‹ Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa (volume 5)Chapitre 83 sur 199 · COMTÉ DE RENFREW ET DISTRICTS OCCIDENTAUX · texte numérisé non relu

COMTÉ DE RENFREW ET DISTRICTS OCCIDENTAUX

OUS avons peu de choses à dire, pendant cette décade, du comté de Renfrew et des districts avoisinants ; la colonisation ne faisait que d'y commencer, ainsi que le montre le recensement cidessous. Ce pays, bien moins fertile que les comtés de Prescott, de Russell et de Carleton, l'est pourtant beaucoup plus qu'on le croit généralement. Sans doute, la montagne y commence, le sol y est sablonneux et rocheux ; il semble que les immenses forêts qui le couvrent soient la seule végétation qui puisse y prospérer ; toutefois, on a constaté que la réalité est meilleure que l'apparence, et l'on voit aujourd'hui des cantons entiers, que l'on croyait incultivables, couverts de belles fermes, dues à l'industrieuse opiniâtreté des colons prussiens et polonais. Ces colons, en effet, habitués à une vie dure et pauvre réussissent sur des terres que les canadiens et les anglais abandonnent, sur les " brûlés " dont l'humus a été dévoré par les feux de forêts.

D'ailleurs, même au milieu de ces terrains de médiocre qualité, il en est d'autres excellents, et c'est sur ceux-ci que la colonisation s'est portée, tout d'abord. Citons la vallée de l'Ottawa proprement dite, la vallée inférieure de la Madawaska, la vallée de la Bonnechère, une bande de terre sur les bords du célèbre Opéongo Road, chemin de colonisation, ouvert alors de la Madawaska inférieure aux lacs Opéongo ; en sorte qu'aujourd'hui il n'y a guère que les cantons montagneux du sud qui soient en friche et sur

lesquels les colons renoncent à s'établir. Seulement, tandis que dans Prescott, chaque canton renferme plusieurs paroisses, dans Renfrew, au contraire, une paroisse s'étend sur plusieurs cantons. Il est vrai que les protestants y dominent et que leur majorité s'y maintient sans diminution.

Le premier recensement de ce pays date de 185 1. Le voici :

COMTÉ DE RENFREW.

„ j. Irlandais Total n * i * Population

Canadiens. i- .t, i- rrotestants. ,

Catholiques. Catholiques. totale.

Comme on le voit, les catholiques ne comptaient en 185 1 que pour le tiers de la population totale. Ils n'ont point gagné de terrain depuis. La majorité de ces catholiques est irlandaise. Quelques centaines de familles polonaises se sont établies, depuis, à Renfrew et dans le canton de Hagarty ; quant aux canadiens ils habitent les villes des bords de l'Ottawa. Nous les verrons plus tard reprendre, dans le district de Nipissing et sur les deux côtes du Pacifique Canadien, leurs progrès interrompus.

Le premier missionnaire du comté de Renfrew fut M. McNulty. Il y resta seul pendant près de dix ans (de 1843 à 1852) et quand on songe à l'état du pays alors, une forêt vierge d'immense étendue, à peine entamée, sur certains points, par quelques centaines de colons, on ne peut s'empêcher d'admirer son courage.

C'est au Rév. McNulty que l'on doit les premières chapelles de Saint-Patrick, de Renfrew, de Douglas, de Brudenell, d'Osceola et d'Eganville. Lui-même avait sa résidence à Mount Saint- Patrick.*

Sans doute M. McNulty ne fut point prophète, et la plupart de ses emplacements d'église, mal choisis, durent être abandonnés plus tard ; on dit même que, lorsque, en 1849, Mgr. Guignes vint

* M. McNulty naquit en 1807, au diocèse de Tuam, Irlande, et arriva au Canada en 1842. En 1843 il commença, dans le haut d'Ottawa, une vie de missionnaire qui dura jusqu'en 1852. A cette époque il passa au diocèse de Toronto. Plus tard, il fut nommé curé de Caledonia, diocèse d'Hamilton, où il mourut.

avec lui visiter la chapelle d'Eganville, ils eurent beaucoup de peine à la retrouver, au milieu des bois ; mais chacun sait combien il est difficile de prévoir l'avenir d'une ville ou d'un villag^e, et combien ces premiers établissements sont nécessairement aléatoires et temporaires. Mg-r. Guigues lui-même, malgré son flair et son admirable instinct, s'y est trompé maintes fois, comme il l'avoue ingénument dans ses notes.

M. McNulty eut deux successeurs, les RR. Strain et Bouvier, qui se partagèrent son vaste territoire. M. Strain établit sa résidence à Douglas, d'où il desservit les missions d'Osceola, d'Eganville et de Brudenell.f

M. Bouvier demeura à Renfrew et visita les missions de Mount Saint-Patrick de Springtown et des environs.

En 185g, M. Strain quitta le pays pour les Etats-Unis d'où il venait, et fut remplacé par M. Byrne, dont nous pleurons encore aujourd'hui la perte. Quant à M. Bouvier, il fut successivement, curé de Renfrew (1852) et de Portage-du-Fort (1854) jusqu'en 1861, époque de sa nomination à l'Orignal. Nous le verrons revenir, en 1863, dans le comté de Renfrew, pour ne plus le quitter jusqu'à sa mort. M. Byrne qui lui avait succédé à Renirew ( 1854) s'établit en 1859 à Eganville, dans les missions de M. Strain, et fut remplacé lui-même à Renfrew, par M. Alméras, curé de Curran, de 1859 à 1863.

Plus à l'ouest, sur les bords de l'Ottawa, deux missions furent érigées en paroisses durant cette décade : la Passe, 1858, curé M. de Sauhac, et Pembroke, 1855, curé M. Gillie.

Après les notions générales dont la connaissance était nécessaire, il convient d'étudier maintenant en particulier chacune des premières missions du comté. Nous commencerons par la plus ancienne de toutes, Mount Saint-Patrick, et nous continuerons dans notre ordre ordinaire, c'est-à-dire en allant de l'est à l'ouest.

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