‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 48 sur 199 · LES MISSIONNAIRES AMBULANTS · texte numérisé non relu

LES MISSIONNAIRES AMBULANTS

Tel peuple tel missionnaire. On ne saurait trop admirer les vétérans du sacerdoce qui nous ont précédés dans le pays. Le missionnaire n'avait point, à vrai dire, de demeure permanente, tant il était souvent absent. Le manque de chemins rendait impossible l'usage des voitures ; heureux quand il pouvait trouver un cheval. Il parcourait, l'hiver, en raquette, l'été, à pied ou en canot d'écorce, d'énormes distances, accompagné d'un guide ou d'un serviteur. Dans sa valise il portait un calice et les ornements sacrés. Il descendait dans l'humble cabane du colon, partageait son lit et ses repas. La nouvelle de son arrivée dans un canton se répandait comme l'éclair et, de quatre ou cinq lieues à la ronde, les catholiques accouraient pour assister à la mission. Le Père baptisait alors les nouveaux nés, faisait le catéchisme aux enfants, allait voir les malades et bénissait la fosse des morts, Il s'informait des abus qui s'étaient glissés dans la communauté et les corrigeait en termes énergiques. Parfois, quand il s'agissait

d'ivrognerie, il ajoutait aux discours des gestes plus énergiques encore, et châtiait lui-même les coupables confus. Rien n'était oublié, pas même la quête, qui était abondante.

On se confessait toute la nuit, et le lendemain, sur une table, dans la chambre de la demeure, il offrait le saint sacrifice. La maison était toujours trop petite pour la foule des catholiques qui étaient accourus et qui attendaient à jeun, pour avoir la consolation de communier.

Lorsque la communauté devenait plus nombreuse et commençait à prospérer, on parlait de construire une chapelle. C'était un monument peu somptueux, une salle en troncs équarris, dans le le genre de nos écoles rurales d'aujourd'hui. Des catholiques généreux offraient quelques arpents de t«rre pour l'église et le presbytère futurs. Souvent, des riches protestants fermiers ou bourgeois de chantier, flairant une bonne affaire, donnaient libéralement un emplacement dans leur domaine, espérant bien qu'un jour, autour de l'église, un gros village se formerait.

Ainsi vivait le missionnaire, voyageant de district en district, et passant des mois entiers sans retourner à son logis. Il se reposait ensuite quelques semaines, et envoyait à son évêque un rapport circonstancié sur l'état spirituel et temporel de ses ouailles.

Cette vie si dure et si agitée, avec ses péripéties, ses luttes contre les orangistes, les réfutations triomphantes des prédicants, ne manquait point d'un certain attrait ; l'on a vu plus d'un vieux curé retiré dans les délices d'une belle paroisse du Bas-Canada, se rappeler avec regret les travaux de sa jeunesse.

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