‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 176 sur 199 · SAINT-FRANÇOIS DE SALES DE LA POINTE-GATINEAU · texte numérisé non relu

SAINT-FRANÇOIS DE SALES DE LA POINTE-GATINEAU

La paroisse de la Pointe-Gatineau était tombée, vers 1860, dans un déplorable état. Les années suivantes, l'anarchie ne fit qu'augmenter. Tout le monde gouvernait dans l'église, excepté le curé. Les choses en vinrent au point que, le 20 janvier 1864, époque de la vente des bancs, deux individus poussèrent l'audace jusqu'à procéder, de leur propre autorité, à la dite vente, et lorsque M. Ginguet voulut s'interposer, sa voix fut étoufi^é sous les huées de la populace. En face d'un tel scandale qui rappelait les scènes dont l'église de Bytown avait donné jadis le honteux spectacle, Mgr. Guignes se crut obligé de faire un grand exemple en se réservant à lui seul le droit d'absoudre en confession les coupables.

L'élection des margfuillers donna occasion (14 février 1865) à la répétition des scènes aussi déshonorantes pour l'autorité ecclésiastique, et Mgr. Guigues intervenant une seconde fois, se crut obligé de casser le conseil de Fabrique et de remettre l'administration de la paroisse exclusivement entre les mains du curé.

Un tel état de choses était devenu intolérable. M. Ginguet se sacrifia pour le bien des âmes, et remit entre les mains de Mgr. sa démission (24 février 1864). Le 3 mars suivant, il était nommé curé de la Passe.

La Gatineau n'était plus digne de posséder un prêtre résidant. L'évêque d'Ottawa en fit une mission dont il confia la desserte à M. Chaîne, curé de Saint-Joseph d'Orléans.

Cette punition dura tm an (4 mars 1865-avril 1866) et tout nous donne à penser qu'elle produisit d'heureux effets. Aussi, lorsque, au mois d'avril 1866, M. Dusserre Telmon, prêtre français récemment arrivé, fut appelé à la cure de la Pointe-Gatineau, il fut accueilli avec un esprit bien différent de celui qu'on attribuait partout, dans le pays à ce village.

M. Dusserre demeura huit ans à la Gatineau, jusqu'au 25 août 1874, époque de sa nomination à la paroisse de Mount Saint- Patrick. Il fut alors remplacé par un jeune vicaire de la cathédrale, M. Isidore Champagne, qui occupe encore aujourd'hui ce poste.

On doit à M. Dusserre trois importantes mesures : l'achat d'un cimetière, l'établissement des sœurs-grises et l'agrandissement de la chapelle.

C'est au mois d'août 1872 que les religieuses prirent possession de l'école de la Gatineau. La maison, quoique en bois, est fort considérable, et les sœurs y font la classe à un grand nombre d'enfants,

La population augmentait sans cesse et s'améliorait en proportion de son accroissement. Dès 1869, Mgr. Guigues constatait la nécessité urgente de construire une nouvelle église ou d'agrandir considérablement la chapelle existante.

En mai 1872, on comptait à la Gatineau quatre cents familles, dont quarante irlandaises. Les bancs s'étaient vendus la somme

énorme de treize cent soixante-douze piastres. On se résolut donc à entreprendre les travaux. Seulement, comme la population était composée', en grande partie, de pauvres ouvriers vivant au jour le jour, ont eut peur d'obérer la paroisse, et, au lieu de construire une église de toutes pièces, on se contenta d'ajouter, au fond de la chapelle en bois, un transept et un vaste choeur en pierre, derrière lesquels fut placée l'ancienne sacristie (1873). On espérait que plus tard, la chapelle en bois serait remplacée, à son tour, par un avant à l'égalise construit dans le même style que le chevet. Nous verrons à quoi devaient aboutir ces calculs inspirés par une nécessité fâcheuse.

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