésiastique demeurait à l'évêché en qualité de secrétaire, mais il n'osait avancer à la prêtrise. Il fut enfin ordonné à Rome en 1868, et vint exercer le ministère à la cathédrale depuis 1869 jusqu'en 1872.

Le Père Royer, missionnaire distingué, remplit pendant trois années à l'évêché d'Ottawa, la charge de supérieur de la communauté des oblats (1867-68-69).

Plusieurs jeunes prêtres passèrent à la cathédrale en 1871 et 1872 : MM. Guay, Francœur, Foley, Sheehy, Porcile. Ce dernier fonda la congrégation des hommes et des jeunes gens de la rue Murray et devint le premier curé de la paroisse Saint-Jean- Baptiste. En 1872, M. Isidore Champagne fut nommé vicaire de la cathédrale ; il devint, deux ans après, curé de la Pointe- Gatineau.

En 1874, M. Bouillon fut nommé à son tour à la cathédrale. Il y demeure encore aujourd'hui.

Enfin, le 15 août 1874, un jeune prêtre, M. André, vicaire à Arnprior, fut appelé à l'évêché par le Père Dandurand, administrateur, mais il ne fit qu'y passer.

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