BYTOWN
La ville de Bytown forme deux villes bien distinctes. Celle qui est appelée la haute-ville est presque entièrement protestante. La basse-ville, au contraire, renferme le plus grand nombre de catholiques. Aussi est-ce dans cette dernière ville que les secours religieux sont le plus abondants. On regarde l'année présente comme l'une des plus malheureuses qui ait pesé sur Bytown. Ce sort, il est vrai, lui est commun avec tout les autres villes du Canada, mais il a pesé d'une manière particulière pour Bytown à cause du commerce du bois qui est entièrement tombé, laissant un grand nombre de familles dans l'indigence. On croit que près de deux milles catholiques sont partis dans les dernières années pour gagner les Etats-Unis où ils trouveront les mêmes misères sans y rencontrer les mêmes secours religieux. Les deux tiers de la ville, en y comprenant les canadiens et les irlandais, sont catholiques. Malheusement leur conduite a souvent avili la pureté de leur foi. Pendant plusieurs années, il est vrai, Bytown a été privée de secours religieux nécessaires ; les prêtres y ont été reuouvelés trop souvent. Cette ville a été formée en grande partie de personnes pauvres, endettées et souvent venues de leurs paroisses qu'elles avaient affligées par leurs scandales. De là les désordres affreux dont elle était témoin, et qui la distinguaient des autres villes. Ce ne fut qu'après plusieurs années que les évêques songèrent enfin à la pourvoir de prêtres qui, par leur vertu et par leur zèle, puissent arrêter le débordement et préparer la voie aux Oblats, lequels y furent appelés en 1843. Deux pères résidèrent pendant deux ans, puis quatre y furent placés ; deux pour la congrégation irlandaise et deux pour la congrégation canadienne, Les pères voient, chaque année leurs travaux
recompensés par la conversion d'une quarantaine de protestants ; comme aussi, on peut l'ajouter sans crainte, on voit cette ville malgré les désordres qui l'affligent encore, entièrement changée.
" Les Sœurs-Grises ont été appelées à Bytown par le Rév. P. Telmon qui avait admirablement bien compris combien la charité de ces bonnes sœurs produirait de fruits. Leur nombre s'est accru considérablement depuis leur arrivée ; et à peine, cependant, suffisent-elles aux besoins de la ville. Elles ont ouvert deux écoles à Bytown, l'une dans la haute-ville qui est fréquentée par une vingtaine d'enfants, l'autre dans la basse-ville fréquentée par 140 enfants, parmi lesquels beaucoup de pauvres incapables de payer. Un beau et vaste terrain leur a été donné par l'Ordonnance. C'est là qu'elles bâtiront un hôpital ainsi qu'un pensionnat, choses absolument nécessaires à la ville et au diocèse. Les sœurs s'occupent également du soin des malades et de la visite des pauvres.
" Une grande et belle égilise a été commencée par M. Cannon, augmentée et agrandie par Mgr. Phelan, et bien avancée par les soins du Rév. P. Telmon. Un mauvais plan avait d'abord été accepté, bien des irrégularités avaient été commises, beaucoup de faux frais. Grâce à l'activité du père Telmon, elle sera, une fois, terminée, parmi les plus belles du Canada. Beaucoup de choses restent encore à faire ; les deux tours ne s'élèvent qu'à la hauteur de la toiture, la voûte n'est point commencée et aucun ornement intérieur n'est encore fait. Les dettes qui s'élèvent en ce moment à 2600 louis, font craindre que l'achèvement complet n'en soit encore éloigné. Plusieurs écoles catholiques concourent avec celles des sœurs à l'éducation des enfants. Les protestants, eux aussi, ont plusieurs écoles.
" Les catholiques en général sont moins riches que les protestants, moins soucieux de leurs droits. Ils ne comptent que deux membres dans la corporation municipale et deux dans le comité des écoles, tandis qu'ils devraient avoir la majorité.
*' Je termine en mentionnant les œuvres de zèle qui grâce aux^ soins des PP. Oblats, sont établies dans la ville. Deux associations de dames de la charité travaillant pour les pauvres. Deux
congréganistes de l'Immaculée— Conception de quarante membres chaque. Une société de tempérauce." .
Arrêtons-nous. La suite du mémoire du saint évêque sera mieux placée dans l'étude que nous ferons des paroisses de chaque comté. Nous avons, d'ailleurs, jeté un coup d'œil sur ces missions dans le dernier chapitre du deuxième livre.